Marie-Annick Lépine inaugurait vendredi soir la 35e édition des Francos avec en rang serré autour d’elle plusieurs camarades, dont son « meilleur ami et collègue depuis 28 ans » Jean-François Pauzé.

« Enweille, Marie, t’es capable, Marie ! » Le cri de ralliement que clame le refrain du morceau Les cheveux gras, même s’il date du dernier album solo de Marie-Annick Lépine, Entre Beaurivage et L’Ange-Gardien (2021), semblait avoir été écrit spécialement pour ce vendredi soir. Il semblait avoir été écrit spécialement pour ce ciel à travers lequel, comme c’est souvent le cas dans la vie, les quelques nuages ne nous empêchaient pas d’entrevoir le soleil.

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, COLLABORATION SPÉCIALE

Marie-Annick Lépine

Capable, Marie ? Certainement que Marie-Annick serait capable de porter sur ses épaules, qu’on sait désormais très solides, ce premier spectacle depuis le départ de notre grand Karl, de son grand Karl.

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Le vert Break syndical

Lors de sa précédente visite aux Francos, en 2022, sa performance avait dû être interrompue après seulement trois chansons, la faute à la pluie. Mais vendredi, il n’était pas question que quoi que ce soit interrompe les retrouvailles entre la chanteuse, forte malgré sa compréhensible fragilité, et un public plein d’enfants, de drapeaux fleurdelisés et de t-shirts vert Break syndical.

L’amitié qui arrange tout

Pendant toute l’heure, les fous rires succéderont aux larmes et vice-versa. Ça s’est passé en l’espace de quelques secondes : la tristesse dans l’œil de Marie-Annick Lépine pendant Quand tu pars (tirée de l’album des Cowboys Fringants Sur un air de déjà vu) sera vite chassée par un esclaffement provoqué par un petit accroc durant un échange au violon avec Mara Tremblay, sa sœur cosmique.

Celle que Marie-Annick qualifiera d’« idole d’adolescence » comptait parmi les nombreuses étoiles de ce groupe, formé de son autre sœur cosmique, la guitariste et choriste Catherine Durand, ainsi que de trois membres de la famille fringante élargie, le multi-instrumentiste Daniel Lacoste, le bassiste Jean-Sébastien Chouinard et le batteur Pierre Fortin (qui s’en allait plus tard donner tout pour le rock avec Galaxie au MTelus).

Composée de chansons puisées dans son œuvre en solo et de ses chansons à elle incluses sur les disques des Cowboys Fringants, la soirée virerait dans le dernier tiers à la célébration de l’héritage de son groupe, d’abord avec Quand je r’garde, tirée de Break syndical, et a fortiori à partir de Loulou vs Loulou, tirée du testament des Cowboys, Pub Royal. Karl Tremblay y observe que l’espoir seul n’a jamais rien arrangé. Mais l’amitié, elle, peut tout arranger, du moins le temps de quelques refrains.

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Marie-Annick Lépine et Jean-François Pauzé sur la scène de la place des Festivals

Et un ami, Marie-Annick Lépine en avait tout un en réserve en la personne de Jean-François Pauzé, qui apparaîtra justement au milieu de Loulou vs Loulou et qui restera aussi pour Merci ben, un autre classique instantané de Pub Royal.

Suivrait Les cheveux blancs, la lettre chantée de Marie-Annick Lépine à ses filles, au travers de laquelle elle sera invraisemblablement parvenue à passer sans craquer. Les quelques yeux encore secs sur la place des Festivals ne sauraient résister à une version inespérée des Étoiles filantes, entonnée avec l’aide de Pauzé, mais surtout avec l’aide de tout le monde.

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Une spectatrice émue

« Je pense qu’il serait fier de sa blonde », dira Marie-Annick, en parlant de Karl, pas longtemps avant de saluer une foule attentive et recueillie. On le pense aussi.

Montréal et ses « chums »

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JP « Le Pad » Tremblay, chanteur du Québec Redneck Bluegrass Project

« Ostie, Montréal ! Tabarnak ! T’as amené tes chums ! » Une seule chanson avait été jouée, mais JP « Le Pad » Tremblay, déjà, n’en revenait pas. De quelle taille serait la foule présente sur la place des Festivals pour trinquer au son du Québec Redneck Bluegrass Project, ce groupe dont l’empreinte médiatique est inversement proportionnelle à la ferveur de sa meute de fidèles ?

Cette foule, elle était généreuse en termes de taille – jusqu’à Sainte-Catherine, minimum –, mais surtout généreuse en termes vocaux. Dès Vanne de loup, ça hurlait à la lune et pas que devant la scène.

« Va falloir bien s’hydrater », fera remarquer Le Pad et, pas de surprise, les kiosques à bière seront fortement sollicités. Une proche du groupe nous apprenait en début de soirée que l’équipe du QRBP prévient toujours les festivals où leur caravane fait halte : surtout, prévoyez d’abondantes quantités de cervoise.

Le groupe, lui, avait tout prévu, en érigeant un bar sur la scène même, ce qui aurait rendus fiers le Plume Latraverse et les Cowboys Fringants des belles années, dont le QRBP sont héritiers, d’une certaine manière, bien que leur folk mi-trad, mi-tzigane appartienne à son propre univers sale. Dans un monde sur lequel la beauté factice semble encore trop souvent l’emporter, le succès de cette magnifique bande de gentils rebelles a de quoi émouvoir. Tout comme ces nombreux fans osant le bodysurfing, malgré une musique sans batterie, n’ayant de punk que l’esprit.

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Une séance de bodysurfing

« T’es ben plus cute quand t’es heureuse », gueule Le Pad dans Me d’mandait ma blonde, son ode au bonheur qu’on cueille sur les bas-côtés du conformisme, là où les rides et les bedaines sont synonymes de vie bien vécue.

« Au diable les plans d’icitte 25 ans / Tu me verras plus sortir de mon fond de rang », annonce-t-il dans cette chanson dont tout le monde semblait connaître chacune des syllabes. Espérons qu’il ne tienne pas parole.