(Toronto) Les jurés ont été confrontés vendredi à deux représentations très différentes du rockeur Jacob Hoggard. Les procureurs dépeignant le musicien canadien comme un « opportuniste sexuel » qui refusait d’accepter un « non » comme réponse et les avocats de la défense le décrivant comme une célébrité peu sûre d’elle qui utilisait des femmes pour des relations sexuelles sans importance, mais consensuelles.

Mis à jour le 27 mai
La Presse Canadienne

La semaine dernière, M. Hoggard a affirmé avoir eu des relations sexuelles consensuelles et « passionnées » avec les deux plaignantes dans des chambres d’hôtel de la région de Toronto, en 2016, laissant les jurés déterminer si les rencontres étaient consensuelles, comme il le dit, ou des viols violents, comme le prétendent les plaignantes.

Il affirme n’avoir aucun souvenir détaillé des rencontres, mais il a reconnu que certains gestes racontés par les plaignantes — comme avoir craché, les avoir giflées et avoir tenu des propos dégradants à leur endroit — auraient pu arriver en raison de ses habitudes sexuelles.

Dans leur dernier plaidoyer devant le jury vendredi, les procureurs ont déclaré que ce qui s’était passé dans les chambres d’hôtel dans la région de Toronto n’était pas ce que les plaignantes désiraient, mais c’était ce que voulait le chanteur.

« Ce n’est pas du consentement », a déclaré la procureure de la Couronne, Jill Witkin.

« M. Hoggard a agi comme un opportuniste sexuel, quelqu’un qui cherchait sa propre gratification sexuelle sans tenir compte des limites (des plaignantes) », a-t-elle déclaré. Il était « en mission pour mener à bien ses préférences sexuelles face à la résistance, à la douleur et à la blessure », a-t-elle ajouté.

M. Hoggard a témoigné qu’il était convaincu que les deux plaignantes étaient consentantes, mais qu’il ne pouvait pas préciser comment elles avaient exprimé ce consentement, affirmant qu’il s’appuyait sur les sons et leur langage corporel, mais il n’a fourni aucun détail par rapport à cela, a mentionné Mme Witkin.

Les évènements décrits par les deux plaignantes — qui ne se sont jamais rencontrées ou ne se sont jamais parlées — partageaient un certain nombre de similitudes au-delà des rapports sexuels spécifiques qu’elles alléguaient vécus.

Toutes les deux se sont souvenues avoir communiqué avec Jacob Hoggard par texto, Snapchat et des appels téléphoniques avant les rencontres, et avoir reçu une vidéo de lui se masturbant dans une salle de bain, a déclaré la procureure. Elles ont aussi dit qu’il était gentil et élogieux jusqu’aux incidents, ce qui les a amenés à lui faire confiance.

De plus, les deux femmes ont décrit une transformation radicale de son comportement une fois à l’intérieur de la chambre d’hôtel, a souligné Mme Witkin. Et elles ont dit que le chanteur leur avait envoyé des messages par la suite « comme si de rien n’était », leur disant qu’il avait passé un bon moment et qu’il avait hâte de les revoir.

« Ce n’est pas une coïncidence. Ce n’est pas un revers injuste du destin qui fait rage contre M. Hoggard », a-t-elle déclaré, affirmant que les récits des femmes étaient « particulièrement et étonnamment similaires ».

« Décevoir une partenaire n’est pas un crime »

Les avocats de Jacob Hoggard ont soutenu vendredi qu’il a peut-être eu une attitude cavalière et été irrespectueux envers les femmes, mais il n’est pas un « violeur en série sadique ».

Lors de sa plaidoirie finale, l’avocate Megan Savard a dépeint son client comme étant une vedette anxieuse qui avait besoin d’attention et qui s’embarquait fréquemment dans des aventures sexuelles d’un soir pendant les tournées de son groupe, Hedley. Il succombait à la tentation d’avoir des aventures même s’il était en couple.

Elle a soutenu que M. Hoggard n’avait pas violé les plaignantes. « Il n’a pas pris plaisir à leurs luttes, ce n’est pas un monstre, c’est un être humain imparfait », a-t-elle déclaré dans ses conclusions finales.

« Sa renommée et son pouvoir lui ont donné la capacité de se livrer à une conduite blessante et deux femmes ont été blessées par son approche insensible de leurs relations sexuelles », a-t-elle déclaré.

Me Savard a affirmé que les deux femmes qui accusent Jacob Hoggard d’agression sexuelle ont peut-être été « déçues » par son refus de s’engager dans des relations à long terme, mais que décevoir une partenaire n’est pas un crime.

« Mais M. Hoggard n’est pas jugé pour avoir brisé le cœur ou manqué de respect aux femmes, il n’est pas jugé pour avoir été cavalier avec leurs sentiments. Il l’a déjà admis et en a payé le prix », indique l’avocate.

Le fait que M. Hoggard ait laissé chaque plaignante seule dans une chambre d’hôtel non verrouillée pendant qu’il se douchait, et qu’il a pris un appel et commandé un service de chambre lors de la rencontre avec la deuxième plaignante est « beaucoup plus compatible avec des relations sexuelles consensuelles qu’avec un viol sadique », défend Me Savard.

Elle a fait valoir que les plaignantes avaient inventé les allégations de viol parce qu’elles étaient « bouleversées et embarrassées par la façon dont M. Hoggard les avait renvoyées » et que la stigmatisation d’admettre qu’elles regrettaient une rencontre consensuelle était « trop douloureuse ».

Elle a en outre suggéré que les plaignantes « avaient besoin d’une histoire sympathique à raconter qui leur permettrait de ne pas perdre la face » auprès de leurs amis proches et leur famille. Initialement elles n’ont jamais prévu de contacter la police, en 2018, mais la pression pour le faire a commencé à monter.

« Elles avaient vécu avec leurs mensonges pendant si longtemps qu’elles devaient aller jusqu’au bout », a dit l’avocate de l’accusé.

Jacob Hoggard, âgé de 37 ans, a plaidé non coupable de deux chefs d’accusation d’agression sexuelle causant des lésions corporelles et d’un de contacts sexuels, une accusation liée à des attouchements sexuels d’« une partie du corps d’un enfant âgé de moins de 16 ans ».

La poursuite allègue que le chanteur a violemment agressé sexuellement à plusieurs reprises une admiratrice de 16 ans et une autre jeune femme lors de deux évènements distincts à l’automne 2016. Les deux plaignantes ont témoigné avoir dit « non » fréquemment lors des rencontres et qu’elles pleuraient pendant celles-ci.

Les procureurs ont aussi avancé que Jacob Hoggard a attrapé les fesses de la plus jeune plaignante à plusieurs reprises dans les coulisses après un concert d’Hedley à Toronto en avril 2016, tout en prenant des photos. Il aurait ensuite tenté de l’embrasser dans le cou. L’admiratrice du groupe avait encore 15 ans à ce moment.

La défense soutient qu’il n’y a jamais eu de tripotage et affirme qu’il n’y a aucun signe de quelque chose d’anormal dans les photos prises cette nuit-là.

Les procureurs ont affirmé qu’une amie avait déclaré avoir vu Jacob Hoggard essayer d’embrasser la joue ou le cou de l’adolescente, et la plaignante essayer de le repousser.

Ils ont ajouté qu’un texto envoyé par M. Hoggard à l’adolescente le lendemain, dans lequel il disait qu’il la voulait dans son lit, était un signe qu’il était sexuellement intéressé par elle, et que les jurés devraient en tenir compte pour évaluer si les attouchements après le concert étaient de nature sexuelle.

Dans ses observations, Mme Witkin a souligné l’existence de messages texte de M. Hoggard avec la plaignante, dans lesquels il faisait référence à l’attente jusqu’à ses 18 ans, puis lui a immédiatement dit que cela n’avait pas d’importance. « M. Hoggard pensait que 18 ans étaient l’âge du consentement à l’époque et il n’avait pas l’intention de le respecter », a-t-elle expliqué.

Les délibérations du jury pourraient commencer dès mardi.