(Toronto) La poursuite au procès pour agressions sexuelles de Jacob Hoggard a suggéré mercredi que le chanteur du groupe rock Hedley avait menti au sujet de ses rencontres avec une admiratrice adolescente et avec une autre jeune femme, soulignant plusieurs autres moments où il aurait menti pour se sortir d’« un mauvais pas ».

Mis à jour le 25 mai
Paola Loriggio La Presse Canadienne

Pendant plus d’une journée de témoignage, Hoggard, âgé de 37 ans, a reconnu avoir menti à la jeune plaignante dans les semaines et les mois précédant leur rencontre dans un hôtel, lui disant qu’il l’aimait et faisant miroiter l’idée d’un mariage et d’un avenir ensemble, afin qu’il puisse coucher avec elle.

Hoggard a également reconnu qu’il avait menti à la deuxième plaignante — une femme d’Ottawa qui était dans la jeune vingtaine à l’époque — lorsqu’il lui a dit qu’il se souciait d’elle et qu’il était là pour elle, alors qu’elle attendait de lui des excuses lors d’un appel téléphonique quelques jours après leur rencontre.

En fait, il n’avait pas particulièrement apprécié sa compagnie et il a bloqué son numéro après cet appel, a-t-il déclaré au tribunal.

Il a aussi menti aux plaignantes pour les faire quitter sa chambre d’hôtel après chaque rencontre, a-t-il déclaré aux jurés. Et il a menti à ses partenaires, y compris celle qui est aujourd’hui son épouse, pour cacher son infidélité pendant plus d’une décennie de tournées du groupe Hedley, supprimant des messages, des photos et des vidéos sexuelles et enregistrant sous des noms d’hommes des numéros de femmes dans son téléphone, a-t-il déclaré.

Lors de son contre-interrogatoire, mercredi, la procureure de la Couronne Kelly Slate a suggéré que le récit de Hoggard sur les relations sexuelles consensuelles avec les plaignantes n’était qu’un autre mensonge.

« Je ne dis que la vérité pour le moment », a-t-il répondu.

Hoggard a plaidé non coupable à deux chefs d’accusation d’agression sexuelle causant des lésions corporelles et à un chef de contacts sexuels, une accusation qui fait référence à des attouchements sexuels sur une personne de moins de 16 ans.

Les procureurs allèguent que le chanteur a violé à plusieurs reprises, avec violence, deux femmes, dont l’une avait 16 ans à l’époque, lors de deux rencontres distinctes, à l’automne 2016. Les plaignantes étaient venues de l’extérieur de la ville pour le rencontrer. La poursuite allègue que les deux femmes ont été abandonnées, meurtries et en sang, par leur agresseur.

Résistance et lutte

Dans leur témoignage, les plaignantes ont affirmé qu’elles avaient pleuré et dit non lors des rencontres avec Hoggard, qui ont eu lieu dans des chambres d’hôtel de la région de Toronto.

La jeune plaignante, qui avait rencontré Hoggard pour la première fois parce qu’elle était une admiratrice de longue date de Hedley, a témoigné qu’il l’avait violée par voie vaginale et orale et qu’il avait tenté de le faire par voie anale en septembre 2016. Elle a déclaré au tribunal qu’elle avait tenté de lutter à divers moments, mais qu’il était plus fort qu’elle.

La deuxième plaignante a rencontré Hoggard via l’application de rencontres Tinder alors que le groupe était à Ottawa. Elle a témoigné qu’elle avait accepté de le rencontrer à Toronto pour avoir des relations sexuelles en novembre 2016, mais qu’elle n’avait pas consenti à ce qui s’était passé dans la chambre. Elle a affirmé au tribunal qu’elle avait été violée par voie anale, vaginale et orale.

Les deux femmes ont rappelé que Hoggard leur avait craché dans la bouche, les avait giflées et les avait traitées de « salope » et de « pute ». La première plaignante a allégué qu’il avait également enfoncé son visage dans les oreillers, l’empêchant de respirer.

La deuxième plaignante a déclaré que Hoggard l’avait étranglée si fort qu’elle a craint pour sa vie. À un moment donné, dit-elle, il l’a traînée par les jambes dans la salle de bain et lui a demandé d’uriner sur lui, ce qu’elle a refusé de faire.

Hoggard est également accusé d’avoir touché de manière inappropriée la plaignante adolescente après un spectacle de Hedley en avril 2016, alors qu’elle avait 15 ans.

« Consensuelles et passionnées »

À la barre mardi, le chanteur a catégoriquement nié avoir violé les plaignantes, affirmant que les deux rencontres étaient consensuelles et « passionnées ». Il a en outre nié que l’une ou l’autre des plaignantes ait pleuré ou dit non, et a soutenu qu’il s’était appuyé sur des indices verbaux et non verbaux pour évaluer le consentement de chacune.

Le musicien a reconnu qu’il était possible que certains des actes décrits par les plaignantes aient eu lieu — il a admis que cracher, gifler, insulter et uriner faisaient partie de ses préférences sexuelles. Mais il a dit que restreindre la respiration et causer de la douleur n’étaient pas des pratiques qu’il appréciait.

Hoggard a également admis qu’il n’avait pas de souvenirs détaillés de ces rencontres, mais il est certain qu’elles étaient consensuelles.

Les procureurs ont suggéré mercredi que Hoggard, qui s’était habitué à la célébrité depuis l’ascension de Hedley en 2004, n’était pas habitué à ce que les gens lui disent non — comme l’ont fait les deux plaignantes, selon la poursuite.

La défense, quant à elle, a demandé à Hoggard comment il pouvait être certain que les rencontres étaient consensuelles, puisqu’il n’en gardait pas de souvenirs détaillés. Le chanteur a déclaré qu’il se souvient d’une expérience positive et que c’était son habitude de communiquer avec ses partenaires sexuelles.

Le tribunal a également entendu mercredi le chauffeur de limousine qui avait amené la plus jeune plaignante à l’hôtel de Hoggard, puis l’avait ramenée chez elle par la suite, au nord de Toronto. Steven Wigoda a déclaré que l’adolescente était « très silencieuse » sur le chemin du retour, mais semblait par ailleurs normale.

La Couronne et la défense devraient présenter leurs plaidoiries finales vendredi, et les délibérations du jury pourraient commencer dès lundi.