Pour son troisième album écrit en début de pandémie, Geoffroy n’a pu faire autrement que de plonger à l’intérieur de lui-même. Le résultat, calme et apaisant, est un véritable baume en ce début d’année difficile.

Publié le 20 janvier
Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Tout juste rentré d’un mois au Mexique, le grand voyageur qu’est Geoffroy est allé s’installer dans son chalet de Saint-Sévère, en Mauricie. C’est donc à l’abri du virus et des mauvaises nouvelles qu’il nous parle de Live Slow Die Wise, qui est l’exact inverse du leitmotiv qui l’a toujours animé, « Live Fast Die Young ».

« Veut, veut pas, la pandémie a fait ressortir un côté de moi plus sage, plus posé. Je vieillis, si on veut. Même si je ne me sens pas vieux », nous explique au téléphone celui qui est malgré tout d’un naturel très calme.

Le long du fil tendu entre le titre de l’album et la dernière phrase de la dernière chanson intitulée Life as It Comes, « Take life as it comes brother/Cause no one else will live it for you », l’auteur-compositeur-interprète québécois parle d’amour et de relations humaines, mais surtout de la nécessité de bien vivre sa vie, sans la perdre avec des choses futiles et inutiles.

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« Mon précédent album, 1952, portait sur la mort de ma mère. Quand on passe à travers un deuil, on réalise, même si on le sait déjà, que la vie est courte, qu’il ne faut pas la tenir pour acquise. C’est ce qui est autour de cet album. Et non seulement je l’écrivais, mais je le vivais ! J’ai fait des changements dans ma vie pour me recentrer, pour passer du temps avec les affaires qui m’importent, et complètement éliminer celles qui ne m’importent pas », dit Geoffroy.

Simplicité

Contrairement à son habitude, c’est dans la solitude que Geoffroy a écrit et composé les chansons (en anglais) de ce nouvel album. C’était au tout début du premier confinement, alors que sa tournée de l’album 1952, qui venait tout juste de prendre son envol en février 2020, avait été interrompue.

« L’album était sorti en novembre 2019 et ça m’a coupé l’herbe sous le pied. Mais je ne suis pas du genre à m’apitoyer sur mon sort. Alors quand j’ai réalisé que ça n’allait pas revenir rapidement, je me suis remis à écrire. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Geoffroy a composé ses nouvelles chansons seul au piano ou à la guitare.

Confiné comme tout le monde, il a donc composé ses nouvelles chansons seul à la guitare ou au piano. Ce qui explique leur facture plus folk, et qu’il y expose davantage un côté philosophe.

« Je l’ai toujours été. Je suis une personne intéressée, j’ai de quoi à dire, mais là j’ai pu lire, m’inspirer, me poser des grandes questions et essayer d’y répondre. J’avais du temps pour penser, disons. »

Du temps, et aucun soutien venu de l’extérieur. Depuis son premier album Coastline en 2017, Geoffroy compose et développe ses chansons en équipe et en studio. Cette fois, il n’y avait aucun musicien, aucun sample électronique pour le relancer et envelopper la mélodie : il n’y avait que lui, ses instruments et les chansons.

En studio un an plus tard avec Louis-Jean Cormier comme coréalisateur, l’idée a donc été d’habiller par l’instrumentation la simplicité de ces chansons, avec subtilité et délicatesse.

C’est difficile, la simplicité. On se complique souvent la vie, on rend ça plus complexe pour que ce soit plus raffiné ou meilleur. Mais non, au contraire ! Le défi est de rester simple, mais pertinent et intéressant en même temps.

Geoffroy

Des touches de la « guitare Nashville » de Louis-Jean Cormier pour donner un son plus « scintillant », la basse à six cordes de Guillaume Chartrain qui rend un son « plus deep », chaque intervention a été faite avec parcimonie et de manière réfléchie, comme il le désirait.

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« Je suis facilement gossé par quelque chose qui revient trop souvent, ou qui est trop fort. Il faut que ça arrive doucement, que ça reste apaisant, que ça fitte avec le mood de la chanson. »

Multiple

Le début de la tournée de Geoffroy est prévu pour mars. Au moment où les salles de spectacle sont de nouveau fermées à cause de la montée du variant Omicron, il se croise les doigts. « Je pensais que cette fois, ça y était... »

C’est en tout cas le temps de mettre en application ce qu’il a appris au cours des deux dernières années. « C’est vrai ! », répond-il en riant un peu. N’empêche que si le chanteur de 34 ans a pris de la maturité et qu’il s’est assagi, son côté « live fast » n’est pas très loin.

« Quelques shots de Mescal à Mexico, et ça va ! Ce disque, c’est une partie de ma personnalité, pas moi au complet. » Nous sommes tous multiples, et Geoffroy aime bien se promener d’une facette à une autre.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Geoffroy ne veut pas être pris dans une case.

« Toutes les parties de ma personnalité sont vraies, et je les mets de l’avant une après l’autre. J’écoute toutes sortes de musiques. Des fois plus de Paul Simon et de Jeff Buckley, des fois plus de Woodkid, de Bon Iver ou de Jungle. Je n’ai jamais réussi à me caser dans une case. »

Le chanteur espère que cet album court (sept pièces dont une instrumentale), véritable concentré de 26 minutes de douceur et d’évasion, saura connecter avec les gens et « faire du bien à distance ». « C’est le plus beau cadeau », dit-il, surtout que c’est son « plus transparent » à ce jour.

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« Ç’a toujours été important de rester honnête et intègre, dit Geoffroy. Si tu n’es pas intègre, en art, ça devient du business. Pour créer, il faut que ça vienne du cœur, que tu racontes de vrais trucs. Sinon, tu perds toute crédibilité envers toi-même. »

Live Slow Die Wise

Folk alternatif

Live Slow Die Wise

Geoffroy

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