« J’ai tellement hâte au concert Beethoven, je ne peux pas vous dire à quel point ! » Comme beaucoup de musiciens, le pianiste Marc-André Hamelin a trouvé éprouvant le long désert scénique imposé par la présente pandémie.

Emmanuel Bernier Collaboration spéciale

Les 6 et 7 août prochains, il retrouvera, avec bonheur, le public québécois au Festival de Lanaudière, avec une intégrale des concertos de Beethoven réalisée en compagnie de Yannick Nézet-Séguin et de l’Orchestre Métropolitain.

Même si les défis pianistiques lui sont familiers (le New York Times l’a décrit comme un « interprète aux capacités techniques quasi surhumaines »), M. Hamelin ne cache pas que jouer cinq concertos en deux soirs exige une préparation et une concentration à toute épreuve.

« Il faut être prêt parce que le jour du premier concert, j’aurai à jouer les trois premiers concertos le soir et à répéter les deux autres durant la journée », confie le pianiste montréalais maintenant domicilié à Boston.

« Heureusement, je l’ai fait une fois déjà avec Bernard Labadie et les Violons du Roy en 2013 au Domaine Forget. Ça a été une des plus belles expériences de ma vie ! », se remémore l’artiste.

Quelles difficultés ?

Questionné sur les difficultés qu’impliquent ces monuments du répertoire pour piano et orchestre, Marc-André Hamelin ne sait d’abord pas trop que répondre. « C’est difficile de penser à des choses comme les concertos de Beethoven quand on a vécu avec toute notre vie ! », s’étonne-t-il.

Beethoven, on sait qu’il était très bon pianiste, mais l’écriture est souvent loin d’être confortable. Il faut que tout soit clair, que ça respire.

Marc-André Hamelin, pianiste

« Fondamentalement, dans ces pièces, on ne trouve pas de grand pessimisme comme dans certaines des sonates. Ce sont des œuvres plutôt aérées et optimistes. Il n’y a pas vraiment de complexité psychologique, je dirais. Mais il faut quand même les rendre avec brio », poursuit-il.

« Avec les deux premiers concertos, on est plus près de Mozart que des pièces plus tardives de Beethoven. L’écriture s’épaissit ensuite. Elle devient moins épurée », précise M. Hamelin, qui jouera ses propres cadences, dont les trois premières ont été composées expressément pour le Festival.

Une préférence pour le Concerto no 4

Un concerto préféré parmi les cinq ? « Ce sont tous des enfants chéris, mais je pense que j’ai une faiblesse pour le quatrième ! », avoue le musicien.

Bien que ces œuvres lui soient familières, le pianiste, qui a une soixantaine d’enregistrements à son actif, n’envisage pas pour le moment d’en laisser un témoignage discographique. « C’est sûr que ce serait extraordinaire, mais je n’ai pas beaucoup d’espoir de le faire. Je ne voudrais pas saturer le marché. Pour la même raison, je ne ferai pas les 32 sonates de Beethoven. Il y en a déjà assez », tranche le pianiste-vedette de la maison Hyperion, laquelle compte déjà une intégrale des concertos avec le pianiste Stephen Hough à son catalogue.

Une version modèle, M. Hamelin ? Silence. « Franchement non, répond-il finalement. Mais je ne veux pas que ça ressemble à de l’indifférence de ma part. »

Mon modèle, mon héros, moi, c’est la partition. Je ne veux pas dénigrer tout ce que mes collègues ont fait avec ces œuvres, mais il faut d’abord et avant tout étudier la partition très sérieusement, car une grande partie des réponses sont là.

Marc-André Hamelin

« Une fois que je me suis formé une assez bonne idée du contenu de l’œuvre, à ce moment-là, c’est intéressant de me rendre compte de la tradition interprétative. Mais jamais au tout début, même si je sais qu’il y en a qui s’entourent de tous les enregistrements qu’ils trouvent » au moment de travailler une nouvelle œuvre.

Un agenda qui se remplit

Lent à se remplir au début de l’été, l’agenda du pianiste commence à se préciser. « Je prends mon horaire jour pour jour, ou presque », confesse le musicien. « Au mois de juin, je n’avais absolument rien. En juillet, ça a démarré un peu, j’ai eu trois concerts, un au Minnesota, une semaine de musique de chambre à Portland, en Oregon, et un récital à San Francisco. C’était devant public. Ça faisait un grand bien ! », admet-il.

Le 23 août, il renouera avec la Schubertiade de Schwarzenberg, en Autriche, sa « première excursion en Europe depuis le début de la pandémie », avant d’aller se produire à Dubaï, une destination musicale qu’il avoue trouver « assez inusitée ». Suivront quatre concerts en Allemagne en octobre.

Sur le plan discographique, il faudra surveiller la sortie d’un double album Carl Philip Emanuel Bach, une intégrale des Rags du compositeur américain contemporain William Bolcom et une autre des Nocturnes et Barcarolles de Fauré.