Le gala L’opéra français en fête, qui a eu lieu vendredi soir à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec en ouverture du Festival d’opéra de Québec, a brillamment montré que la capitale avait tout ce qu’il faut pour devenir la porte tournante de l’art lyrique en Amérique du Nord.

EMMANUEL BERNIER Collaboration spéciale

En l’absence d’une production d’opéra en bonne et due forme, pour les raisons sanitaires que l’on sait, le directeur de l’Opéra de Québec, Jean-François Lapointe, a jeté son dévolu sur une soirée d’airs et d’ensembles mettant à l’honneur le répertoire écrit dans la langue de Molière.

La salle Louis-Fréchette avait revêtu ses parures des grands soirs : rideaux et tapis rouges, scène agrandie vers le parterre, coupole de l’Opéra Garnier projetée en arrière-plan… Tout cela pour accueillir l’impressionnant contingent d’artistes comprenant des visages familiers, comme ceux d’Hélène Guilmette et de Karina Gauvin, mais aussi des noms beaucoup moins connus, comme ceux de la mezzo-soprano Carolyn Sproule et de la soprano Claire de Sévigné.

Le répertoire est à l’avenant : on vogue de Gluck à Poulenc en évitant le surutilisé Air des bijoux ou encore l’air du toréador et en allant piger dans des opéras plus rares comme Hérodiade et Cendrillon de Massenet, La Juive d’Halévy ou Le comte Ory de Rossini.

Le niveau ne faiblit à peu près pas durant toute la soirée, en particulier du côté féminin. On se pince presque durant la prestation de Carolyn Sproule dans l’air Amour, viens aider ma faiblesse tiré de Samson et Dalila de Saint-Saëns. La jeune femme possède un véritable trésor vocal qui mériterait d’être goûté sur les scènes les plus prestigieuses. Ne manquent qu’une véritable concentration dramatique, un éclair dans le regard pour qu’elle devienne une artiste de premier ordre.

PHOTO CAROLINE GRÉGOIRE, LE SOLEIL

Le baryton Philip Addis, le ténor Éric Laporte et la soprano Florie Valiquette

Des sopranos remarquables

La soprano Karina Gauvin est égale à elle-même dans l’air Divinités du Styx d’Alceste de Gluck. Dignité, émotion, raffinement… tout cela se conjugue à la perfection chez la chanteuse. Sa collègue Hélène Guilmette fait un autre sans-faute dans un tout autre registre avec Non, monsieur mon mari, extrait des Mamelles de Tirésias de Poulenc.

Du côté des sopranos plus légers, nous avons été témoins de deux prestations de tout premier ordre avec Florie Valiquette, d’une remarquable subtilité dans En proie à la tristesse du Comte Ory, ainsi qu’avec Claire de Sévigné, qui enflamme la scène avec son truculent Chacun le sait (de La fille du régiment de Donizetti), mais aussi avec sa robe au strass presque aveuglant qui a fait jaser bien des spectateurs…

La mezzo-soprano Mireille Lebel était moins en voix, avec des aigus ayant tendance à plafonner, ce qui a néanmoins en bonne partie été compensé par sa présence scénique, tant dans l’air de Siébel de Faust que dans le Trio des cartes de Carmen.

Chez les hommes, on retrouve la basse Alain Coulombe en grande forme avec l’air Si la rigueur de La Juive. Qu’il est touchant avec son legato nourri et ses graves bien charnus ! Jean-François Lapointe nous offre quant à lui une vibrante Vision fugitive (Hérodiade), toute en noblesse et en authentique émotion.

Le baryton Philip Addis chante Ô vin, dissipe la tristesse, tiré de Hamlet d’Ambroise Thomas, avec panache, même s’il s’agit d’un emploi plutôt grave pour ce baryton qui s’est illustré dans des rôles plus légers comme Pelléas. Seul ténor de la soirée, Éric Laporte récolte des applaudissements nourris après son Ô souverain, ô juge, ô père du Cid de Massenet, malgré la clarté rédhibitoire des voyelles qui durcit quelque peu la voix.

Le chef Jean-Michel Malouf, qu’on avait déjà pu entendre en mai sur la même scène dans Le barbier de Séville, dirige l’Orchestre symphonique de Québec avec beaucoup de métier, quoiqu’il pourrait parfois ménager davantage de contrastes au sein des différents morceaux.