Le soleil, bien que caché derrière d’épais nuages, était encore haut dans le ciel lorsqu’Elisapie est arrivée sur scène, majestueuse et humble, comme à son habitude. La foule bien ordonnée et le fleuve face à elle, elle a béni ce moment où l’on sentait dans l’air le début de jours plus heureux. Vendredi marquait le lancement du FestiVoix.

Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

Le festival de Trois-Rivières est le premier de son envergure à proposer une programmation musicale extérieure cet été. Le premier à passer le test des nouvelles mesures, à mettre à l’épreuve le plan d’action adopté si peu de temps avant le lancement des festivités. « On sait que les autres festivals nous regardent, on est conscients de notre responsabilité », nous a confié Thomas Grégoire, directeur général et artistique de l’évènement, joint quelques jours avant le coup d’envoi.

Face à la scène Hydro-Québec en après-midi, au Jardin des Ursulines, des tables et des chaises faisaient l’effet d’un cabaret à aire ouverte. Le parterre était plein pour accueillir Elisapie. Chacun sa table, sans masque, chaque groupe à distance raisonnable des autres. Un air de normalité.

PHOTO STÉPHANE LESSARD, LE NOUVELLISTE

Foule au spectacle d'Elisapie

« Ça fait presque un an qu’on n’est pas montés sur scène. On s’est dit : on va y aller. On n’a même pas répété », a dit Elisapie aux spectateurs amusés au début de sa performance, en les remerciant d’être présents. La reconnaissance était mutuelle.

La musicienne a fait écho aux « choses très lourdes à porter » de l’actualité concernant les peuples autochtones, tout en soulignant que « la vérité commence à sortir ». Sur « le territoire abénaki et atikamekw » où se dresse Trois-Rivières, Elisapie a interprété des chansons qui lui ont semblé tirées d’un vieux répertoire tant il y a longtemps qu’elle les avait jouées.

Spectacles à la carte, scènes adaptées

Une chose était bien sûre dès le début et malgré tous les scénarios qu’il a fallu envisager pour se conformer aux directives sanitaires : le FestiVoix aurait lieu cet été. « On se disait qu’on n’annulerait pas, quoi qu’il arrive », nous a dit Thomas Grégoire. L’organisation souhaitait aussi de tout cœur pouvoir de nouveau investir le site sur lequel l’évènement dresse habituellement ses scènes, aux abords du port de Trois-Rivières, face au fleuve.

Au pire, ç'aurait été complètement virtuel, mais on voulait le faire sur le territoire qu’on occupe. On met en scène la ville de Trois-Rivières pendant quelques jours, on transforme tout ça avec nos décors, nos scènes.

Thomas Grégoire, directeur général du FestiVoix

On est passé de 16 scènes à 3, de 300 000 personnes à moins de 15 000, mais le FestiVoix a bel et bien l’occasion de ravir les Trifluviens. Et tout près de la moitié des festivaliers arrivent cette année de l’extérieur de la région. Tout ce monde a pu se procurer des billets individuels plutôt que les laissez-passer habituels.

La scène principale peut accueillir près de 1000 personnes. La deuxième, environ 400, et la plus petite, 200. Les jauges auraient pu être augmentées vu les récentes autorisations du gouvernement, mais il aurait fallu déplacer le site. Finalement, les différents formats de scène jouent à l’avantage du festival, qui propose trois ambiances distinctes, du plus intime à l’expérience « gros festival ».

Compte tenu de toutes les incertitudes qui ont pesé jusqu’à la dernière minute, certains artistes n’ont été ajoutés à la programmation que quelques jours avant qu’elle ne soit dévoilée, a expliqué Thomas Grégoire. « Ils veulent retrouver les festivals. Nous, on a envie de leur donner la scène, a-t-il ajouté. Ça fait une quinzaine de mois qu’on est complètement privés de vraies retrouvailles avec le public. […] On est fiers, on a fait notre maximum pour offrir le meilleur festival possible. »

Presque comme avant

La scène sur laquelle se sont présentés les Montréalais Plants and Animals, puis The Franklin Electric permettait aux spectateurs de se retrouver sur leur propre petite plateforme, en groupe, avec possibilité de danser et de se déplacer à leur guise sur leurs trois mètres carrés attitrés.

PHOTO STÉPHANE LESSARD, LE NOUVELLISTE

Warren Spicer, du groupe montréalais Plants and Animals

Ainsi, lorsque Plants and Animals a mis la table, devant une foule encore éparse, certains ont pu se permettre quelques pas de danse sur son rock groovy et électro. « C’est bizarre quand même, vous êtes tous dans vos paniers », a lancé le meneur Warren Spicer. Bizarre, en effet, mais agréable tout de même. L’effet de foule n’y est pas, mais, réunis avec leurs amis et leurs proches dans ces « zones d’écoute », les festivaliers bénéficient d’un excellent terrain de jeu.

Le décor était idéal lorsque Jon Matte et sa bande sont arrivés sur scène. Les dernières lueurs du soleil, au fond d’un ciel toujours couvert, laissaient lentement place à la nuit. Les lettres géantes et illuminées formant le mot FestiVoix surplombaient le fleuve.

The Franklin Electric, toujours fabuleux, sur une petite scène comme sur la plus grande du FestiVoix, a offert plusieurs nouveaux titres. Les quelques chansons issues de l’album à venir n’ont laissé voir que de bons présages pour ce qu’on pourra découvrir sur disque à l’automne. On a eu droit à un superbe moment de musique.

La première journée du festival s’est terminée sur une note plus intime, alors qu’Antoine Corriveau, « un petit gars du coin », est monté sur la troisième scène pour y présenter son rock tantôt feutré, tantôt complètement décapant et quelque peu déjanté, devant un comité réduit mais enthousiaste.

Le FestiVoix se poursuit jusqu’au 4 juillet.