« Un instrument que je ne peux pas souffrir » : le dédain de Mozart pour la flûte est bien connu. Il a fallu qu’un mécène néerlandais lui offre une jolie somme en 1777 pour qu’il daigne composer ses trois quatuors pour flûte et cordes et ses deux concertos pour flûte et orchestre.

Emmanuel bernier Collaboration spéciale

Ces œuvres, que le commanditaire avait demandées « courtes et faciles », relèvent, pour les spécialistes Brigitte et Jean Massin, de la « production alimentaire ». Le premier composé (Mozart avait encore un certain enthousiasme), le Quatuor en ré majeur K285, en trois mouvements, reste le plus intéressant, avec son sublime Adagio en si mineur. Les deux autres, en deux mouvements, sont de moindre intérêt. Le Quatuor en la majeur K298, probablement composé 10 ans plus tard, est pour sa part une sorte de plaisanterie musicale destinée à singer la musique italienne en vogue à l’époque.

Ces œuvres sont, du fait de leur instrumentation particulière, peu entendues au concert. Mais à peu près tout flûtiste qui se respecte en a produit un témoignage discographique : Jean-Pierre Rampal (deux fois), James Galway, Barthold Kuijken, Emmanuel Pahud, Juliette Hurel et, plus près de nous, les Canadiennes Claire Guimond et Joanna G’froerer.

La nouvelle version qui paraît ces jours-ci chez Analekta met en vedette la flûtiste rimouskoise Nadia Labrie, qui s’est notamment fait connaître au sein du duo Similia, qu’elle forme avec sa sœur jumelle Annie, guitariste. L’album, intitulé Flûte Passion : Mozart, est le troisième d’une série s’étant auparavant tournée vers Bach et Schubert. Il comprend, en plus des quatre quatuors, le magnifique Andante en do majeur pour flûte et orchestre K315, dans un arrangement de François Vallières.

On peut choisir – pour simplifier un tantinet – de jouer ces œuvres comme de la musique légère ou comme de la musique sérieuse. Entourée du violoniste Antoine Bareil, de l’altiste Isaac Chalk et du violoncelliste Benoit Loiselle (ces deux derniers des Violons du Roy), la flûtiste penche davantage vers la seconde option, avec des tempos généralement larges, des articulations qui n’ont rien d’exagéré et une sonorité chaleureuse.

La réalisation sonore de Carl Talbot, effectuée de très près, met à profit l’acoustique enveloppante de l’église Saint-Augustin-de-Mirabel.

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PHOTO FOURNIE PAR ANALEKTA

Flûte Passion : Mozart

Classique
Flûte Passion : Mozart
Nadia Labrie, Antoine Bareil, Isaac Chalk et Benoit Loiselle
Analekta
★★★★