Fort du succès de ses deux premiers albums, le groupe montréalais The Damn Truth a eu l’occasion de tourner avec quelques-unes des plus grosses pointures du rock, y compris ZZ Top et Rival Sons. Une reconnaissance qui lui a permis d’enregistrer son nouvel album, Now or Nowhere, avec nul autre que Bob Rock, grand manitou du rock à qui l’on doit la signature sonore de plusieurs grands albums de Metallica, The Cult et Motlëy Crüe, pour ne nommer que ceux-là.

Pierre-Marc Durivage
Pierre-Marc Durivage La Presse

« Le qualifier de légende, ce n’est peut-être pas assez, s’est exclamé le bassiste Pierre-Yves Letellier quand on lui a demandé comment le groupe s’était senti en apprenant qu’il allait collaborer avec une légende comme Bob Rock. Notre imprésario était aussi celui des Payolas [premier groupe de Bob Rock] et il nous a dit qu’on pourrait travailler avec lui si on avait de bonnes chansons à lui présenter. »

The Damn Truth a donc mis près de quatre ans à peaufiner les pièces de Now or Nowhere, parce qu’il fallait d’abord arriver avec une maquette qui allait servir à convaincre Bob Rock d’embarquer dans l’aventure.

« J’étais excitée, nerveuse, stressée, j’avais peur, je ressentais plein d’émotions », nous a avoué de son côté la chanteuse et guitariste Lee-La Baum dans une vidéo-entrevue réalisée entièrement en français en direct du studio du groupe, à Verdun. « Mais mes craintes ont diminué dès le premier moment où on lui a parlé au téléphone, a-t-elle aussitôt enchaîné.

Il nous a dit qu’il avait écouté nos démos et qu’il était ensuite allé écouter Led Zeppelin I ! Il nous a confié qu’il entendait des choses dans notre musique qu’il entendait sur Led Zep I ! Il a vraiment compris ce que l’on voulait faire, il a compris nos inspirations.

Lee-La Baum, chanteuse et guitariste, à propos de Bob Rock

L’horaire de Bob Rock étant pour le moins chargé, The Damn Truth a toutefois dû patienter six bons mois avant de finalement pouvoir se rendre en novembre 2019 au studio The Warehouse, à Vancouver, le temps que Richie Sambora et AC/DC terminent leurs albums – Pierre-Yves Letellier nous a appris au passage que l’endroit avait été complètement rafraîchi après le passage du groupe australien, les vieux rockers ont payé pour les rénovations parce qu’ils tenaient à fumer dans le studio...

Sérieuse préparation

Pendant ce temps, à Montréal, les membres de The Damn Truth ont continué de trimer, d’autant plus qu’il avait été convenu d’enregistrer tout en direct. « On ne savait pas ce qu’il allait nous lancer à notre arrivée, nous a dit le batteur Dave Traina. Mais il était vraiment enthousiaste, et il nous a demandé si on était prêts. Certainement qu’on était prêts, on avait répété les chansons pendant six mois, cinq jours par semaine de 9 h à 18 h, on a essayé plein de types d’arrangements ! » « On a même essayé ceux proposés par ta grand-mère », a ajouté en rigolant Pierre-Yves Letellier.

L’enregistrement s’est donc déroulé rondement, Bob Rock se montrant extrêmement généreux avec le groupe. « On a été tout de même surpris, avec toutes ces histoires de producteurs qui ne se pointent même pas en studio, a reconnu Dave Traina. Mais avec Bob, ça a été le contraire. »

« Il avait une énergie d’enfant, il était tout excité de nous raconter ses histoires », a renchéri son complice bassiste originaire de La Tabatière, sur la Basse-Côte-Nord. « Il a même suggéré à Lee-La de chanter avec le micro de Frank Sinatra et, à moi, de jouer sur la basse utilisée pour enregistrer Summer of ’69, de Bryan Adams ! »

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Un peu de Montréal

Avant de revenir au Québec, le groupe avait convenu avec Bob Rock de se retrouver plus tard en 2020 pour terminer l’album. En raison de l’éclosion planétaire d’un certain virus, les trois dernières chansons ont finalement été enregistrées ici, ce qui confère une certaine variété sonore au disque. La signature musicale de l’album se veut toutefois globalement très organique, le genre qu’il est préférable d’écouter sur une table tournante. Comme on le faisait à l’époque de Led Zeppelin I, justement.

Le message véhiculé dans Now or Nowhere est aussi en phase avec le tournant des années 1970 – les mots « amour », « amitié » et « câlin » ont, soit dit en passant, été répétés à quelques reprises pendant l’entrevue : « Quand on a écrit les paroles pour le nouvel album, il y a quatre ans, on a pris la décision de faire un disque plus positif, empreint d’espoir, a dit Lee-La Baum. Il y avait beaucoup de colère dans le dernier album [Devilish Folk], j’étais fâchée contre le monde, contre ma communauté. J’avais besoin de changer mes habitudes et mes pensées. Mais attention, c’est sûr qu’on va encore jouer de la musique très fort ! »