Qu’il semble loin, le temps où Tom Jones était perçu comme un chanteur de charme quétaine. Depuis ses succès des années 1990 (Sex Bomb, Kiss), le chanteur gallois a assurément réintégré le rang des artistes fréquentables, ce que confirme une fois de plus cet étonnant nouvel album (Surrounded By Time), le 40e de sa belle et longue carrière.

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Soyons honnête, on ne pensait plus le réentendre sur disque. Sir Tom, 80 ans, n’avait rien sorti depuis Long Lost Suitcase, en 2015. On l’imaginait vivre une retraite bien méritée sur le bord d’une piscine à Malibu. Mais non. Il n’avait pas dit son dernier mot.

Premier constat : la voix n’a rien perdu de sa puissance supersonique, même si on y décèle ici et là d’inévitables petites rides. Sérieusement, comment fait-il ? Existe-t-il du Viagra pour les organes vocaux ? À cet âge, la plupart des interprètes n’ont plus que des filets craquelés à offrir. Tom Jones, lui, pousse encore la note à son (presque) paroxysme avec son habituelle virilité.

0:00
 
0:00
 

On ajoutera que ce « don de la nature » est parfaitement mis en valeur par la production brillante et subtile d’Ethan Johns (Kings of Leon) et un choix de chansons réfléchi, qui séduit par son éclectisme et sa profondeur.

Oublions cette énième version de The Windmills of your Mind (Les moulins de mon cœur, de Michel Legrand), clin d’œil non nécessaire à l’époque où ses admiratrices lui jetaient leurs petites culottes. Hormis cet « incident » de parcours, Surrounded By Time offre un savoureux mélange de chansons, où le chanteur revendique à la fois son expérience et son désir de rester dans l’air du temps.

Autodérision dans Popstar (reprise de Cat Stevens), groove et sitar psyché sur No Hole in my Head, hommage à Dylan sur One More Cup of Coffee, critique social sur Talking Reality Television Blues. Jones se fait confidentiel sur I Won’t Lie, épique dans une version quasi doorsienne de Lazarus Man, de Terry Callier (neuf minutes !) : les thèmes sont pertinents, et la palette est plutôt large. Mais le chanteur n’est jamais aussi émouvant que sur I’m Growing Old, réflexion lucide sur le poids des ans dont il fait part sans pudeur, accompagné d’un simple piano…

Certes, Tom Jones n’est pas David Bowie. Ni Scott Walker. On est ici dans le mainstream de bon goût, pas l’expérimentation. Mais le chanteur surprend en dépassant nos attentes et en repoussant – une fois de plus – les limites de son propre cadre. Pas de doute : ce beau monsieur vieillit bien !

IMAGE TIRÉE DU SITE DE TOM JONES

Pochette de l’album Surrounded By Time, de Tom Jones

Pop-rock
Surrounded By Time
Tom Jones
EMI
★★★½