Pour son tout premier album, Phoenix, Charlotte Cardin tenait à puiser dans des inspirations personnelles. Sans s’imposer de limites, créatives ou émotionnelles. L’auteure-compositrice-interprète a choisi d’explorer cette vulnérabilité avec ses collaborateurs montréalais, ses « meilleurs alliés ». Entretien en vue de la sortie de ce disque tant attendu, le 23 avril.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Charlotte Cardin a beaucoup évolué, « personnellement et artistiquement », ces dernières années. Et la confection de son premier album a été la source d’une grande partie de ce cheminement. « Une chose qui a changé avec cet album, c’est que quand j’ai commencé à l’écrire, il y a trois ans, j’écrivais chez moi en pensant à comment les gens allaient le recevoir, ce qu’on attendait de moi, ce qu’on voulait entendre », nous dit la musicienne, au bout du fil.

Piégée dans ces appréhensions, elle a eu la sensation « d’aller nulle part ». « J’avais cette impression parce que je ne faisais pas cet album-là pour les bonnes raisons, dit-elle. Il fallait que je le fasse pour moi pour qu’il ait du sens et pour qu’il puisse résonner chez d’autres personnes. »

Alors, l’auteure-compositrice-interprète a appris à lâcher prise. Ce qui lui a permis de mieux aborder les thèmes qui lui tiennent à cœur, que ce soit la béatitude et la déception amoureuse, la place des femmes en société (Anyone Who Loves Me), le consumant besoin d’exister (Meaningless) ou la détresse dévastatrice (Sun Goes Down).

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« Il y a vraiment eu un processus de libération dans la création de cet album », affirme Charlotte Cardin.

Pour moi, l’écriture a toujours été une façon de canaliser plein de choses. Quand je me suis laissée aller dans l’écriture, je me suis rendu compte que je m’étais ouvert une porte. Avant, je me limitais trop.

Charlotte Cardin

En entrevue, Charlotte n’hésite pas à se remettre en question, à parler de ses faiblesses. Et c’est de cette façon aussi qu’elle se présente sur son album. Elle y assume ses contradictions, sa fragilité comme sa force et son assurance, sa colère ou ses craintes. « Ça fait partie de cette thérapie qu’est l’écriture pour moi d’aller à 100 % à la rencontre de mes sentiments les plus réels, qui souvent ne sont pas sexy et ne sont pas beaux, dit-elle. J’ai besoin d’aller là pour reprendre le contrôle sur certaines de mes réactions et certains moments que j’ai traversés. »

Fabriqué à Montréal

L’allégorie du phénix n’est pas une métaphore de l’artiste qui renaît et dévoile ce qu’elle est devenue, dit Charlotte Cardin. « C’est un symbole de l’évolution et de la croissance où il y a des sacrifices, de nos relations ou des parties de nous qu’on laisse de côté. Ou des choses qu’on arrête de faire parce que ça nous empêche de nous épanouir », explique-t-elle.

Côté créatif, une des récentes évolutions à survenir pour Charlotte a été la coécriture, sa grande « révélation ». D’abord avec son agent et ami Jason Brando, qui cosigne la plupart des textes de l’album. De là a découlé un disque fait à Montréal, avec ses collaborateurs et amis, dans une atmosphère « super familiale ». Un « trip de gang ».

« J’ai essayé de collaborer avec plein de personnes différentes, raconte Charlotte Cardin. Je suis allée à Los Angeles pour écrire avec des auteurs et producteurs. » Elle décrit ces séances d’écriture : « C’était bizarre parce que j’écrivais des chansons personnelles avec quelqu’un que je connaissais à peine et je parlais de choses super intenses. »

C’était tellement évident que mon allié devait être Jason, qui est déjà mon allié principal dans plusieurs aspects de ma carrière. C’est le premier qui a cru en moi de la façon dont j’avais besoin qu’on croie en moi.

Charlotte Cardin, à propos de son agent et ami Jason Brando

Un peu plus tard, Marc-André Gilbert s’est joint à eux pour la coproduction et l’écriture de certains textes. Le producteur Connor Seidel a aussi participé à l’effort. Le bassiste de Charlotte, Mathieu Sénéchal, a coécrit la chanson Daddy.

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« Finalement, on a fait l’album avec ma petite équipe de Montréal que j’aime et que je connais bien. C’est vraiment ce dont j’avais besoin. L’album porte mon nom, mais on l’a vraiment fait tous ensemble. Il y a quelque chose d’encore plus personnel là-dedans », dit Charlotte Cardin.

La magie en studio

Charlotte Cardin porte sa voix plus loin que jamais sur ce premier disque. Anyone Who Loves Me, en début d’album, permet de découvrir une nouvelle teinte de la voix soul délicate et rocailleuse de la Montréalaise.

« C’est la chanson la plus challengeante vocalement que j’ai jamais écrite. C’est certainement inconscient, mais je ne pense pas que ce soit pour rien qu’il y ait cette implication physique dans l’interprétation de cette chanson qui, pour moi, a vraiment un poids important dans ses thèmes », explique-t-elle.

La chanson titre, cosignée par le musicien montréalais Lubalin, renferme également des mots forts. « I had to burn everything I was just to come back like a phoenix », chante Charlotte Cardin sur cette pièce « magique ». Magique parce qu’en entendant le refrain de Lubalin, « ça [l’a] complètement ébranlée ». « Je trouvais que c’était beau, que c’était bien dit, explique-t-elle. C’était une chanson hyper personnelle pour lui. On a pris son refrain, on l’a réarrangé et j’ai écrit de nouveaux couplets. Je me suis beaucoup attachée à quelque chose que je n’avais pas écrit, j’ai pu la personnaliser et lui s’est senti de la même façon en entendant le résultat. »

Autre moment de studio délicieux : sur la chanson XOXO, on entend deux voix distinctes, une féminine et l’autre masculine. Celle de Charlotte Cardin et celle... de Charlotte Cardin. Le texte était initialement écrit à la première personne. Puis, les créateurs ont joué avec les tonalités : « On a baissé la piste instrumentale, mais aussi la piste vocale et on a trouvé ça vraiment cool, alors on l’a laissé comme ça. » Charlotte a alors réécrit ses refrains pour en faire une conversation.

« C’est devenu un duo avec moi-même ! C’est une belle surprise, parce qu’on n’avait vraiment pas prévu de faire ça, ça s’est passé comme une coïncidence en studio », confie la chanteuse.

Le grand moment

Ainsi, on ne retrouve aucun vrai duo sur Phoenix. Pas parce qu’elle n’en voulait pas, mais parce qu’après quelques perches lancées, rien ne s’est concrétisé, raconte candidement Charlotte Cardin. « C’est vraiment correct, dit-elle. J’étais juste fière de l’album comme il était, donc j’accueillais l’idée de collaborations avec plaisir, mais j’accueillais tout autant l’idée de ne pas en avoir. »

Un autre témoignage de ce fameux laisser-aller. Il en a aussi fallu une bonne dose, cette dernière année, alors que la sortie de l’album a été encore reportée en raison de la pandémie. L’impossibilité de monter sur scène a pesé, mais elle a pu « utiliser cette année de calme extrême à [son] avantage, même si c’est venu avec plein de frustrations ». Elle a joué de son piano et de sa guitare, a gardé le contact avec son public grâce aux réseaux sociaux (son compte TikTok vaut le détour).

L’envie de sortir ce premier album n’a donc fait qu’augmenter au fil des derniers mois. Il est enfin là, huit ans après La voix, cinq années après le mini-album Big Boy, qui l’a révélée. « Je suis excitée et fébrile que ça se concrétise finalement, nous dit la musicienne. Je me sens bien. Je suis vraiment fière de cet album et j’ai hâte de le partager avec tout le monde. »

IMAGE TIRÉE DU SITE DE CHARLOTTE CARDIN

L’album Phoenix, de Charlotte Cardin