Son album Weird Ones à peine sorti, Matt Holubowski était à Los Angeles lorsque les dates de sa tournée en première partie de Tamino sont tombées les unes après les autres.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

« Je venais de sortir mon album, deux, trois semaines avant. Au Québec, on avait réussi à faire nos grosses dates : Montréal, Sherbrooke, Québec, Gatineau. Ensuite, je faisais la première partie de Tamino dans l’ouest des États-Unis et du Canada. On commençait avec deux soirs consécutifs à guichets fermés à Los Angeles.

« En Californie, on avait l’impression que ce n’était pas si pire que ça. On était convaincus qu’il faudrait faire attention, mais que ce n’était pas si grave. Tout a changé après la première journée. On a réussi à faire le premier spectacle à L.A., dans une salle de 300 places environ. La salle semblait pleine, mais, apparemment, un bon 30 % du public n’était pas venu.

« Le lendemain matin, ma gérante et moi, on avait des rencontres avec des partenaires à L.A. En dedans de deux heures, elles ont toutes été annulées, sauf une. Il y avait quelque chose d’un peu bizarre dans l’air.

« On est retournés à notre Airbnb et on a reçu un message à ce moment-là qui confirmait que le show du soir même serait annulé. Vingt minutes plus tard, ç’a été la même chose pour le reste de cette tournée-là. Dans les heures qui ont suivi, les dates en Ontario puis celles du reste du Québec sont tombées. On devait aller en Europe deux semaines après avec Lou Doillon. Ç’a été mis sur la glace.

En quelques heures, on est passé de “on va faire des meetings super cool avec des partenaires en Californie avant de partir en tournée” à “la plug est tirée sur tout”.

Matt Holubowski

« Un côté de moi était dévasté. J’étais sur une lancée. On travaille sur un projet pendant un an et demi, deux ans, et ensuite, on va le présenter aux gens. J’étais dans ma petite solitude depuis tout ce temps. Quand j’ai commencé à tourner, j’étais prêt à revoir le monde, à redevenir vagabond un peu. Il a fallu que je retourne dans ma solitude. »

Et depuis ?

« Le réflexe de tout le monde a été de faire des shows en ligne. Mais pour moi, la musique est une expérience plus que du contenu. J’ai quand même fait des shows Zoom, un prétexte pour amasser des sous pour Moisson Montréal. C’était super cool et ça a super bien marché. Il y avait 1000 personnes par show, il y avait quelque chose de magique. Mais ça a duré… deux fois. Un show en ligne, tu le fais deux fois et les gens l’ont vu.

« Pendant un bout, j’étais juste découragé et j’attendais avec espoir que les choses reprennent. Ça a un peu changé fin août, début septembre. On a fait trois shows devant public, qui ont été débiles. On se disait : “OK, wow, c’est ça, la connexion humaine !’’ Ç’a été suffisant pour me redonner l’énergie de poursuivre pendant un moment. Parce que j’arrivais à un point où je me disais que ce n’était peut-être pas la bonne carrière pour moi. Mais à la suite de ces spectacles-là, je me suis rendu compte que j’aime ce métier plus que n’importe quoi.

« Je me suis remis sur une lancée créative, d’une nouvelle façon. J’ai toujours été un auteur-compositeur qui écrit ses chansons avec des idées, mais qui laissait le côté technique aux autres. Ça me limitait beaucoup dans ma liberté d’exploration. Alors j’ai passé l’automne à apprendre à m’enregistrer moi-même. J’ai acheté du matériel, je me suis bâti un petit studio. C’est super excitant, ça me stimule énormément. Si on en a pour un autre six mois, un an de cette même dynamique, je vais être capable de garder mon esprit en bon état. »