Le batteur José Major, qui travaille avec de nombreux artistes dont Pierre Lapointe et Salomé Leclerc, a été forcé par la pandémie de se trouver un plan B.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

« La pandémie, c’est comme s’il y avait eu une explosion qui n’a pas vraiment fait mal, mais quand la poussière retombe, eh boy, je ne retrouve plus rien.

« Je n’avais rien vu venir. Quand ça a commencé, j’étais au Danemark avec la troupe de danse de Frédérick Gravel. Le 12 mars, le lendemain du dernier spectacle [que la troupe a pu donner], on était en attente dans le lobby de notre hôtel. Ç’a été une espèce de journée bizarre à jouer à des jeux de société, à manger des pinottes et à boire du rouge, à faire du Skype avec nos familles pour se donner des nouvelles.

« Puis on est partis pour Paris, d’où on devait être rapatriés. On a passé une dernière soirée avant que tout ferme à minuit, il y avait du monde partout dans les rues ! On ne voulait pas aller se coucher. Tout le monde était dans cette vibe et voulait étirer ce moment-là.

« Le lendemain, on était à l’aéroport, un peu poqués, et on s’est retrouvés avec plein d’autres artistes québécois qui rentraient aussi.

« Mais quand je suis arrivé à Montréal, je n’étais pas dans le deuil ni rien. Je me disais que ça ne durerait que quelques semaines et que je retournerais à mes occupations. Je venais de commencer une tournée avec Pierre Lapointe, on avait eu quelques shows à Montréal et à Québec en février. Je me disais que ça va être fantastique, j’étais bien content d’avoir la tournée de ma vie ! J’avais Salomé Leclerc qui allait bien aussi. On faisait un show en duo, on avait travaillé super fort pour le monter, mais on l’a présenté cinq ou six fois, pas plus.

« Quand tout a été annulé, c’est là que je me suis rendu compte que j’étais en train de passer à côté de choses vraiment cool. Ces artistes, ils bougent vite, tu ne peux pas leur demander de refaire le même spectacle deux ans plus tard. Ce sont des shows qui vont mourir. »

Et depuis ?

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

José Major

« Ça adonne que mes amis dans le milieu, ils composent ou ils réalisent, ou ils sont dans des groupes. Alors la pandémie a été un peu moins dure sur eux. Mais moi, je suis juste à la pige, alors quand les spectacles sont annulés, je me fais baiser vraiment. En juillet-août, j’étais dans l’inquiétude, je demandais à mes amis : “Mais comment vous faites pour arriver ? Moi, ça ne marche plus.’’ » 

C’est pour ça que j’ai décidé de retourner à l’école. J’ai 44 ans, deux enfants, une nouvelle maison achetée en février 2020. Je devais me trouver autre chose, je ne pouvais plus juste attendre que ça reprenne.

José Major

« En ce moment, je fais une formation concentrée de six mois en inspection de bâtiment. Je me suis dit que ça me ferait un savoir qui est concret, que je peux utiliser maintenant. Ça me permet aussi d’être contractuel. Parce que je ne peux pas me dire que je vais arrêter la musique. C’est inconcevable, c’est toute ma vie. C’est pour ça que je voulais trouver quelque chose qui me permet de gérer les deux. J’ai vraiment essayé de voir ce qui était le mieux pour mes besoins personnels et familiaux.

« Et puis regarde le milieu de la musique au Québec : qui, à 60 ans, travaille encore ? Ils sont deux ! Est-ce que je serai un de ces gars-là quand je vais avoir 60 ans ?

« La pandémie a été une prise de conscience parce que j’aurais reporté cette question-là le plus longtemps possible. Et c’est un bon timing : ç’aurait été difficile de dire : “j’arrête tout pendant un an pour retourner aux études”. Ça aurait fait encore plus mal.

« Là, en septembre, mes cours vont être finis. Alors, si on m’appelle pour une tournée l’automne prochain, c’est sûr que j’y vais ! »

Les propos de notre interviewé ont été édités et condensés.