Laurence Nerbonne lance son troisième album, OMG, où elle porte tous les chapeaux : autrice, compositrice, interprète, « beatmakeuse » et réalisatrice. Elle revendique le statut de Girl Boss, car c’est propre aux codes du hip-hop, mais surtout parce que c’est nécessaire. Entrevue.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

L’été dernier, Laurence Nerbonne a lancé un extrait – qui figure sur son album sorti il y a quelques jours – intitulé Première ministre. Dans le clip, elle tient des rôles généralement exercés par des hommes : astronaute, chef d’État, pilote automobile…

Paradoxe, des stations de radio commerciales ont refusé de faire tourner sa chanson, sous prétexte qu’elle était « trop engagée ».

Lors de notre entretien téléphonique, Laurence Nerbonne – qui était invitée à Tout le monde en parle dimanche soir – venait toutefois d’apprendre que son dernier extrait, One Love, tournera sous peu sur les ondes de Rouge FM. « Une bonne nouvelle », lance-t-elle.

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C’est la preuve que les femmes – et plus particulièrement les rappeuses – prennent davantage leur place, mais qu’il reste énormément de chemin à faire. Tous genres confondus, les artistes féminines tournent beaucoup moins à la radio commerciale que leurs homologues masculins, dénonce Laurence Nerbonne.

On ne s’en rend pas compte, mais il faut que ça se sache. Quel message cela envoie aux jeunes femmes qui veulent faire de la musique ?. J’aimerais mieux ne pas avoir à en parler, mais il faut une prise de conscience collective.

Laurence Nerbonne, autrice-compositrice-interprète

Quand Laurence Nerbonne a lancé l’album XO, en 2016, elle était l’une des premières artistes francophones du Québec à jouer le jeu de la musique rap et urbaine mainstream. Cinq ans plus tard, elle sent encore une réticence au Québec, où la tradition est plus ancrée dans la chanson et le folk. Pourtant, aux États-Unis, il y a des Cardi B et des Nicki Minaj. « Nous sommes en retard », dit Laurence Nerbonne.

Girl Boss

Dans des chansons comme Work et Queens, Laurence Nerbonne revendique le statut de Girl Boss en exploitant avec brio les codes et la forfanterie propres au hip-hop. En se personnifiant en rappeuse confiante et frondeuse, Laurence Nerbonne fait encore davantage passer son message féministe. « Jouer avec autodérision une personne game de tout et sans complexe me permet presque de vivre un fantasme, expose-t-elle. J’adore quand quelqu’un me dit qu’il se sent invincible en écoutant mes chansons. »

Laurence Nerbonne s’avère une Girl Boss au propre comme au figuré. Pour ses deux premiers albums, elle a eu recours aux services du réalisateur Philippe Brault. Pour OMG, elle avait tous les outils pour être seule aux commandes (tout en se permettant des collaborations avec Tizzo, Mike Clay ou Miro). « C’est le fun d’avoir une idée en tête et de la réaliser. »

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À la production vocale, Laurence Nerbonne a travaillé avec Montana Martin Iles. Cette dernière est une proche collaboratrice de Patrick Watson, si bien que celui-ci assure le piano sur la pièce High.

Elle en a fait du chemin, Laurence Nerbonne, comme productrice et réalisatrice. Quand nous l’avons interviewée en 2016, elle prenait goût au beatmaking, à la superposition rythmique et à l’échantillonnage de sa voix. Depuis, Laurence Nerbonne a réalisé des chansons pour Marc Dupré. Elle a plusieurs autres projets de réalisation en cours.

Sur l’album OMG, il y a des sonorités trap, latines et R&B. Le tout demeure néanmoins « chill », dit Laurence Nerbonne. Avant la pandémie, elle voulait enregistrer de nouvelles chansons vigoureuses pour dynamiser son spectacle. Mais, vu nos vies confinées à la maison, elle a ralenti le tempo en mode R&B.

La pop, c’est de sentir l’époque dans laquelle on vit.

Laurence Nerbonne

Il y a plusieurs niveaux de lecture dans les textes de Laurence Nerbonne. Sur la pièce-titre OMG, elle lance : Check ton bro/Son nom y’est sorti une fois d’trop […] Too Creepy/T’es surpris/Thérapie.

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L’autrice-compositrice fait (subtilement) référence à la vague de dénonciations de nature sexuelle qui a remué l’industrie musicale l’été dernier. « Je n’étais pas surprise, mais ça m’a fait de la peine et profondément déçue. »

Malgré ses sous-textes, OMG demeure un album résolument pop, fait pour s’alléger du quotidien. L’attitude confiante et frondeuse de Laurence Nerbonne est contagieuse, surtout en ces temps (souvent déprimants) de pandémie.

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IMAGE FOURNIE PAR L’ARTISTE

OMG, de Laurence Nerbonne

Pop
Laurence Nerbonne
OMG
Coyote Records