La mort et le deuil, Nick Cave connaît.

Philippe Beauchemin Philippe Beauchemin
La Presse

Le chanteur, icône du rock contemporain, a dû composer avec la mort de l’un de ses fils en 2015 – Arthur, 15 ans, sous l’emprise du LSD, a fait une chute fatale de 20 mètres du haut d’une falaise. Cela a évidemment noirci la création des albums Skeleton Tree, sorti l’année suivante, et Ghosteen, chef-d’œuvre mélodieux et thérapeutique centré sur le deuil, paru en 2019.

À ces épreuves personnelles s’ajoutent depuis un an, à l’instar du reste de la planète, les effets de la pandémie. Cela a servi à Nick Cave de matière grammaticale pour ce Carnage, album surprise paru jeudi dernier. « We won’t get to Amsterdam, or that lake in Africa, darling / And we won’t get to anywhere / Anytime this year, darling », clame l’auteur-compositeur sur Albuquerque, texte – convenu – qui décrit les rêves brisés du voyageur, alors que, musicalement, l’ambiance synthétique vaporeuse se veut une extension heureuse des accords soignés de son opus précédent.

Le confinement obligatoire des derniers mois a également fait remonter à la mémoire du rockeur australien son passé trouble, celui de sa consommation d’héroïne, époque où il cherchait volontairement l’isolement social et la distanciation physique. « We took a wrong turn somewhere / Into the old time / Into the old time, for sure », évoque-t-il sur la pièce Old Time.

Deuil et souvenirs malheureux – mais pas seulement, alors que poignent ici et là une vive lumière et un souffle bienveillant – sont les thèmes principaux abordés dans ces huit morceaux signés Nick Cave et Warren Ellis. Le multi-instrumentiste, membre en règle des Bad Seeds, avec qui Cave collabore depuis près de 30 ans, s’amuse – une fois de plus – à tester de nouvelles sonorités, tout en gardant ce Carnage bien en phase avec les précédents projets du duo. Aux violon, piano, trompette, synthé et chœur gospel entendus – puissante et politisée White Elephant, élément central de l’album –, Ellis ajoute de l’échantillonnage vocal et des pulsations électro-transe (sur Hand of God) et ramène même – ô joie ! – le cri strident de la guitare électrique à une ou deux occasions.

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Certes, la réalisation s’avère moins peaufinée que sur les deux disques antérieurs et aurait bénéficié de plus de temps passé en studio. Finalement, on retiendra plutôt qu’en cette période trouble, Cave et Ellis ont préféré l’avancement de leur art à la réclusion et l’isolement, démontrant qu’ils sont les maîtres du rock spirituel, et ce, peu importe le contexte.

IMAGE FOURNIE PAR GOLIATH ENTREPRISES

Carnage, de Nick Cave et Warren Ellis

★★★★

Carnage
Nick Cave et Warren Ellis
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