Les astres s’alignent bien pour Michel Rivard. Alors qu’une adaptation de son très beau spectacle L’origine de mes espèces sera présentée à Télé-Québec le 5 mars, l’auteur-compositeur-interprète remontera sur scène dès lundi à Gatineau. Discussion joyeuse avec un chanteur plein d’espoir.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Il y a près de deux ans, en avril 2019, Michel Rivard présentait pour la première fois L’origine de mes espèces, œuvre théâtrale et musicale dans laquelle il fouille avec délicatesse et intelligence un secret de famille touchant sa propre naissance. Une pièce qui a résonné fort chez le public et qui lui a valu le Félix du spectacle de l’année dans la catégorie Auteur-compositeur-interprète
à l’ADISQ.

Quand la pandémie a tout arrêté il y a un an, Michel Rivard était donc sur une lancée. Eh oui, il a eu l’impression de se faire couper les ailes en plein vol.

« Loin de moi l’idée de me plaindre comme si c’était arrivé juste à moi. C’est arrivé à la Terre entière ! Mais c’est vrai que je vivais quelque chose d’important pour moi, et qui marchait. J’avais déjà une belle tournée de faite, une soixantaine de dates, et on repartait partout en supplémentaire. »

S’il s’est « concentré sur autre chose » depuis un an, il s’est aussi demandé si un jour il pourrait repartir sur la route avec son spectacle. « J’ai eu un gros down par rapport à ça… Et puis l’espoir est revenu ! »

Il y a d’abord eu le projet de captation de L’origine de mes espèces sur lequel il a travaillé. « Et puis là, regarde, je m’en vais à Gatineau la semaine prochaine ! lance-t-il joyeusement. Je vais faire trois soirs à guichet fermé. C’est sûr que l’Odyssée, c’est une salle de 800 places et que là, ce sera 200 personnes par soir. Mais tu m’aurais dit qu’il y en aurait 20 que j'y serais allé pareil ! »

Bref, Michel Rivard s’est rendu compte qu’il était « encore loin de la retraite » côté tournée et que le spectacle vivant faisait partie de son ADN.

Aussitôt que j’ai une chance d’aller chanter ou de jouer de la guitare, je la prends.

Michel Rivard

Il a d’ailleurs saisi chaque occasion depuis un an. Même si c’était « avec pas de public », comme lors du spectacle de la fête nationale ou à En direct de l’univers, question de revoir les collègues et de garder la flamme vivante.

C’est pourquoi il n’est pas passé à côté du projet de captation de L’origine de mes espèces, même si au début, il n’était pas convaincu.

« C’est la compagnie Déferlantes qui l’a choisi parmi les spectacles qu’elle voulait mettre de l’avant. J’ai été très touché. Mais au début, j’ai dit : "on ne peut pas’’, parce que ça ne rentre pas dans un format de 1 h 30 avec des pauses. Et je ne voulais pas en donner l’intégralité, alors que tout ce que je souhaite, c’est repartir avec sur scène. Ce n’est pas comme [la pièce] La face cachée de la lune, eux autres, leur run est faite, ils l’ont jouée 800 fois ! »

À la façon d'un documentaire

Finalement, l’émission prendra plutôt la forme d’un documentaire, dans lequel on verra de longs extraits du spectacle entrecoupés d’une entrevue intimiste avec Michel Rivard.

« Mais ce n’est pas un making of. C’est moi qui raconte des pièces manquantes du puzzle », explique Michel Rivard, qui croit que ceux qui ont vu le spectacle y trouveront leur compte, et que les autres pourront avoir éventuellement le goût du portrait complet.

Il manque quand même 50 minutes du spectacle. Mais c’est un objet télévisuel qui se tient. Je suis très content du produit final et je pense que ce sera un beau moment de télé.

Michel Rivard

Pour la captation, qui a été faite au théâtre Outremont, Michel Rivard a joué son spectacle intégralement quatre fois en trois jours. « On a tout ressorti et remis le show sur pied. C’était à la fois exaltant et tellement triste à la fin, parce qu’on remballait tout sans savoir quand on allait rejouer. Alors j’avoue que ç’a été une grosse danse de la joie la semaine dernière quand les spectacles ont été annoncés ! »

D’autres pourraient s’ajouter en zone orange au cours des prochaines semaines, croit Michel Rivard, qui demande à ceux qui sont en zone rouge d’être patients. « Attendez, ça s’en vient, et on va être au rendez-vous ! »

Le chanteur a aussi reçu des demandes pour son spectacle solo Chansons dans le creux de l’oreille, et il commencera bientôt à tourner dans une série dramatique. Il continue par ailleurs à prendre toutes les précautions nécessaires face à la COVID-19 – il souffre d’une maladie chronique et nous dit que son système immunitaire « n’est pas top top ». « Mais je n’ai pas voulu tomber dans l’inquiétude extrême », ajoute le chanteur, qui respecte toutes les consignes, tout en déplorant que la restauration et le spectacle vivant se retrouvent « remisés à l’arrière de la liste » des priorités.

Quant au retour de L’origine de mes espèces sur scène, il espère que le public sera encore là deux ans plus tard. On le rassure en lui disant que ce spectacle reste très intemporel.

« Peut-être, mais pas moi ! » Il éclate de rire. « J’en ris, mais dans mes moments de déprime, je me dis que j’ai commencé ce show à 67 ans ; là, j’en ai 69. Mettons qu’il y a une troisième vague épouvantable et qu’on est obligés de tout arrêter et de remettre ça à 2023… Je ne peux pas m’empêcher de penser à l’âge que j’aurai quand je vais le rejouer. »

Sinon, le reste du temps, il va plutôt bien, dit-il. « J’ai même commencé à entrevoir ce qui pourrait se passer après. J’ai commencé à aligner des idées, à penser à la suite. Je ne veux pas me dire : je fais ce show et après je vais être fatigué. Non non non. »

L’origine de mes espèces sera présenté à Télé-Québec le 5 mars, à 22 h.