(Paris) « Avant la fin de l’année si possible » : Charlotte Gainsbourg veut, plus que jamais, ouvrir au public l’hôtel particulier de son père Serge, mort il y a 30 ans, pour en faire « un lieu vraiment ancré dans le patrimoine parisien », confie-t-elle à l’AFP.  

Philippe GRELARD
Agence France-Presse

Q : Où en est le projet d’ouvrir au public le 5 bis rue Verneuil, où résidait votre père ?

R : « C’est en cours. Dans les dix premières années, quand j’étais la plus sûre du projet, c’était très compliqué à faire aboutir. Et après, j’ai fait marche arrière parce que c’était un peu ce qui me restait de lui, donc je le gardais comme un trésor. Mais quand je suis partie à New York il y a six ans – maintenant je suis de retour à Paris – j’ai pris de la distance et j’ai compris qu’il fallait que ça se fasse. Pour les gens, mais aussi pour ma santé mentale, il faut que j’arrive à m’en détacher. Il faut que ce soit un lieu vraiment ancré dans le patrimoine parisien, que ce soit accessible ».

Q : Comment le décririez-vous ?

R : « C’est son hôtel particulier, on ne va pas découvrir des choses sur son œuvre mais le cadre de son travail. C’est lui, sa personnalité, c’est assez surprenant. On a l’image d’artistes qui sont dans des espaces immenses, luxueux, là c’est relativement modeste. Au départ, ce sont d’anciennes écuries, ce n’est pas haut de plafond, ce n’est pas l’appartement haussmannien par excellence. Il y a une cuisine minuscule. Au départ, c’était la maison de famille, avec ma mère, ma sœur, lui et moi. A l’époque de ma mère (Jane Birkin), il y avait peu de choses, puis après il y a eu de plus en plus de bordel très arrangé (rires). Il a transformé ça de son vivant en musée bourré d’objets, on avait du mal à marcher sans avoir peur de casser quelque chose ».

Q : Un objet en particulier vous vient-il à l’esprit ?

R : « Ce qui est émouvant, c’est un buste de ma mère. C’est un moulage de son corps, c’est très très beau. Au début c’était en plâtre, puis il l’a refait en bronze ».

Q : Une date pour l’ouverture ?

R : « On espérait au mois de mars, mais c’est impossible (avec la crise sanitaire, NDLR). On espère à la rentrée scolaire, avant la fin de l’année si possible ».

Q : Louise Verneuil est une chanteuse au nom de scène inspiré de cette rue : les jeunes artistes continuent à être influencés par tout ce qui touche à l’artiste ou l’homme…

R : « Je trouve ça incroyable, c’est aujourd’hui que je m’en rends compte vraiment. Avant j’étais dans mon manque, dans ma peine. Là, je réalise l’impact qu’il a sur des générations et des générations et le fait que ça ne s’arrête pas ».

Q : Les jeunes artistes disent aimer son œuvre et son attitude…

R : « Il y a tellement de facettes de lui. Il exprimait sa part d’ombre, il n’y avait pas un côté secret. C’est une personne d’une très grande délicatesse qui contredit le personnage de Gainsbarre de la fin. Aujourd’hui, on vit dans un monde tellement censuré, je me demande comment il aurait vécu ça. Aurait-il été banni des télés ? C’était une personnalité tellement riche, qui faisait cohabiter sa grande sensibilité et son grand sens de la provocation. On ne voit plus du tout ça aujourd’hui ».

Q : L’anniversaire des 30 ans de sa disparition donne lieu à de multiples hommages…

R : « Je trouve ça incroyablement émouvant. Je me suis gardée pendant longtemps de faire des interviews à propos de lui, de célébrer ça, je me disais que c’était une souffrance, un anniversaire douloureux. Mais c’est très beau toutes ces déclarations. Je me suis dit "moi aussi je peux peut-être en parler". Il m’a fallu 30 ans (il a disparu quand elle avait 19 ans). Mais les gens ne m’ont pas attendue pour le célébrer depuis 30 ans, c’est bien. Mon père n’était pas enfermé dans une époque. Parce qu’il a touché à tous les styles, avec classe dans l’écriture. Mon père avait une maîtrise de la langue classique et de la modernité dans l’écriture, avec de l’humour, c’est tout ce dont on rêve, ce raffinement, cette gymnastique tellement agile. Ça met la barre très très haut ».

Q : Travaillez-vous sur votre futur album ?

R : « Je suis en plein dedans, je suis contente, ça commence à prendre forme, enfin, j’ai commencé pendant le premier confinement en mars quand j’étais coincée à New York. Ça doit sortir en 2022, il le faut ! »