Deux amis dont les voix s’accordent depuis toujours, le désir de propager du beau pendant la pandémie : c’est l’essence du projet Deux gars, plein d’voix (2GPDV), qui diffuse depuis l’automne dernier de jolies capsules de chant polyphonique a cappella à la qualité franchement épatante.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Renaud Paradis est comédien (on l’a vu entre autres dans L’auberge du chien noir) et Olivier Arsenault est prof de maths au secondaire. Ils se sont connus il y a plus de 30 ans, au début de l’adolescence, alors qu’ils étaient inscrits dans le programme de musique de l’école Pierre-Laporte. C’est là qu’ils ont développé une passion commune pour le chant choral, et une amitié indéfectible.

« On a toujours voulu rechanter ensemble, mais la vie étant ce qu’elle est… », nous raconte Renaud Paradis au téléphone, en parlant du plaisir qu’il a à chanter avec celui qu’il considère comme son « deuxième frère ».

« On fait comme avant, quand on était au secondaire et qu’on faisait de l’overdub sur des vieux tapes cassette… mais de meilleure qualité ! Ce projet n’aurait pas pu voir le jour il y a 5 ou 10 ans. C’est comme si inconsciemment, on avait attendu que ça se puisse techniquement. »

Avec des ordinateurs, de bons micros branchés sur une carte de son, un logiciel performant, des téléphones et un peu d’éclairage, il est en effet plus facile que jamais pour les deux amis de créer leurs capsules de manière semi-professionnelle. Ils travaillent chacun dans leur bulle, bien sûr, et c’est Olivier qui fait le montage sonore et audio, qui « bidouille tout ça pour que ce soit à la fois techniquement très clean, mais aussi humain et pas robotique, pas trop carré ».

Tellement que Renaud estime que même s’ils sont séparés, ils chantent quand même « ensemble ».

Pour moi, chanter ensemble, c’est le mariage de nos voix, et faire résonner cette musique qu’on affectionne. Ça n’a pas la chaleur humaine de chanter un à côté de l’autre, mais ça nous procure un grand plaisir de se frotter à ces pièces, et le résultat nous ravit.

Renaud Paradis

Renaud et Olivier se promènent entre les styles, des Charbonniers de l’enfer à Billy Joel en passant par la Bande Magnétik et Louise Forestier, avec une affection certaine pour le classique. La plupart du temps, ils utilisent des arrangements déjà faits, particulièrement ceux des King’s Singers, groupe a cappella britannique qui représente pour eux « la référence en matière de perfection vocale et d’harmonie ».

La grande différence : au lieu d’être plusieurs pour faire les voix dans toutes les tonalités, ils sont seulement deux. Et c’est beaucoup grâce à Olivier que c’est possible, précise Renaud Paradis. « Olivier, non seulement il a une belle voix feutrée et chaleureuse, mais en plus, il a un range qui ne se peut pas. Il peut faire les voix les plus aiguës et sans ça, le projet n’existerait pas. »

Leur plus récente capsule mise en ligne à la Saint-Valentin, Sérénade d’hiver, de Camille Saint-Saëns, qui dure six minutes, est un véritable tour de force. Ils y font chacun quatre voix.

« On choisit les pièces au coup de cœur. La prochaine, on travaille déjà dessus, ça va être les variations de À vous dirais-je maman dans la version des Swingle Singers, qui demande vraiment une grande virtuosité. Je ne sais pas dans quoi on s’est embarqués ! Déjà, le Saint-Saëns, c’était assez heavy, là, je pense qu’on s’enligne pour quelque chose d’encore pire, alors qu’on avait décidé de prendre ça mollo pour le prochain… »

Les deux complices sont rendus à 11 capsules, mais ne se sont pas donné d’objectif ni d’échéancier. Surtout qu’Olivier a une petite fille et que son travail d’enseignant, en cette année pandémique, est très prenant.

« J’ai beaucoup d’admiration pour les profs en ce moment », dit Renaud, qui admet être moins occupé que son compère. « En tant que comédien, j’ai eu un spectacle annulé, un autre, Adieu monsieur Haffmann, dont on a joué trois représentations avant le deuxième confinement et qui a été reporté… On ne l’a pas facile. Oui, j’ai encore des choses, j’ai la chance de faire du doublage, mais je me retrouve avec plus de temps. »

Renaud Paradis travaillait aussi sur un spectacle hommage à Barbara et à Brel avec son amie Julie Daoust, qui a vu le jour « pour vrai, avec l’habillage rêvé », en Abitibi en novembre, alors que la région était en zone jaune. « On l’a joué deux fois, mais c’est un début de vie dans un contexte tellement bizarre… »

En attendant le retour du théâtre et de retrouver le chemin des tournages – il en a peu fait depuis la fin de L’auberge du chien noir –, les projets musicaux servent à le « garder vivant créativement ». Mais 2GPDV est surtout une manière de diffuser du beau et c’est d’ailleurs l’essentiel de leur message.

« Il y a tellement de gris et de pas l’fun dans le monde, si on peut contrecarrer ça… Le but premier est de partager le plaisir et la beauté. Avec un sourire ou une émotion de fragilité, le désir d’aller vers les oreilles des gens. De leur mettre de la beauté dans les oreilles. »

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