Avec sa coupe Longueuil et son personnage de crooner kitsch directement sorti des années 80, Gab Paquet se fait de plus en plus d’adeptes. Nous avons discuté avec le chanteur de Québec de son nouvel album, La force d’Éros, mais aussi de démesure et d’amour universel.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

L’origine

Le personnage de Gab Paquet est officiellement né en 2013 avec l’album Sélection continentale. Il a été suivi du mini-album Casio, pad et moustaches en 2015, puis de l’album Santa Barbara l’année suivante, qui lui a permis de faire la première partie de Michel Louvain au Festival d’été de Québec en 2017. « Et là, on revient, presque cinq ans plus tard, avec La force d’Éros. Ça fait quand même presque 10 ans que cette esthétique kitsch me suit. » Mais avant de « devenir » Gab Paquet, le musicien de 37 ans, qui a commencé à faire de la musique au début des années 2000, avoue qu’il s’est beaucoup cherché. « Je tripais sur la littérature, les poètes surréalistes… Musicalement, j’étais inspiré par le punk et le ska de l’époque, mélangé avec de la chanson. J’allais large dans mes influences, mais à travers ça, j’avais quelques chansons à l’eau de rose, et je me suis rendu compte que c’est ça qui faisait revenir le public. Et moi, je me sentais mieux là-dedans. J’ai vite compris que j’allais me diriger vers cette avenue, avec laquelle on me connaît aujourd’hui. »

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Le style

Ce qui aurait pu être une blague qui dure le temps d’un ou deux albums est donc devenu la véritable identité artistique de Gab Paquet, qui ne se sent pas du tout pris dans un carcan. « Je peux exprimer plein de choses que je ne pourrais pas exprimer autrement. Ça me permet même d’aborder des sujets parfois lourds, mais avec une touche d’ironie et d’humour. » Mais pourquoi les années 80 ? Il avoue ressentir une forme de nostalgie envers la musique qui a marqué son enfance. « La synth pop, le new wave, c’était très présent à la radio et j’ai été élevé avec ça. C’était l’époque de la démesure et ça me parle beaucoup. J’essaie de le vivre à 100 %. » Gab Paquet aime jouer avec les clichés, le deuxième et parfois même le troisième degré, et comme le public est au rendez-vous, il ne voit pas pourquoi il arrêterait. « Si le public avait fondu, je ne dis pas… Mais là, ça grossit tout le temps. Et il y a de plus en plus de monde qui m’haïssent aussi ! Je sens que ça ne laisse personne indifférent et ça me plaît bien. En plus, on dirait que je n’épuise pas le sujet. J’y trouve mon compte, j’ai des idées, des chansons en chantier à n’en plus finir. C’est très stimulant, je dirais. »

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Les thèmes

Démesure dans le look, démesure dans l’utilisation de synthés et les slows sirupeux, démesure sexuelle aussi : l’album ne s’intitule pas La force d’Éros pour rien, et Gab Paquet y parle de sexe et d’érotisme sous toutes leurs coutures. « Séduire pour survivre », chante-t-il d’ailleurs dans le refrain de la bien-nommée Sexy. « Ce que je fais, ce n’est rien à côté de ce qu’ils faisaient à l’époque ! Et le sexe en soi… Quand on écrit des chansons, on essaie de trouver des thématiques universelles. Comme 95 % des gens aiment le sexe, alors je me dis que c’est assez universel. Mais je ne vais pas dans la vulgarité, j’essaie de rester poli à travers ça. » Quoiqu’il affirme que son album a été « tagué » explicite. « Ça doit être parce que j’ai fait rimer phallus avec fallusse. Je pense que c’est ça. » Mais Gab Paquet a aussi un « vrai message à passer à l’humanité ». « Je crois vraiment que l’amour peut sauver la planète. Si les gens pensaient plus aux autres, se souciaient plus de l’humanité pour vrai, il n’y aurait pas ces excès, cette autre démesure, qui est dégueulasse et qui mène à la crise écologique et humaine. »

La suite

Même si l’univers de Gab Paquet prend tout son sens sur scène, il a décidé de sortir son album malgré tout cet hiver. « Déjà qu’il était prévu en octobre. Je ne me voyais pas attendre une autre année », dit le musicien, qui s’ennuie particulièrement… du crowdsurfing. En attendant les spectacles, il travaille au refuge pour itinérants Lauberivière, à Québec. « Au début de la pandémie, je faisais mes affaires et je me sentais mal de ne pas aider. Alors je suis allé donner mon nom. » Par contre, il n’a jamais pensé abandonner la musique, malgré cette année difficile pour le milieu des arts et des grandes déceptions : il devait se produire sur les plaines d’Abraham lors du spectacle d’ouverture du Festival d’été de Québec en 2020 avec Bleu Jeans Bleu et Les Trois Accords. « On s’est fait couper l’herbe sous le pied… Moi, quand j’étais jeune, la musique a transformé ma vie. Il faut continuer à en faire pour les bonnes raisons », dit-il en espérant que 2021 ira mieux et « que les gens vont guérir et qu’il y aura moins de cas positifs ». « Si on voit tout ça en noir, s’il n’y a pas d’arc-en-ciel au bout du tunnel comme le chante si bien Ginette Reno, ça ne vaut pas la peine de continuer. » On pourra compter sur lui, en tout cas, pour nous égayer. « J’en ai besoin, alors j’imagine que les autres aussi », dit-il avant de lancer au moment de raccrocher : « Que la force d’Éros soit avec toi ! »

IMAGE FOURNIE PAR DUPRINCE

La force d’Éros, de Gab Paquet

Rock indie. La force d’Éros. Gab Paquet. Duprince.