Traversé de bout en bout par l’influence afro-américaine que Dominique Fils-Aimé a souhaité insuffler à sa trilogie d’albums, le dernier opus de cette série, Three Little Words, est un retour dans le passé conjugué à une étincelante prise de position sur le présent et un message d’espoir pour l’avenir.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Three Little Words est une excursion musicale. Un voyage riche et exquis. C’est la soul qui domine, mais les sonorités qu’on nous propose touchent un vaste spectre. Elles coexistent dans un tout cohérent, tissé par le fil solide qu’est la voix de l’auteure-compositrice-interprète montréalaise.

Parfois, c’est dans un même morceau que l’exploration des multiples influences résonne. La pièce d’ouverture Grow Mama Grow débute sur les claquements de mains, la basse, les harmonies et les instruments à vent d’une soul à la Aretha Franklin, puis devient orientale, jusqu’à offrir une conclusion gospel.

0:00
 
0:00
 

Love Take Over est plutôt une superbe épopée dans les sonorités africaines, imbibée de cette soul omniprésente sur laquelle la trompette d’Hichem Khalfa feule allègrement. Le mot empowering, auquel on ne trouve pas encore d’équivalent exact en français, nous vient invariablement en tête lorsqu’on l’écoute. Avec la chanson-titre Three Little Words, on est carrément enveloppé par les percussions et les alliages de voix puisés à même les racines africaines de Dominique Fils-Aimé.

You Left Me est tout droit sortie de la moitié du siècle dernier, ses subtiles cordes lui donnant une pointe de modernité. While We Wait, qui débute elle aussi sur un doo-woop inspiré des années 1950, se métamorphose joliment en une envolée gospel. L’auteure-compositrice-interprète nous invite à être les acteurs du changement dans le monde, nous insuffle courage et espoir. Do you think we might change the world, one move at a time ? chante-t-elle.

Being the Same, rythmée par des harmonies qui se superposent et l’écho des percussions, est l’une des plus belles pièces de l’album (tant sur le plan de la musicalité que sur le plan des paroles), bien qu’il soit difficile de choisir. Lorsqu’elle ne s’accompagne que du piano, sur Fall and All, la voix de l’artiste, qui ne s’impose pas plus qu’elle ne le devrait, est plus touchante que jamais.

Le jazz que Dominique Fils-Aimé a fait roi sur Stay Tuned !, son précédent album, et qu’elle maîtrise si bien, fait aussi son apparition. Mind Made Up confirme que la Montréalaise est peut-être à son mieux lorsqu’elle se laisse porter par ses inspirations jazzy. Le tout s’inscrit bien dans le reste de l’offre, sans y ressembler vraiment.

IMAGE FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Three Little Words

Bref, la chanteuse est habile dans le jeu risqué de la multiplication des sonorités. Saluons ici le travail de réalisation, d’arrangement et d’ingénierie sonore de Jacques Roy, impliqué dans les trois albums de la Montréalaise et qui permet à l’œuvre de Dominique Fils-Aimé de s’élever encore plus.

Three Little Words est lumineux, enveloppant et langoureux. Il raconte l’espoir, la passion, la chute et la résilience, l’émancipation, la force. Il conclut ainsi la trilogie que Dominique Fils-Aimé a lancée en 2018. Une ambitieuse et belle façon de se présenter au monde.

★★★★

Néo Soul. Three Little Words. Dominique Fils-Aimé. Ensoul Records.