(Paris) L’Opéra de Paris va revoir ses conditions de recrutement pour encourager l’entrée de davantage d’artistes non blancs et nommera un « référent diversité » comme l’a fait récemment le Metropolitan Opera de New York.

Rana MOUSSAOUI
Agence France-Presse

Ces annonces inédites ont été faites lundi par l’institution tricentenaire à l’occasion de la présentation d’un rapport sur la diversité élaboré par l’historien Pap Ndiaye et la secrétaire générale du Défenseur des droits Constance Rivière.

« Nous sommes assez fiers d’être la première grande organisation culturelle dans ce pays à avoir lancé un tel (processus) ; d’autres suivront l’exemple sûrement », a déclaré à l’AFP Alexander Neef, le directeur général de l’Opéra.

Dès son arrivée en septembre, le responsable avait pris la question de la diversité à bras-le-corps, parallèlement à un « manifeste sur la question raciale » rédigé par des artistes et employés de la maison.

Face à ceux qui l’ont accusé de s’inspirer des États-Unis, il a affirmé à l’AFP « qu’il ne s’agissait en aucun cas d’importer des concepts de diversité d’un contexte qui n’est pas le nôtre ».

Le rapport a émis une série de recommandations, notamment de celle de réviser les conditions d’entrée à la prestigieuse École de danse, vivier du Ballet de l’Opéra, afin de faire « du repérage de talents » dans toute la France, ou encore l’inclusion de personnes de l’extérieur dans le jury de recrutement des musiciens.

Commandé il y a cinq mois par l’Opéra, le rapport recommande à l’École de danse de « se projeter vers l’extérieur », alors que son recrutement repose aujourd’hui « uniquement sur les candidates et candidats qui viennent à elle spontanément ». Le texte avance le principe d’auditions décentralisées, y compris dans les départements d’Outremer.

« L’objectif n’est pas que l’École recrute des élèves moins bons pour satisfaire à des objectifs de diversité, mais d’aller chercher les élèves très bons partout où ils sont », souligne le texte.

Pap Ndiaye a rappelé l’importance d’un « modèle » pour des enfants issus de la diversité qui seraient intéressés par la danse, la musique ou le chant. Il évoque le cas de Misty Copeland, première Afro-Américaine à être nommée « principal dancer » à l’American Ballet Theater en 2015 et qui selon lui a inspiré des enfants afro-américains.

« Contextualisation » des œuvres

Il recommande également une réflexion sur les « critères anatomiques de sélection » des futurs élèves de l’École de danse et de dépasser « l’idée ancienne et tenace » que les morphologies et anatomies noires « ne seraient pas adaptées à la danse classique », car « réputées pour avoir plus généralement des pieds plats » et « une musculature plus visible », alors que le ballet exigerait des pieds cambrés et une musculature allongée.

PHOTO JOËL SAGET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Alexander Neef s’est engagé, « dès la saison 2021-2022, à une plus grande présence des artistes issus de la diversité », en « élargissant nos processus de recrutement et de sélection des artistes ainsi que nos politiques d’invitations et de commandes ».

Le texte préconise également d’abandonner « l’idée que l’homogénéité serait un absolu ». M. Ndiaye cite des danseurs à qui l’on a demandé, à l’École de danse, « puisque tu n’es pas blanc, comment vas-tu pouvoir danser Le Lac des Cygnes ? ».

Alexander Neef s’est engagé, « dès la saison 2021-2022, à une plus grande présence des artistes issus de la diversité », en « élargissant nos processus de recrutement et de sélection des artistes ainsi que nos politiques d’invitations et de commandes ».

Le directeur a annoncé que l’Opéra désignerait « un chargé de mission “diversité et inclusion” » qui sera « un interlocuteur référent pour les salariés ».

Un « comité consultatif scientifique composé des artistes de la maison et de personnalités extérieures » sera également créé dans les prochains mois pour être « sollicité sur des problématiques de diversité », de même qu’un dispositif de signalement de cas de racisme ou de discrimination.

M. Neef a précisé que les stéréotypes seraient « identifiés » dans le répertoire lyrique et de ballet, et qu’un travail de « contextualisation » sera mené auprès du public. « Cela ne signifie pas que nous souhaitons réécrire les livrets », a-t-il précisé.

En décembre, il s’est attiré les foudres de l’extrême droite qui, par la voix notamment de Marine Le Pen, avait dénoncé un « antiracisme devenu fou » après des propos dans Le Monde où il semblait suggérer que des joyaux du ballet allaient sans doute disparaître. L’Opéra avait invoqué une « juxtaposition malencontreuse » de paragraphes et M. Neef a réitéré lundi qu’il ne s’agissait en aucun cas de « censurer » des œuvres.

Le directeur de l’Opéra a rappelé les actions déjà engagées par l’Opéra : arrêt de la pratique du « blackface », choix de ne plus blanchir la peau dans certains ballets, et adaptation de la coiffure, du maquillage et des collants pour les artistes métisses et noirs.

« Je suis convaincu que (ce processus) nous rendra une organisation plus ancrée dans la société d’aujourd’hui », a-t-il dit à l’AFP.