The Weeknd se chargeait dimanche de la portion musicale de la 55e soirée du Super Bowl. Le numéro de la mi-temps du chanteur canadien a été l’un des plus réussis des dernières années. Cerise sur le gâteau au chapitre culturel de cette soirée sportive, la poétesse Amanda Gorman, révélée lors de l'investiture de Joe Biden, a de nouveau ému le monde entier avant le coup d’envoi.

Publié le 7 févr. 2021
Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

Le verdict

Abel Tesfaye, alias The Weeknd, avait promis une performance théâtrale. Et c’est une performance on ne peut plus théâtrale qu’il nous a servie. Mais aussi superbement mise en scène et bien exécutée. Il est rare qu’un artiste canadien soit en tête d’affiche du spectacle de cet évènement sportif si foncièrement américain. Cela faisait près de 20 ans que ce n’était pas arrivé, depuis la présence de Shania Twain en 2003. La chanteuse de Windsor avait lancé les festivités de mi-temps avec sa chanson la plus connue, Man, I Feel Like a Woman. The Weeknd a choisi son succès Starboy. Devant un des écrans géants situés au-dessus de la zone de but, installé dans une décapotable, il a lancé sa performance d’une dizaine de minutes en surplombant le stade Raymond James. Ces premiers instants n’ont été que le commencement d’un petit quart d’heure électrisant.

Toute une mise en scène

Une large chorale, postée sur des gradins lumineux hauts de plusieurs mètres (dessinant la silhouette d’une ville), a bien participé à l’effet grandiose que le musicien avait promis. Ces mêmes gradins se sont ouverts et refermés au fil de la performance pour donner plus de dimension au spectacle, qui n’a jamais été statique. Pensé comme une production cinématographique, le numéro a bénéficié d’une épatante mise en scène et d’un décor qui auront coûté 7 millions de dollars au chanteur torontois de 30 ans. Des millions qui ont permis d’en mettre plein la vue, sans toutefois être tape-à-l’œil. Notons ici que l'entreprise montréalaise PixMob signait une partie de la facture visuelle, qui s’est déployée dans la foule munie de bracelets illuminés au rythme de la musique. C’est aussi elle qui a fourni les yeux de lumière des membres de la chorale et les accessoires luminescents des danseurs sur le terrain.

The Weeknd et personne d’autre

The Weeknd, délaissant complètement l’idée de rester posté sur une scène fixe, a fait de tout le terrain de football… son terrain de jeu. De son imposante structure, The Weeknd a ensuite déplacé les festivités directement sur la pelouse, ce que l’on voit rarement pendant les numéros de la mi-temps. Devant 25 000 personnes (!) et 30 000 membres du public en carton, l’interprète a chanté un pot-pourri d’une demi-douzaine de ses chansons (beaucoup d’anciens titres – Can’t Feel My Face, I Feel it Coming, Earned It). On se demandait qui il inviterait pour ce spectacle, auquel beaucoup rêvent pour leur carrière. Malgré quelques rumeurs, aucun nom n’avait été officiellement annoncé. Et pour cause, le Torontois n’a partagé ses 14 minutes de gloire avec personne, fait très rare dans l’histoire récente des spectacles de la mi-temps.

Fidèle à lui-même

The Weeknd a dû changer un peu le ton de sa proposition artistique à l’occasion de ce numéro, mais a réussi à rester fidèle à son œuvre. Le prince du R & B, depuis la sortie de son album After Hours (2020), a adopté une esthétique sombre, avec des images parfois violentes. Il avait promis une performance assez conventionnelle cette fois, sachant qu’elle serait vue par plus de 100 millions de personnes – souvent plus de spectateurs que le match lui-même. Sous les feux d’artifice, entouré de son armée de danseurs aux visages bandés (pensez au Darkman de Sam Raimi), The Weeknd a bouclé le numéro avec la chanson que l’on entend partout depuis quelques mois, Blinding Lights. Et tout ça s’est passé sans l’intervention du play-back (que d’autres avant lui ont décidé d’utiliser, au grand dam des spectateurs), et la voix d’Abel Tesfaye n’a pas failli à la tâche.

Deux minutes d’Amanda Gorman

Avant le coup d’envoi, avant la performance de The Weeknd, avant la victoire de Buccaneers, c’est la poétesse Amanda Gorman qui a (encore une fois) captivé le monde en récitant un poème de son cru. L’artiste de 22 ans racontait au Daily Show qu’elle avait été contactée pour le Super Bowl à peu près en même temps que pour l’investiture présidentielle. Elle s’est d’abord concentrée à écrire le superbe poème qu’elle a présenté le 20 janvier dernier, un hymne de résilience. Pour le Super Bowl, un évènement d’une tout autre teneur, Amanda Gorman a rendu hommage aux héros de la COVID-19. Un hommage bref, mais touchant, où elle a raconté le courage d’une enseignante, d’une infirmière et d’un vétéran. « Même dans la tragédie, l’espoir est possible », a notamment récité la première lauréate du prix national du jeune poète, toute de bleu vêtue. Mention spéciale à la chanteuse H. E. R, qui a elle aussi été superbe lorsqu’elle a interprété America the Beautiful, guitare électrique à la main – qui lui a servi pour un solo bien senti.