La vedette torontoise du R&B The Weeknd est la tête d’affiche du spectacle de la mi-temps du Super Bowl LV, qui opposera dimanche les Buccaneers de Tampa Bay aux Chiefs de Kansas City. Coup d’œil sur ce rendez-vous musical aux rares accents canadiens.

Charles-Éric Blais-Poulin Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

Patriotisme sur pause

Après la chanteuse country Shania Twain en 2003 et le Cirque du Soleil en 2012 – en appui à Madonna –, c’est au tour de l’étoile du R&B The Weeknd d’offrir une rare représentation canadienne lors de la mythique mi-temps du Super Bowl. Depuis 2013, le chanteur torontois, Abel Makkonen Tesfaye de son vrai nom, fait danser le monde entier avec son flow feutré et ses vers d’oreille synth-pop. Son titre Blinding Lights trône d’ailleurs au sommet des chansons les plus écoutées sur Spotify en 2020. La présence de l’artiste à Tampa palliera peut-être en partie l’absence de son album After Hours dans les citations aux Grammy Awards, un camouflet qui a médusé les critiques. « Les Grammys restent corrompus. Vous me devez, ainsi qu’à mes fans et à l’industrie, de la transparence… », a écrit le principal intéressé sur Twitter, le 25 novembre dernier. Dimanche lui donnera une douzaine de minutes de douce revanche devant quelque 25 000 spectateurs et 30 000 silhouettes en carton.

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The Weeknd

Faire son cinéma

Année après année, les stars qui défilent sur la scène du Super Bowl reçoivent un cachet de plus de 100 millions de… téléspectateurs. Sur le chèque, zéro dollar. Non seulement The Weeknd ne sera pas rémunéré, mais il a en plus annoncé à Billboard Magazine avoir dilapidé 7 millions de son « propre argent » pour offrir une « expérience cinématographique » fidèle à sa vision. « Je ne sais pas ça ressemble à quoi, perdre de l’argent, puisque je n’en ai jamais eu », a expliqué Abel Tesfaye, qui a passé une partie de sa jeunesse sans le sou et sans logis. L’interprète de Starboy veut mettre la gomme, mais une mise en scène grandiloquente et des changements de costume pourraient-ils le détourner de sa mission première : chanter ? Ses prédécesseurs ont été légion à s’adonner au lip-sync, pratique fortement encouragée par les organisateurs. D’autres, comme Lady Gaga, ont résisté. Or, seuls 13 % des téléspectateurs y voient un enjeu, selon un sondage de YouGov publié en 2016.

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Le chanteuse Doja Cat

Des compatriotes sur scène ?

Pour l’instant, seul The Weeknd monopolise l’affiche du concert de la mi-temps, mais des invités se joindront sans doute à la fête du ballon ovale. L’année dernière, J Balvin et Bad Bunny, notamment, avaient prêté main-forte à Shakira et à Jennifer Lopez pour leur fiesta latina. Si la présence des Ontariens Drake et Justin Bieber au côté de leur compatriote est évoquée, la rappeuse californienne Doja Cat, qui a remixé In Your Eyes, figure en tête de lice. Miser sur sa présence génère le gain le moins lucratif sur le site de paris Sports Betting Dime. Le saxophoniste Kenny G et la jeune popstar Ariana Grande (Love MHarder), qui ont collaboré avec The Weeknd, font aussi l’objet de rumeurs. Des internautes entrevoient en outre des retrouvailles entre Abel Tesfaye et son ex-amie de cœur, la mannequin Bella Hadid, une semaine avant la Saint-Valentin. L’apparition de Michael Jackson en hologramme est aussi sur la table de parieurs téméraires. Controverse assurée.

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The Weeknd lors de la cérémonie des American Music Awards, au mois de novembre dernier

L’éclopé de Las Vegas, la suite

Depuis la sortie de After Hours, The Weeknd construit un personnage rongé par des nuits d’abus et de violence à Las Vegas. En août dernier, l’artiste s’est présenté au gala des MTV Video Music Awards le visage balafré, faisant résonner son succès de 2015 Can’t Feel My Face. Trois mois plus tard, sa tête presque entière était emmaillotée dans un bandage lorsqu’il a récupéré des trophées et chanté sur la scène des American Music Awards. Puis, le clip Save Your Tears, vu plus de 100 millions de fois sur YouTube depuis le 5 janvier, montre Abel Tesfaye défiguré par des chirurgies plastiques. Ces mascarades reflètent « la culture absurde de la célébrité hollywoodienne et des gens qui se manipulent eux-mêmes pour des raisons superficielles, pour plaire et pour être validés », a expliqué le chanteur à Variety. The Weeknd creusera-t-il son personnage sibyllin à la mi-temps du Super Bowl LV ? Profitera-t-il de sa tribune pour faire passer des messages sociaux ou politiques ? L’artiste est notamment un allié du mouvement Black Lives Matter, auquel il a remis 500 000 $.

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Des milliers de spectateurs réunis à Miami l’an dernier portaient des bracelets lumineux DEL de l’entreprise montréalaise PixMob.

Toronto… et Montréal ?

Si le Canada est rarement représenté sur la scène, le savoir-faire québécois, lui, a souvent été mis en lumière au mitan du Super Bowl. En 2012, les projections et les éclairages de Moment Factory, entreprise multimédia de Montréal, ont égayé la performance de Madonna. Deux ans plus tard, c’était au tour de PixMob de faire briller le MetLife Stadium lors du spectacle de Bruno Mars, au New Jersey. Quelque 80 000 spectateurs vêtus d’une tuque à lumière DEL ont transformé l’assistance en toile géante, contrôlée par des signaux infrarouges. L’an dernier, la boîte technologique de la métropole répétait l’expérience à Miami, lors du spectacle de Shakira et de Jennifer Lopez, cette fois grâce à la distribution de milliers de bracelets lumineux. C’est sans compter l’apport de Silent Partners Studio, firme elle aussi montréalaise qui a pris les commandes des projections vidéo pendant le spectacle de Justin Timberlake au 52e Super Bowl, en 2018.