Une salle de spectacle transformée en boutique de plantes ? Bienvenue à L’Orbite, dans le Vieux-Montréal. Avec la pandémie et l’interdiction des rassemblements, les plantes ont même sauvé le nouvel espace artistique de la rue Notre-Dame.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

« Un revirement horticole salvateur », résume Karine Bouchard.

L’Orbite a ouvert ses portes dans le Vieux-Montréal le 16 juillet dernier en pleine pandémie. Sa mission première était de présenter des spectacles et d’accueillir des artistes en résidence. En raison des mesures sanitaires, la gestionnaire Karine Bouchard a fait de son « espace artistique collectif » une boutique de plantes.

En d’autres mots, elle a fait ce que le gouvernement a demandé aux artistes : « se réinventer ». Mais elle ne partait pas de bien loin. Et elle savait à quel point les gens s’arrachaient les plantes depuis le début de la pandémie.

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Karine Bouchard travaille depuis 15 années pour le centre du jardin Scardera, situé à Boucherville.

En plus d’être violoncelliste et directrice de l’OBNL Productions Antichambre (qui gère L’Orbite), Karine Bouchard travaille depuis 15 années pour le centre du jardin Scardera, situé à Boucherville. « Disons que j’avais l’expérience pour conseiller les gens sur les plantes. »

D’abord un espace pour les artistes

L’Orbite occupe un immeuble de la rue Notre-Dame. Il remplace l’Anticafé Vieux-Port, qui était aussi géré par l’OBNL Productions Antichambre. Karine Bouchard et son équipe ont dû fermer le café, mais ils ont eu l’occasion de le transformer en espace créatif pour des artistes entrepreneurs.

Le proprio m’a offert de reprendre l’espace. Je n’ai pas pu dire non. Dès le début, j’ai décidé de vendre des plantes en à-côté. C’était une façon de rendre l’espace vivant et beau.

Karine Bouchard

L’été dernier, alors que c’était permis, des artistes se sont par ailleurs produits à L’Orbite entourés de végétaux, notamment lors du festival de lancement qui a réuni le Winston Band, Alex Paquette, Marjolaine Morasse, Ewan Macintyre et Oli Page.

Au début du mois d’octobre, la peintre Méliza Vitulano a tenu une exposition. Il y a aussi eu des séances de yoga, des ventes de livres usagés, des soirées « jam trad » et un marché de Noël.

Le 23 décembre dernier, Karine Bouchard a par ailleurs offert en direct sur le web une prestation improvisée qui avait pour titre « La violoncelliste dans les poinsettias ». « Je n’aime pas être au premier plan, donc j’ai adoré jouer entourée de plantes. C’était beau et zen. »

Écoutez un extrait :

Un revenu d’appoint devenu essentiel

Depuis que Montréal a basculé en zone rouge au début du mois d’octobre (et encore plus avec le reconfinement en cours), la vente de plantes est vitale pour L’Orbite. Un nouveau site web facilite aussi la vente en ligne. « Ça fonctionne super bien, souligne Karine Bouchard. On voyait cela comme un revenu d’appoint. C’était 40 % de nos revenus en septembre. Maintenant, c’est notre seul revenu. On se débrouille ! »

Avis aux intéressés : il est déjà temps de commander des bouquets de roses pour la Saint-Valentin. L’Orbite offre aussi une belle sélection de plantes à bon prix : maranta, pilea, spathiphillum, calathea, philodendron, pothos, ficus, alocasia, et même des orchidées.

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L’Orbite n’est pas qu’un magasin de plantes. La gestionnaire demeure prête à accueillir des artistes pour des répétitions, des résidences de création ou des tournages.

On peut commander en ligne ou se rendre à la boutique – près du Marché Bonsecours – ouverte cinq jours par semaine. Les voisins affluent. « Nous sommes en train de créer une communauté et on embellit le Vieux-Montréal. »

Karine Bouchard tient cependant à rappeler que L’Orbite n’est pas qu’un magasin de plantes. Elle demeure prête à accueillir des artistes pour des répétitions, des résidences de création ou des tournages.

Les derniers mois n’ont pas été de tout repos. Sur la page Facebook de L’Orbite, Karine Bouchard s’est décrite avec autodérision comme « la folle qui a pensé que c’était une bonne idée d’ouvrir une salle de spectacle en pleine crise ».

Qu’il soit barista, plombier ou passionné d’horticulture, « un artiste fait ce qu’il aime faire », fait-elle valoir.

Et s’il y a quelque chose qui peut nous faire sentir vivant, c’est bien les plantes !