Catherine Ringer avait entrepris il y a un an et demi une tournée en hommage au répertoire des Rita Mitsouko. Lancés un peu avant Noël, un album double et un DVD ont été tirés des deux spectacles présentés à la Philharmonie de Paris en septembre 2019. Nous avons parlé du pouvoir de la scène et du temps qui passe avec la chanteuse mythique de Marcia Baila lors d’un entretien téléphonique tonique.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Voir des images de spectacles alors que tout est arrêté depuis des mois… On peut dire qu’il tombe à point, ce DVD, non ?

Oui… En même temps, je trouve que c’est un beau concert, les musiciens jouent bien, les danseurs sont chouettes, les lumières sont belles… même s’il n’y avait pas eu la pandémie, ç’aurait été le bon temps pour le sortir !

Ce concert à la Philharmonie devait être le début d’une longue tournée ?

Oui, c’était la quatrième date environ. Qui a bien continué pendant l’hiver, et qui devait repartir en avril 2020 après une pause. Mais voilà, on n’est pas repartis, et on se demande même si on va repartir cette année.

Vous avez hâte de recommencer ?

Je fais des concerts depuis que j’ai 17 ans et j’en ai 63 maintenant, alors je peux supporter une longue période sans spectacle ! En plus, on fait pas mal de captations, qui après sont diffusées en différé, alors on ne s’est quand même pas complètement arrêtés.

La communion avec le public n’est pas là, par contre.

Ah, c’est complètement différent d’un concert ! Dans un spectacle, nous, on est un émetteur, et le public un récepteur, et c’est le mouvement entre les deux qui compte… et qui manque. Quand il n’y a pas de public, on fait plus comme un acteur de cinéma.

Comme chanteuse, n’êtes-vous pas aussi réceptrice ?

Complètement ! En général, je ne suis pas du tout fatiguée en sortant d’un concert. C’est vrai qu’on reçoit beaucoup… je ne sais pas de quoi, si on peut appeler ça de l’amour, de l’énergie, de la communication ? C’est vraiment une communication.

Comment est née l’idée de cette tournée ?

On avait sorti une intégrale des Rita Mitsouko en 2019, et on s’est dit qu’il fallait faire des concerts pour illustrer ça. Après, il a fallu choisir les chansons parmi la petite centaine qu’on a faites. Il y avait les indispensables, comme Marcia Baila, C’est comme ça, Andy ou Les histoires d’A, et d’autres moins connues qu’il était amusant de faire surgir. Depuis que Fred [Chichin, son partenaire dans la musique et dans la vie] est mort, il y a 14 ans bientôt, j’avais toujours continué à jouer des Mitsouko en spectacle, mais là, c’est un spécial, avec un orchestre plus gros que d’habitude pour être au plus proche des arrangements des disques. Et je trouve que c’est bien sorti, avec des musiciens merveilleux qui sont d’horizons assez différents.

Et de générations aussi ! L’un d’entre eux a raconté dans une entrevue qu’il écoutait Marcia Baila tous les matins avant de partir pour la maternelle quand il était enfant…

Hahaha !

Quel effet ça vous fait d’entendre ça ?

Que la vie a bien avancé et que j’en ai fait au moins les deux tiers… non, les trois quarts. Je me dis que c’était il y a longtemps, quoi !

Le groupe a duré jusqu’à la mort de Fred Chichin, en 2007, et est né il y a un peu plus de 40 ans, en 1979. Que vous rappelle cette époque ?

La jeunesse ! [rires] Avec tout ce qu’on peut avoir de force physique, d’enthousiasme, de naïveté. Je me dis aussi qu’on n’est pas si différents, quand même — un peu, mais pas tant. Mais l’époque est très différente, surtout technologiquement. C’est une autre ambiance ; je ne sais pas si c’est mieux ou moins bien, mais ça change.

Vous parliez de jeunesse tout à l’heure… Quand on regarde le DVD, on peut voir que vous être restée une bête de scène.

Merci beaucoup !

Comment faites-vous pour garder cette forme, pour bouger et chanter aussi longtemps ?

Je crois que c’est un don que j’ai. Je n’ai pas forcément une technique, je fais un peu de gym tous les matins, je mène une vie saine. C’est vrai que j’ai une voix qui tient bien le coup, mais j’ai évolué aussi dans ma façon de chanter, je trouve que j’ai fait des progrès. Mais c’était bien aussi avant !

Vous avez la chance de pouvoir utiliser encore ce don.

Et il y a l’échange avec le public qui fait que je me sens portée. Plein de gens me disent que quand je suis sur scène, je n’ai pas d’âge. Par contre, pendant l’après-midi, ou le lendemain, on voit bien quel âge j’ai ! Mais en spectacle, les énergies montent en nous, et les muscles se retendent, et les joues remontent [rires] ! 

Vous défiez la loi de la gravité !

C’est ça ! Il y a une tension, de l’énergie qui circule, comme quand vous avez fait une immense promenade à la montagne et qu’après, vous trouvez que vous avez bonne mine.

Votre fils Raoul vous accompagne sur cette tournée. Vous l’avez choisi parce que c’est votre fils ou parce qu’il est bon ?

Parce qu’il est bon, sinon, je ne l’aurais pas pris ! C’est un guitariste remarquable, qui a des côtés que Fred avait dans la rythmique, mais un style plus soliste aussi. Je suis heureuse de pouvoir jouer avec lui.

IMAGE FOURNIE PAR LA MAISON DE PRODUCTION

Catherine Ringer chante Les Rita Mitsouko, de Catherine Ringer

À la fin du spectacle, vous demandez au public d’applaudir Fred Chichin. Il est toujours avec vous en pensée ?

Oui. Comme c’est un hommage aux Rita, il fallait qu’il ait une place. On les a faites ensemble, ces chansons, on les a jouées ensemble, on a eu du succès ensemble, et parfois, on marchait moins bien. Je pense qu’il aurait été fier de ce qu’on a fait là.

Catherine Ringer chante Les Rita Mitsouko. Catherine Ringer. Universal.