L’excentrique producteur déchu Phil Spector qui a transformé la musique rock avec son « Wall of Sound » avant d’être emprisonné pour meurtre est décédé samedi à l’âge de 81 ans.

Christopher Weber et Linda Deutsch
The Associated Press

Les autorités pénitentiaires de la Californie ont indiqué dimanche que Spector était mort de causes naturelles dans un hôpital.

PHOTO FOURNIE PAR LES AUTORITÉS PÉNITENTIAIRES DE LA CALIFORNIE VIA REUTERS

Phil Spector a été condamné à une peine de 19 ans de prison.

Il avait reconnu coupable du meurtre de l’actrice Lana Clarkson en 2003 dans son manoir aux allures de château, près de Los Angeles. Après un procès en 2009, il a été condamné à une peine incompressible de 19 ans de prison.

Avant cette déchéance, Spector était salué comme un visionnaire pour avoir canalisé l’ambition wagnérienne dans la chanson de trois minutes, créant le « Wall of Sound » qui fusionnait des harmonies vocales animées avec de somptueux arrangements orchestraux pour produire des monuments pop tels que Da Doo Ron Ron, Be My Baby ou He’s a Rebel.

Très conscient de lui-même, il a cultivé une image de mystère et de puissance avec ses lunettes noires et son expression impassible.

PHOTO NICK UT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Phil Spector, en 2004

Tom Wolfe l’a décrit comme le « premier magnat de l’adolescence ». Bruce Springsteen et Brian Wilson ont ouvertement reproduit ses techniques d’enregistrement grandioses et son romantisme. John Lennon l’a qualifié « le plus grand producteur de disques de tous les temps ».

Le secret de son son : plusieurs couches d’instruments, de voix et d’effets sonores qui ont changé la façon dont les disques pop étaient enregistrés.

Ses « petites symphonies », comme il les appelait, ont fait de lui un millionnaire dans la vingtaine. You’ve Lost That Lovin’Feeling, la ballade lyrique des Righteous Brothers qui a dominé les palmarès en 1965, a été classée comme la chanson la plus jouée à la radio et à la télévision — en comptant les nombreuses reprises — au XXe siècle.

En 1969, Spector a été appelé à la rescousse de l’album Let It Be des Beatles. L’enregistrement révélait les dissensions profondes au sein du groupe. Si John Lennon a loué le travail du producteur, Paul McCartney était furieux, notamment parce que Spector avait ajouté des cordes et un chœur à sa chanson The Long and Winding Road. Plusieurs années plus tard, McCartney a supervisé une nouvelle version de Let it Be, supprimant les arrangements de Spector.

Parmi les autres chanteurs qui ont travaillé avec lui figurent Georges Harrison, Leonard Cohen, les Ronettes et les Ramones. Il a été élu au Panthéon du rock’n’roll en 1989.

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Phil Spector, en 1989

Le volume et la violence de la musique de Spector reflétaient un côté sombre qu’il pouvait à peine contenir, même à son apogée. Il était impérieux, capricieux et dangereux, se souviennent amèrement Darlene Love, Ronnie Spector et d’autres qui ont travaillé avec lui.

Lorsqu’il a finalement été inculpé de meurtre de Lana Clarkson, il s’en est pris aux autorités, déclarant avec colère aux journalistes : « les actions du procureur de type hitlérien et de ses hommes de main sont répréhensibles, injustes et méprisables ».

Le premier jury ayant fait l’impasse — deux des 12 jurés refusant de prononcer un verdict de culpabilité —, un second procès s’est ouvert en octobre 2008. Cette fois-là, Spector n’échappa pas au verdict.