Les temps sont durs pour les artistes en général, mais c’est pire encore pour les artistes de la scène, qui ont perdu l’accès à leur public. Le Gypsy Kumbia Orchestra tente de faire contre mauvaise fortune bon cœur avec la sortie d’un nouvel album, VelkomBak.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Le collectif montréalais, reconnu pour ses spectacles festifs et déjantés qui mêlent musique et danse avec quelques accents de cirque, avait prévu un été haut en couleur pour accompagner son nouvel album. La fanfare devait se mettre en branle à l’occasion d’une fête de lancement qui promettait d’en mettre plein la vue au Club Soda, le 4 avril. Le groupe a finalement été contraint de lancer son deuxième album de façon virtuelle, vendredi soir, pour le meilleur et pour le pire.

« Notre vocation ultime est de jouer sur scène et parmi le public pour faire vivre une expérience aux gens, reconnaît Carmen Ruiz, danseuse et codirectrice du groupe qui ne compte pas moins de 12 membres. Mais pour cet album, on avait l’idée de communiquer cette énergie et ce mouvement dans un produit qui va rester dans le temps, contrairement à la forme d’art éphémère qu’est le spectacle. Le public va nous dire si on a réussi. Mais moi, je sens cette force de bouger, de pleurer, je vis beaucoup d’émotions quand j’écoute l’album. »

C’est donc l’occasion de s’arrêter un peu pour découvrir le talent indéniable des musiciens qui composent le Gypsy Kumbia Orchestra (GKO), mais aussi pour constater à quel point ils ratissent large dans VelkomBak. « On a mis plus de temps à réfléchir à la composition de l’album, la variété des chansons est plus étendue, même si l’on conserve le fond de ce qui caractérise notre musique », explique Anit Ghosh, codirecteur musical, violoniste et guitariste du groupe.

On dépasse donc les rythmes afrocolombiens et des Balkans en revisitant plus largement les communautés du monde, mais aussi les communautés dont nous provenons, un peu plus à l’image du groupe. On a intégré des mélodies indiennes ou des Andes, mais aussi des influences québécoises – y compris de la turlute !

Anit Ghosh, codirecteur musical, violoniste et guitariste du Gypsy Kumbia Orchestra

Ainsi, chacun des membres a été invité à suggérer des idées générales de chansons, qui ont ensuite été travaillées en groupe. « Ce n’est pas quelqu’un qui arrive avec des chansons toutes prêtes, souligne Anit Ghosh. C’est un luxe que l’on a de pouvoir se retrouver avec quelque chose de riche et coloré. Les compositions viennent de ceux qui sont intéressés, Aurélien [Tomasi] et moi-même peaufinons le tout par la suite, avec tous ceux qui veulent apporter quelque chose. »

Un exercice assez étonnant considérant le nombre de membres du groupe et l’emploi du temps de chacun d’entre eux. « On est très travaillants, affirme le multi-instrumentiste en riant. On se voit depuis des années environ une fois par semaine, mais cette fois, on a axé le travail sur des temps de résidence où l’on passait plusieurs jours ensemble dans un chalet, par exemple. Parce que c’est compliqué de se réunir tous ensemble, plusieurs artistes du groupe sont en mi-carrière, ont des familles, des obligations et d’autres projets importants. Mais le GKO a une place très spéciale dans notre cœur et nos priorités. On fait ce qu’il faut pour organiser le casse-tête d’un groupe énorme. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Carmen Ruiz, danseuse et directrice générale du Gypsy Kumbia Orchestra

« On dirait que tout s’alignait comme par magie, renchérit Carmen Ruiz. Finalement, on a enregistré l’album en 10 jours en mai 2019, tout le monde était là, y compris notre réalisateur [Christian Castagno], qui habite en Colombie. C’est là que nous avons fait le plus gros du travail. »

Projet multidisciplinaire

Le choix des chansons s’est aussi graduellement inscrit dans une démarche qui a permis de développer une trame narrative qui se retrouvera aussi sur la scène et autour d’elle – le groupe espère être en mesure de retrouver les planches du Club Soda le 13 novembre. « On a trouvé un fil commun à travers les chansons, il y a une réflexion qui fait partie de tout l’album, affirme Anit Ghosh, qui joue aussi au sein de la formation montréalaise Ayrad. VelkomBak n’a pas été créé comme un album concept, mais on voulait refléter nos préoccupations, en tant que Québécois et citoyens du monde. D’un côté, on assiste à de multiples migrations forcées alors que, de l’autre, on avance les yeux fermés dans une sorte de monde gonflé aux stéroïdes. »

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« On a donc représenté ça dans l’album avec l’histoire d’un pêcheur solitaire qui prend son courage à deux mains en se disant qu’il y a quelque chose au-delà de l’horizon pour nourrir sa famille, ajoute le musicien qui a des racines indiennes et québécoises. Il se retrouve ensuite avec des gens d’origines différentes qui partagent le même rêve que lui. »

Évidemment, le Gypsy Kumbia Orchestra demeure le groupe festif et carnavalesque qui a rempli la Sala Rossa tous les mois pendant cinq ans de 2015 à 2018 à la suite de la sortie de son premier album, Revuelta Danza Party. Avec son directeur artistique et chanteur Sebastian Mejia en tête, le groupe a donc consacré beaucoup de temps à mettre au point le spectacle, qui doit intégrer des éléments de cirque et même des décors rappelant le thème de VelkomBak. « On a un public dévoué et proche, j’ai hâte de lui présenter le spectacle, d’autant plus qu’il va connaître le répertoire du disque, ce qui lui permettra d’être davantage emporté par l’histoire et la mise en scène, affirme Anit Ghosh. Quand on va enfin pouvoir présenter ce spectacle qu’on a mis deux mois à préparer, ça va être un grand moment. »

IMAGE FOURNIE PAR LES PRODUCTIONS GIROVAGO

Le Gypsy Kumbia Orchestra a lancé son deuxième album, VelkomBak, le 15 mai 2020.

Musique du monde. VelkomBak, Gypsy Kumbia Orchestra, Productions Girovago. Disponible depuis le 15 mai.