Le projet musical d’Anthony Kavanagh a toujours été là, en arrière-plan, en attendant le bon moment pour se concrétiser. L’envie de chanter ne l’a jamais quitté. C’est aujourd’hui qu’il se lance enfin. L’humoriste devient chanteur et sort la première d’une série de chansons.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

La pièce Let You Go a été composée en trio. Anthony Kavanagh s’est associé à Marc Dupré et au producteur montréalais John Nathaniel. « J’ai croisé Marc par hasard et je lui ai parlé de mon projet, raconte Anthony Kavanagh à La Presse. Il était emballé, il m’a présenté à John Nathaniel. Quand on s’est réunis en studio, j’ai eu droit à une classe de maîtres. C’était magnifique, j’étais un élève. »

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La chanson est le résultat d’un travail de trois jours. Marc Dupré est alors convaincu que ce sera un « hit », nous explique Kavanagh, en imitant Dupré à la blague, comme il imitera ensuite tous les intervenants de son histoire. Un autre titre se crée à trois, puis Kavanagh et Nathaniel en composent quatre autres.

Les six morceaux seront dévoilés dans les prochains mois. Pas de projet d’album, insiste Anthony Kavanagh, mais plutôt un EP, « un peu plus tard ». 

Le marché en est un de singles. Ceux qui peuvent sortir des albums sont ceux qui ont commencé comme ça. Les EP sont considérés comme des albums maintenant. Ça me permet de rester dans l’air du temps.

Anthony Kavanagh

La mise en marché est réfléchie. Les Québécois et les Canadiens anglais, ainsi que les Suisses, seront les premiers à faire la rencontre d’Anthony Kavanagh, le chanteur. Puis, la France, plus difficile à convaincre, devrait suivre lorsqu’il aura davantage fait ses preuves. 

L’humoriste lance sa musique de façon indépendante, par l’entremise du distributeur UnitedMasters. « Les maisons de disques sont un peu à la ramasse. Tout s’est démocratisé et les jeunes s’autoproduisent maintenant », dit-il, en citant comme exemple Billie Eilish et son frère, qui ont commencé sans signer un contrat.

Musique multiple

Le style de musique qu’Anthony Kavanagh propose est aussi réfléchi. Le son qu’il présente lui ressemble et s’ancre dans la tendance. Il nous fait écouter les titres, par téléphone, et nous constatons l’apport du rock, du hip-hop et de l’électro.

C’est comme si Imagine Dragons, Rag’n’Bone Man et Lenny Kravitz avaient fait une partouze. Mes influences viennent de partout. Mais il fallait garder une harmonie musicale, donc on garde toujours un pied dans la soul.

Anthony Kavanagh

Sur l’une des pièces, Anthony Kavanagh rappe. « À l’origine, c’était écrit pour être chanté, explique-t-il. J’ai finalement réenregistré tous les couplets en rap et j’adore ce titre. Je n’avais pas [rappé] depuis les années 90 ! »

S’il ne sait pas écrire la musique ou en jouer, les idées ne lui ont pas manqué lors de la création et le talent de ses collaborateurs lui a permis de matérialiser ses aspirations et d’aller plus loin encore.

Un rêve de toujours

S’il est évident qu’Anthony Kavanagh se lance en ayant stratégiquement placé ses cartes, cet essai en musique est surtout porté par les désirs de son cœur. Il entretient ce rêve depuis toujours, confie-t-il. 

Ça a pris plus de temps que prévu, mais c’était sur ma bucket list. Quand je suis revenu au Québec [de France], il y a presque trois ans, à l’aube de mes 50 ans, je me suis dit qu’il fallait que ça sorte.

Anthony Kavanagh

L’artiste a aussi frôlé la mort, victime d’une embolie pulmonaire à la fin de 2017. « Ça a accéléré les choses », avoue-t-il. La musique a souvent été présente dans sa carrière d’humoriste. Il a aussi prêté sa voix à des personnages de Disney (dont, récemment, le Génie d’Aladdin), des rôles qui l’appelaient à chanter. 

Ce sont les « bonnes rencontres », dont celle avec Marc Dupré, qui lui ont finalement permis de concrétiser ce rêve de gamin. « Mon premier amour a été l’humour, à 14 ans, affirme Kavanagh. Peu de temps après, ça a été la musique. J’ai dû faire un choix et l’humour me permettait de faire beaucoup plus de choses. Surtout au Québec. Moi qui voulais chanter en anglais, ça aurait été plus difficile à l’époque. J’ai mis ça de côté. »

À 50 ans, il se donne tous les moyens pour réussir en musique. Pour que sa chanson soit diffusée sur les ondes radio suisses, il a personnellement contacté les stations. Encore cette fois, c’est le cœur qui a parlé, lui qui est particulièrement attaché à ce pays, où sont nés sa femme et ses enfants. Tous les directeurs des stations ont accepté de faire jouer son titre, raconte Kavanagh.

Au Québec, la réponse est aussi déjà positive. CKOI a obtenu le titre en exclusivité et Let You Go se classe très bien aux palmarès de la station (septième au Décompte général au moment d’écrire ces lignes). 

Se lancer serein

Anthony Kavanagh connaît très bien la scène. Il y évolue depuis 30 ans maintenant et compte bien y amener sa musique. « C’est le rêve, autant, sinon plus encore que de m’entendre à la radio », dit-il. 

Avant les spectacles, il veut que les gens « s’habituent » à lui en tant que chanteur. Une tournée pourrait voir le jour en 2021. 

Anthony Kavanagh a l’esprit tranquille. Il est confiant. « Ça ne m’est pas arrivé souvent d’être si serein et d’y croire autant, dit-il. J’y crois tellement que j’y ai mis mon argent, mon cœur et mon temps. Si je ne suis pas le premier à croire en moi-même, qui le fera ? Maintenant, le public décidera de la suite. »

>>> Let You Go est disponible sur toutes les plateformes numériques dès le 3 avril : http://untd.io/m/letyougo