L’auteure-compositrice-interprète française Yseult ne fait pas que rêver de liberté artistique. La chanteuse à la voix d’or a choisi de se distancier des grandes maisons de disques, de l’effervescence de Paris, d’une musique qu’on avait choisie pour elle et qui ne lui ressemblait pas. Quelques mois après la sortie de son EP Noir, aux textes bruts et déchirants, Yseult s’amène à Montréal et à Québec, jeudi et vendredi. Entretien.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

« Je veux être libre », nous a-t-elle dit en entrevue téléphonique, trois jours avant son passage à Montréal jeudi. Cette liberté, dont elle parle à plusieurs reprises, elle l’a acquise. En quittant la capitale française pour Bruxelles, en Belgique. En créant sa propre étiquette de disque. En sortant en octobre dernier un EP, Noir, qui ne ressemble en rien à ce qu’elle avait fait avant.

En plus d’être libre, Yseult est une force de la nature. Sa feuille de route vous le dira. L’artiste vous le dira elle-même, en fait. Sans détour. Elle a le parler franc. Une conversation suffit pour s’en convaincre : personne ne lui marchera sur les pieds. « Je veux faire ce que je veux, quand je veux, avec qui je veux », lance-t-elle. Yseult n’a pas froid aux yeux.

À 25 ans, elle a emprunté plusieurs chemins pour arriver à Noir. Une participation à un télé-crochet, un premier album qu’elle dit maintenant ne pas aimer, un EP (Rouge) pour « créer une cassure » entre l’ancien et le nouveau, puis un autre (Noir) pour présenter celle qu’elle est désormais.

Noir est un disque « libérateur », pour l’artiste comme pour l’auditeur. Celui dont les mots écorchent. Celui où elle se livre pour la première fois. « C’est un EP hyper intime, introspectif et frontal, dit Yseult, qui avoue en riant avoir sans doute épargné des frais de psychothérapie en écrivant ces textes. Il fait du bien. Je dis mes vérités, je raconte ma vie, et je me rends compte que je ne suis pas seule à vivre ça. »

Des gens lui ont dit merci pour cette œuvre. En particulier pour la pièce d’ouverture, Corps, une balade piano-voix sur laquelle elle révèle ses failles, fait la paix avec elle-même et son passé.

La césure 

Bien avant Noir, en 2013, Yseult Onguenet s’est présentée au public français en participant au télé-crochet La nouvelle star. Elle a signé chez Polydor après avoir été éliminée en finale de la populaire émission, puis a fait paraître en 2015 un premier album homonyme. Sur des rythmes de pop sucrée, elle y chante les mots des autres, qu’elle cosigne parfois. Plus tard, elle avouera ne pas aimer ce disque.

On comprend que ses débuts ont été formatés par l’industrie. Sorti à l’été 2019, l’EP Rouge lui a permis de prendre ses distances par rapport à elle.

« Rouge est une césure, explique-t-elle. J’ai fait quelque chose pour rejoindre ce que les personnes qui ont aimé le premier album voulaient entendre. » Mais en le sortant, Yseult y joint un message (qu’elle seule connaît) : « Prenez-le et c’est la dernière fois. » Plus jamais elle n’édulcorera sa musique. 

Elle a complété la « coupure » en déménageant. La Parisienne s’est retrouvée à Bruxelles, pour repartir à neuf, rejoindre une tout autre communauté artistique (dont fait partie Angèle, pour qui elle a assuré la première partie en 2019). 

Noir, paru juste après Rouge, a affirmé sa nouvelle identité au public. « Noir, c’est moi et ça sera ça jusqu’à la fin, lâche-t-elle. J’ai pu faire cet EP parce que j’étais dans une phase de non-compromis. » 

Je n’avais plus envie de me cacher, de plaire à un grand nombre absolument.

Yseult

Très bien reçue, cette dernière parution a renforcé sa confiance. « J’ai vu que ma voix fonctionne très bien [telle quelle], dit-elle. Je n’ai pas besoin d’avoir un beat derrière ou un style pop. »

Le corps et la musique

Sur Noir, Yseult se met à nu, tant au figuré qu’au sens littéral. Sur la pochette, le corps de la chanteuse, pris en photo par Bettina Pittaluga. On y voit trois bourrelets, cadrés très serré, sans artifice. Le vidéoclip du titre Corps (réalisé par Colin Solal Cardo), révélé tout récemment, la montre de nouveau nue, dans un plan-séquence qui la dévoile de plus en plus. 

« Le corps et la musique sont liés, dit Yseult. C’est une question de ressenti, d’émotions, ce qui passe par le corps. Me mettre à nu est devenu une évidence. Ne pas le faire, ça aurait été de ne pas faire face à qui je suis en ce moment. »

L’artiste indépendante s’implique maintenant dans toutes les décisions qui concernent son art. « Je suis quelqu’un de très indépendant, de très libre, et j’ai besoin que les choses bougent vite, dit-elle. Je veux pouvoir choisir mon entourage, pouvoir choisir la direction artistique, quand ce n’est pas moi qui m’en occupe directement. J’ai la mainmise sur mon image et mon art. Si je veux sortir un single demain, je le publie à minuit et ça sort. Je bénéficie d’une réactivité qui n’est pas possible avec les majors. »

Si cette autonomie lui tient à cœur, elle a fait d’elle une jeune entrepreneuse. « C’est beaucoup de boulot, mais j’en suis très fière », commente-t-elle.

En pleine tournée promotionnelle, qui sera suivie de nombreuses apparitions dans des festivals, Yseult voudrait retourner en studio l’automne prochain. Pour créer une suite à Noir qu’elle veut percutante. Rien n’est encore coulé dans le béton. Une seule chose est certaine, Yseult a un objectif simple et clair : « Perdurer, dit-elle. Surtout et avant tout, je veux perdurer. »

En spectacle au Centre Phi, à Montréal, le 27 février, et à l’Impérial, à Québec, le 28 février.