Il y a un peu de Malajube dans l’album de Zoo Baby, premier écart solo de Xavier Dufour-Thériault en marge de son groupe Gazoline. Normal, puisque Julien Mineau en signe la réalisation. Entrevue sous le signe de la pop alternative.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

« J’ai envie d’une tarte », lance-t-il avant de choisir une garniture au citron et de prendre place sur la banquette devant la fenêtre.

L’Escogriffe – où il lancera son album – étant fermé, c’est au restaurant Le Fameux que nous rencontrons Xavier Dufour-Thériault pour parler de son envol solo avec Zoo Baby.

C’est un gros jump. J’ai fait Belle et Bum la semaine dernière et j’avais un trac de fou. Ma gang n’était pas avec moi. Mais c’est ça faire la job que tu as toujours rêvé de faire.

Xavier Dufour-Thériault

Au sein de Gazoline, Xavier Dufour-Thériault peut toujours compter sur son acolyte Jean-Cimon Tellier-Dubé.

Quand son groupe a lancé le EP Yūgen, en 2017, le chanteur est toutefois resté sur sa faim. « J’avais l’impression de ne pas être allé complètement au bout de certaines idées. »

Xavier Dufour-Thériault s’est donc donné pour mission de créer un album au complet. « J’ai tout enregistré mes tracks dans ma petite chambre et mon ordi. »

Résultat : un son « bedroom pop ».

Or, il fallait magnifier ce son.

« Je suis un peu brouillon, confie Xavier Dufour-Thériault. À la fin, j’avais besoin de quelqu’un de perfectionniste pour ne pas tourner les coins ronds. »

« Je voulais un son pop, mais je voulais surprendre le monde », ajoute-t-il.

Solution ? Prendre l’autoroute 40 en direction du village de Sainte-Ursule, en Mauricie, pour confier la réalisation du premier album de Zoo Baby à Julien Mineau (Malajube). « Il travaille dans sa maison. On gardait le côté intime de mes tracks. »

Sans flafla ni « gossage »…

« Julien et moi sommes pareils là-dessus. Pas besoin de discuter et intellectualiser tant que ça. C’est la musique qui parle », dit Xavier Dufour-Thériault.

De Kanye West à France Gall

La première chanson que Xavier Dufour-Thériault a écrite, Par tes yeux, date d’il y a un an à peine. « Avec un band, tu dois attendre après les autres. Là, je pouvais travailler de 6 h du matin à minuit. »

Écoutez un extrait de Par tes yeux

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L’introduction « malajubienne » de Par tes yeux dérive avec des claviers new wave avant que jaillisse une voix cristallisée avec Auto-Tune. « Des gens voient une référence au groupe de Julian Casablancas, The Voidz, mais c’est Kanye West que j’avais en tête », explique l’auteur-compositeur.

Pour Le contraire, Julien Mineau a suggéré de ne garder que les instrumentations de claviers. En introduction (et dans plusieurs interludes de l’album), il y a des extraits de France Gall en entrevue.

Introspectif et intense, le résultat est convaincant.

Écoutez un extrait de Le Contraire

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Xavier Dufour-Thériault a longtemps défendu le mantra. « il y a des tounes d’amour et des tounes moins bonnes ».

Il a changé son fusil d’épaule. « Je ne peux pas juste écrire sur des ruptures et mes crottes de cœur. »

Plutôt fier du résultat final de ses textes, l’artiste a pris plaisir à jouer avec les mots. « J’ai fait beaucoup d’écriture automatique. »

Sur sa chanson Limonade – à la grande efficacité pop –, Xavier Dufour-Thériault dénonce implicitement « l’obsession de soi-même » des influenceurs.

Écoutez un extrait de Limonade

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Ses textes demeurent courts et flous, ce qui est aussi très « malajubien ».

Est-ce une surprise d’entendre Xavier Dufour-Thériault chanter de façon plus douce et en retenue ? C’est plutôt un heureux hasard. « J’enregistrais dans ma chambre et j’ai deux colocs. J’étais juste super gêné de chanter fort sur les démos, précise-t-il. Je pensais refaire les voix, mais je trouvais que c’était un contraste intéressant avec Gazoline… révéler une fragilité que je n’avais jamais embrassée. »

Écoutez un extrait de Pomme

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Passer le cap des 27 ans

Il n’y peut rien, mais Xavier Dufour-Thériault – qui a longtemps voulu se sacrifier sur l’autel du rock – vieillit. « Les idées viennent mieux et les textes sont meilleurs quand je mange bien, que je n’ai pas mal à la tête, que mon ménage est fait et que j’ai du cash dans mon compte », blague-t-il.

À 28 ans, le Saguenéen d’origine est plus vieux que l’étaient les légendes du Club 27 (Cobain, Joplin, Morrison) quand ils ont rendu l’âme.

Pendant mon adolescence, je rêvais de mourir à 27 ans. Mes idoles étaient Sid Vicious et Jimi Hendrix. Mais là, je dois embrasser l’adulte qu’il faut que je sois. Je veux m’inspirer des Leonard Cohen et Stephan Eicher qui ont réussi à vieillir avec grâce tout en demeurant pertinents.

Xavier Dufour-Thériault

La musique demeure néanmoins au cœur de la vie de Xavier Dufour-Thériault. Il a par ailleurs vécu une grande rupture avant de se plonger dans l’aventure de Zoo Baby. « Je devais choisir entre une vie safe avec une job ou une vie simple qui me permet de vivre de ma passion. Mais je n’ai pas eu le choix, car elle est partie ! »

Ce qui a changé depuis ses 20 ans ? « C’est encore la musique et rien d’autre, sans compromis… Mais je gère mieux mon cash ! »

Quoi qu’il en soit, Zoo Baby aura des redevances radiophoniques, car son extrait Pomme joue sur les ondes FM.

Un début prometteur, sans aucun doute.

Sur scène

Le premier spectacle de Zoo Baby aura lieu le 10 mars à l’Escogriffe. Xavier Dufour-Thériault a complété la formation de son groupe. Il est composé de deux filles (Raphaëlle Chouinard et Émilie Glavac) et de deux garçons (Sam Beaulé et Charles Guay). « J’ai tellement fait de tournées avec des gars. C’est cool d’avoir une énergie différente, mais c’est arrivé naturellement… Depuis trois ou quatre ans, il y a plus de filles qui cherchent des gigs », souligne-t-il. Tant mieux ! 

IMAGE TIRÉE D’INTERNET

Pochette de l’album Zoo Baby, de Zoo Baby

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