À 21 h 45, après s’être glorieusement laissé désirer, Post Malone débarque sur la scène du Centre Bell. 

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

De hautes parois délimitent une passerelle divisant les premières rangées du parterre en deux. Les lumières s’éteignent, la foule s’époumone déjà. Les parois se soulèvent lentement dans un épais voile de fumée. La tension monte. 

C’est au tour de Montréal de profiter du circuit Runaway, la tournée de plus de 70 dates de Post Malone. Il s’agit de son troisième tour de piste, en soutien à son troisième effort, Hollywood’s Bleeding.

La pièce titre de l’album, choix évident mais approprié, lance le spectacle en force, dans une ambiance dramatique. Après une introduction toute en voix (et quelle voix !), le rythme hip-hop s’en mêle, et la foule se déchaîne.

Une salve de feux d’artifice (la première de plusieurs) donne le coup de départ officiel d’un spectacle d’une heure et quart. Une prestation enlevante, du début à la fin. 

L’artiste hip-hop de 24 ans, dans des jeans et un t-shirt laissant paraître ses bras et son cou recouverts de tatouages, fait immédiatement la scène sienne. Il n’est pas particulièrement souriant. Il est intense. Dans son interprétation, ses déplacements, ses silences. 

Post Malone, chanteur

Certains se bornent à qualifier « Posty » de rappeur. Hollywood’s Bleeding a permis à Post Malone de mettre sa voix de l’avant. En spectacle, cette voix est étonnante de justesse. S’il y a une bonne dose d’effets modifiant souvent son intonation sur disque, il devient indéniable que Post sait chanter lorsqu’on l’entend en concert.

Même la bonne dose d’alcool qu’il a vraisemblablement ingérée avant de monter sur scène ne lui porte pas préjudice. Car c’est un Post Malone un peu pompette qui s’adresse à la foule après Better Now. Un verre à la main, dont il prend une gorgée entre chaque phrase, il explique que si ses chansons sont souvent des témoignages des instants pénibles de sa jeune vie, cette soirée avec lui est l’occasion de passer un bon moment. Pari gagné.

Les textes de Post Malone peuvent être mélancoliques et racontent souvent ses peines de cœur. Comme Goodbyes, celle qu’il nous interprète ensuite. Puis, sous des jeux de lumières complexes et saisissants (une constante dans ce spectacle à la production impeccable), il passe à Die for Me.

Pour « la chanson la plus étrange de l’album », la dansante Allergic, la production épurée, où tout est misé sur les deux immenses écrans latéraux et le spectacle de lumières, vient de nouveau confirmer que ce spectacle sera plaisant pour les oreilles (malgré un son un peu trop fort) comme pour les yeux.

Le chaos, puis le calme

Après Enemies, Wow., premier extrait de son Hollywood’s Bleeding, permet à Posty de se déplacer sur sa passerelle en enchaînant quelques déhanchements. Pour Paranoid, il se munit d’un pied de micro, derrière lequel il se postera, solennel, pour la déchirante I Fall Apart.

L’excellente Over Now permet l’un des plus savoureux et puissants moments de la soirée. Des flammes jaillissent derrière le chanteur. La foule est transportée. Ça se poursuit sur Take What You Want. Le visage d’Ozzy Osbourne apparaît sur les écrans, Post se jette à genoux au sol, s’époumone dans son micro. La chanson se termine sur un numéro pyrotechnique…

Après le chaos, le calme. Sur un banc, sa guitare acoustique à la main, le chanteur de 24 ans offre un moment touchant lorsqu’il entonne Stay. « J’ai beaucoup joué au beerpong avant le spectacle, donc si je me trompe, je compte sur vous pour m’aider », avoue-t-il juste avant. C’était donc le beerpong. Quoi qu’il en soit, son interprétation est réussie.

Avant Go Flex, alors qu’il raconte avoir écrit cette chanson sur les bons moments passés entre amis, son visage tatoué sur les multiples écrans sourit finalement à son public. Une foule qui prouve, par sa densité, par sa diversité, par son enthousiasme, que les critiques avaient tort. Post Malone n’est pas qu’un artiste de surface. Il n’est pas qu’une saveur du moment non plus. Il plaît à un grand nombre, lui dont les chansons se transforment presque invariablement en succès depuis quelques années. 

Jamais fatigué

L’ultime moment « rockstar » de la soirée survient vers la toute fin : comme il le fait probablement à chaque concert, Post Malone, durant son interprétation de Rockstar (justement) fracasse sa guitare au sol. Puis verse le contenu de son verre sur les tristes morceaux de bois.

La foule l’acclame, il prend le temps de savourer le moment.

Sous ses yeux sont tatoués les mots Always Tired (toujours fatigué). Mais le grand frisé ne montre aucun signe de fatigue lors d’une soirée qui se termine un peu après 23 h. Jusqu’au dernier moment, alors qu’il clôturait le spectacle avec Congratulations, il a électrisé le Centre Bell. 

Au lieu de disparaître sans un mot, il remercie alors la foule d’avoir « changé [sa] vie » avant de quitter la scène, cette fois franchement souriant. Avec humilité, Post Malone a pris le temps, souvent, de s’adresser au public présent pour lui. 

« Avant d’écrire cette chanson, je vivais dans le placard d’un ami », a-t-il dit pour introduire le succès qui a lancé sa carrière, White Iverson. « J’ai maintenant la chance de partir en tournée, de monter sur scène, et c’est le meilleur sentiment du monde. » 

Le plaisir fut partagé, Posty.