Chez lui, en France, Dadju est devenu un incontournable. Son deuxième album, Poison ou antidote, y bat des records de ventes. Mais pour le chanteur, qui mêle le hip-hop au rhythm’n’blues et à l’afrobeat, il faut voir plus loin. Se faire entendre partout. Une étape à la fois, Dadju veut partir à la conquête du monde. Entretien avec l’artiste, en marge de son passage à la Place Bell, vendredi.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Dès que nous décrochons le combiné, Dadju lance la conversation sur une blague. Son ton est léger, mais aussitôt qu’on se met à discuter de sa musique, il semble vouloir bien peser ses mots. La musique est importante. Il en parle avec soin. Pourtant, cette musique et cette carrière n’ont pas été une évidence pour lui. « Ce n’était pas un rêve de gosse, je n’ai pas grandi avec l’optique de vouloir faire ça de ma vie », dit Dadju Djuna Nsungala.

La musique a tout de même habité son enfance. Son père, Djuna Djanana, est chanteur dans un groupe de musique congolais. L’un de ses 13 frères et sœurs est le musicien Gims, une vedette pop en Europe. Dadju avait l’habitude d’accompagner son grand frère en studio.

Un jour, ils ont enregistré un « son » ensemble, raconte l’artiste. Mais, là encore, pas de déclic. « On a fait écouter la chanson à [notre entourage] et j’ai eu des avis très encourageants, dit-il. On m’a conseillé d’en faire d’autres. »

C’est ce qu’il a fait. Tout en continuant d’étudier et de travailler au McDonald’s du coin, il a continué à travailler sur sa musique. « Finalement, je n’ai jamais réussi à m’arrêter », dit en riant le chanteur de 28 ans.

En 2014, il se rend à l’évidence : c’est une carrière en musique qui le rendra heureux. 

Je me suis dit que j’allais me donner tous les moyens nécessaires pour réussir. Tant que la musique me permettrait de survivre — car on ne peut pas appeler ça « vivre », à ce stade-là — j’allais continuer.

Dadju

Une ouverture sur soi-même

Cinq ans plus tard, au début de l’hiver, Dadju fait paraître son deuxième album, un disque double intitulé Poison ou antidote. L’opus a été certifié disque de platine deux mois après sa sortie.

Dadju s’est fait connaître avec des textes légers, traitant d’amour, sur des musiques dansantes. Le successeur à l’album Gentleman 2.0 (2017) propose toutefois un contenu un peu plus sombre. Est-ce que ce côté sombre, cette musique plus personnelle, représente mieux le « vrai » Dadju ?

« Mon premier album parlait de ma vie à ce moment-là, mais celui-ci aborde mon passé, mon parcours, dit le chanteur. Je me suis plus livré, c’est plus proche de moi. Je ne l’ai pas fait avant, parce que je déteste qu’on ait pitié de moi. Mais j’ai tenu à parler des raisons pour lesquelles je suis qui je suis. C’était le moment de me présenter. »

Le concept de l’album double Poison ou antidote vient de « la nuance sur un même mot, qui peut avoir deux significations », explique Dadju. L’amour, par exemple, peut aussi bien être un poison qu’un antidote. « Être amoureux peut être difficile, négatif, mais ça peut être [salvateur], un antidote », ajoute-t-il. La réflexion est la même pour l’argent, qui est l’antidote qui lui a permis de « sortir de la galère », mais qui peut devenir un poison « si on en veut trop ou si on en a trop ».

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La partie « Poison » du concept aborde l’adultère, l’abandon, la trahison, la rupture et toutes les blessures qui viennent avec. Les mots sont témoins des expériences vécues, du déchirement des épreuves que le musicien a traversées. Un peu plus lumineux, le côté « Antidote » se concentre sur l’amour principalement. Celui qui s’est marié et est devenu père pour la première fois en 2017 (un autre bébé est d’ailleurs en route) dédie une chanson à sa fille, une autre à sa femme.

Après la France, le monde

Dadju sera en concert à la Place Bell, à Laval, vendredi. Son visage a été placardé sur de grands panneaux à Montréal. En entretien téléphonique, nous lui apprenons que la Place Bell est le troisième aréna au Québec quant à la superficie, le deuxième dans la région métropolitaine. « Le deuxième ? Je croyais que c’était le premier, je vais devoir revenir faire le premier », lance-t-il, un sourire dans la voix.

On le devine toutefois plutôt sérieux. Dadju a de grands plans. À Montréal, dit-il, il lui reste encore à mieux se faire connaître. L’an dernier, il a présenté deux spectacles à guichets fermés à L’Olympia de Montréal et à l’Impérial de Québec. Une supplémentaire avait dû être ajoutée, au Club Soda cette fois. Dadju peut compter sur un public fidèle ici.

Mais il voit avec lucidité tous les défis qui l’attendent encore. « Je n’ai pas encore fait tous les festivals, je n’ai pas encore parlé à beaucoup de médias [québécois], je n’ai pas fait de plateau télé », énumère-t-il.

Si la musique voyage plus facilement que jamais, Dadju tient à aller à la rencontre de ceux qui l’écoutent. C’est une question de respect, dit-il. 

L’ambition ne lui fait pas défaut. Alors, après la Place Bell, il cherchera à s’offrir le Centre Bell. Entre-temps, il est attendu à Los Angeles, Chicago, New York et Miami après son passage à Laval. « Je veux élargir la portée de ma musique au maximum, que le monde entier m’écoute, lance-t-il. Le but, c’est que je puisse faire des concerts partout. »

À 28 ans seulement, un disque de diamant et un autre de platine en poche, Dadju garde la tête sur les épaules. Il veut bien faire les choses. « J’ai encore beaucoup de travail, mais je vais prendre mon temps », conclut-il.

À la Place Bell, le 7 février