La 62e cérémonie des prix Grammy, brillamment pilotée par Alicia Keys, a honoré dimanche la crème de l’industrie musicale. Billie Eilish s’est démarquée, remportant cinq trophées sur six, dont l’album de l’année. Les prestigieuses récompenses ont été décernées sur fond de scandale, mais les paillettes, les statuettes et quelques saisissants numéros ont pris le dessus sur la controverse.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Un spectacle avant tout

Si la soirée des Grammy est une des cérémonies de remise de prix les plus longues, c’est en raison des nombreuses performances. Cette année, une trentaine d’artistes sont montés sur scène. Un des numéros les plus attendus de la soirée mettait en vedette Lil Nas X et Billy Ray Cyrus, accompagnés du groupe de K-Pop BTS, de DJ Diplo ainsi que du jeune Mason Ramsey. Ils ont interprété leur version de la chanson de l’année 2019, Old Town Road.

C’est Lizzo, accompagnée d’un orchestre, qui a ouvert le spectacle. La favorite de la soirée (grande révélation de l’année) a d’abord interprété sa chanson Cuz I Love You. Des danseuses, dont des ballerines, l’ont ensuite rejointe. De l’atmosphère solennelle des premiers instants, elle est passée à l’explosive Truth Hurts, qui a permis un de ses célèbres solos de flûte.

La performance de Tyler, The Creator a été à son image : déjantée, décalée, parfaitement divertissante. Boyz II Men et Charlie Wilson ont ouvert le numéro. Tyler, sa perruque blonde sur la tête, s’est joint à eux. Dans un complet coloré, rose et rouge, entouré d’une dizaine de danseurs-clones, vêtus tout comme lui, il a présenté ses titres Eartfquake et New Magic Wand. Le décor, un pâté de maisons de banlieue, en feu, a ajouté à la théâtralité du numéro. Tyler, The Creator a présenté une des meilleures performances de la soirée.

Accompagnée de son frère Finneas, celui qui a écrit pour elle certaines de ses plus belles chansons, la jeune Billie Eilish a été superbe. Le Staples Centre s’est fait silencieux lorsqu’elle a chanté when the party’s over, alors que Finneas, au piano, s’est chargé des harmonies. Le numéro, tout en simplicité, a prouvé pourquoi Eilish, à 18 ans, était nommée six fois dimanche pour sa première présence aux Grammy.

Émotive, des larmes sur les joues dès qu’elle est montée sur scène, Demi Lovato a du s’y prendre deux fois pour commencer sa chanson Anyone. Vêtue d’une longue robe blanche, accompagnée seulement du piano, la chanteuse, qui amorce son retour à l’avant-scène après quelques années difficiles, s’est très bien débrouillée. Le parterre de vedettes du Staples Center s’est levé pour l’applaudir à la fin de sa performance.

John Legend, Meek Mill, Roddy Rich, YG, Kirk Franklin et DJ Khaled ont rendu un très bel hommage au rappeur Nipsey Hussle, tué l’an dernier à Los Angeles — et en lice à titre posthume dans trois catégories. Le prix de la meilleure performance rap lui a d’ailleurs été attribué. Un peu plus tôt, Usher chantait en l’honneur de Prince, avec un pot-pourri en chansons et en danse. FKA Twigs s’est jointe à Usher sur scène… mais, étrangement, n’a pas chanté une seule note.

PHOTO JORDAN STRAUSS, JORDAN STRAUSS/INVISION/AP

Billie Eilish, à droite, et son frère Finneas O’Connell

Les grands honneurs

Les femmes menaient les nominations. Les femmes ont mené la récolte de prix. Lizzo (huit nominations) et Billie Eilish (six) sont parties favorites. Les noms de Lana Del Rey, Ariana Grande, Beyoncé et H.E.R figuraient également en tête. C’est finalement Billie Eilish qui a remporté les grands honneurs. Elle a terminé la soirée avec les prix pour l’album, l’enregistrement, la chanson et l’album vocal pop de l’année, ainsi que celui de la meilleure nouvelle artiste. Visiblement abasourdie en entendant son nom appelé à répétition, l’interprète de bad guy a été humble dans ses remerciements, elle qui montait sur la scène des Grammy pour la toute première fois cette année.

Faire fi de la controverse

Lizzo a mis la main sur trois Grammy, dont le trophée du meilleur album urbain contemporain. Lil Nas X, avec six nominations, était le seul artiste masculin à se frotter aux meneuses. L’interprète d’Old Town Road a reçu le prix du meilleur vidéoclip et du meilleur duo (avec Billie Ray Cyrus) lors du pré-gala. Tyler, The Creator a, quant à lui, remporté le prix du meilleur album rap (pour l’excellent Igor), son premier Grammy en carrière. La tempête au sein de l’Académie des arts et des sciences de l’enregistrement, organisatrice des prix Grammy, n’a pas eu de répercussions sur le bon déroulement de la cérémonie. Deborah Dugan, ex-PDG des Grammy, a déposé la semaine dernière une plainte contre l’organisation. Mais le mot d’ordre était la fête dimanche, et on n’a pas dérogé de la partition.

Alicia Keys, parfaite meneuse

Pour la deuxième année de suite, Alicia Keys a officié cette (longue) cérémonie d’une main de maître. Elle a été solennelle lorsqu’il le fallait, toujours calme et en contrôle, délicate, drôle. En début de soirée, elle a interprété une chanson de son cru, sur la mélodie de Lewis Capaldi, pour saluer de façon amusante les artistes et le pouvoir de la musique. Elle a remis son talent brut à son service un peu plus tard lorsqu’elle a interprété son nouveau titre, Underdog.

Hommages à Kobe Bryant

Les hommages à la vedette de la NBA Kobe Bryant, mort plus tôt dans la journée à la suite d’un écrasement d’hélicoptère, ont imprégné une partie de la soirée. Le monologue d’ouverture d’Alicia Keys lui a été consacré. « Nous n’aurions jamais pu imaginer avoir à lancer le spectacle de cette façon », a-t-elle dit, avant d’interpréter, a capella, la chanson It’s So Hard to Say Goodbye to Yesterday, accompagnée de Boyz II Men. Le Staples Center, domicile des Lakers de Los Angeles, accueille la cérémonie des prix Grammy depuis 2000. Une minute de silence a aussi été observée durant le pré-gala.

Liste des vainqueurs dans les principales catégories

– Album de l’année : Billie Eilish, When We All Fall Asleep, Where Do We Go ?

– Enregistrement de l’année, attribué pour la performance globale d’un titre : Billie Eilish, Bad Guy

– Chanson de l’année, attribué aux auteurs/compositeurs : Billie Eilish et son frère Finneas O’Connell, Bad Guy

– Révélation de l’année : Billie Eilish

– Meilleure vidéo musicale : Lil Nas X et Billy Ray Cyrus, Old Town Road

– Meilleur album de rap : Tyler, The Creator, Igor

– Meilleur album de rock : Cage The Elephant, Social Cues

PHOTO MARIO ANZUONI, REUTERS

Lizzo

– Meilleur album vocal pop : Billie Eilish, When We All Fall Asleep, Where Do We Go ?

– Meilleur performance pop solo : Lizzo, Truth Hurts

– Meilleur duo ou performance collective pop : Lil Nas X et Billy Ray Cyrus, Old Town Road

– Meilleur album de musique urbaine contemporaine : Lizzo, Cuz I Love You (Deluxe)

PHOTO ROBYN BECK, AFP

Vampire Weekend

– Meilleur album de R & B : Anderson. Paak

– Meilleur album de musique alternative : Vampire Weekend, Father of the Bride

– Meilleur album de musique du monde : Angelique Kidjo, Celia