L’album posthume de Mac Miller, Circles, paraît ce vendredi. Un disque qu’il n’a pas pu terminer lui-même, mais auquel on est ravi d’avoir accès. Un épilogue divin, après une fin trop brusque.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Avis aux admirateurs de Mac Miller : l’écoute de cet album sera douce-amère. Douce, car il fait bon réentendre la voix du regretté Malcolm James McCormick. Il n’est plus, mais cette musique lui a survécu et on a accès à ce qu’il aurait voulu qu’on entende. Douce aussi parce que ce matériel inédit est d’une grande qualité (nous y reviendrons). Mais d’une amertume poignante, car Circles est un vif rappel de qui était l’artiste, de toute l’étendue de son talent. De l’étendue ravageuse de ses tourments aussi. Un rappel de ce que le monde a perdu.

L’écoute est douce-amère, également, parce que cet album sonne vraiment la fin. Ces 12 morceaux sont les derniers.

Mac Miller a conçu Circles comme un complément à son album de 2018, Swimming.

Sur celui-ci, il a parlé de sa rupture, de ses dépendances et de ses dérapes, de sa dépression, mais aussi de la possibilité de jours meilleurs (ou du moins d’instants où le constant inconfort s’apaise). Avec Circles, ses complaintes gardent la même essence, l’amour et le cœur brisé en moins.

Les titres des deux albums mis bout à bout donnent « swimming in circles ». Tourner en rond. Toujours revenir à la case départ. « Je ne peux pas changer, crois-moi j’ai essayé », lance-t-il dans la pièce titre d’ouverture, Circles, entièrement chantée (comme quelques autres : Everybody, Surf, Once a Day).

Pour quelqu’un qui est aux prises avec des problèmes de dépendances, ces allusions sont lourdes de sens.

Introspection chantée

La musique de Mac Miller a souvent abordé la drogue et sa santé mentale fragile. Avec Circles, l’introspection imprègne encore une fois tout le disque. On écoute un journal intime où il a raconté ses démons intérieurs. Comme une démarche inévitable pour l’artiste lorsque la lucidité lui permet de mettre des mots sur le supplice abject de son mal. Comme avec Swimming, il se livre seul. Pas de collaboration, à part sur Hand Me Downs, chanson d’amour (la seule vraiment affirmée) sur un rythme brûlant.

Déjà sur Swimming, Mac Miller chantait plus que jamais. Circles a permis à l’artiste de passer franchement et souvent du rap au chant, toujours de cette voix vaporeuse. Dans la superbe Good News, pièce centrale de l’album où il dit être « fatigué d’être fatigué », les deux ne font qu’un. Chante-t-il ? Rappe-t-il ? Peu importe, c’est si beau. Good News, premier titre diffusé, est l’une des excellentes pièces de l’album.

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Musicalement, l’artiste avait atteint une maturité payante depuis The Divine Feminine, en 2016. Avec Swimming, il a joué avec le funk, le jazz. Les lourdes basses résonnaient souvent, les grooves sulfureux s’imposaient. La cadence a été ralentie pour Circles. Tout est (encore plus) mélancolique. Circles est planant, touchant, vibrant.

Le lourd mandat de Brion

Le musicien et producteur Jon Brion avait la tâche de parachever l’album. Celui qui avait coproduit et même coécrit certaines chansons sur Swimming a travaillé avec Mac Miller sur Circles jusqu’à sa mort. Les couplets prometteurs se sont retrouvés dans les limbes. Puis, Biron s’est attelé à la lourde tâche de les en sortir pour qu’ils ne disparaissent pas avec leur auteur.

À l’écoute, on essaie de ne pas présumer l’ampleur de l’implication de Brion. Qu’est-ce qui vient de Mac ? Qu’est-ce qui a été ajouté par le producteur après la mort du rappeur, sans possibilité de le consulter ? Que serait cet album sans ce drame ? On comprend rapidement que le travail était déjà bien entamé. Biron s’est inspiré de ses conversations avec l’artiste de Pittsburgh pour compléter ce qu’il avait commencé, a expliqué sa famille dans la publication Instagram qui annonçait la parution de Circles.

Nous n’essaierons pas, pour notre part, de deviner ce que Malcom aurait voulu. Nous n’avons que le point de vue de l’auditeur, qui s’estime heureux de recevoir ces ultimes chansons signées Mac Miller. Cet album lui ressemble, en tout cas. Les mots sont les siens et rappellent toute l’adresse avec laquelle il les mettait à son service.

Malcom McCormick est mort à l’âge de 26 ans. Il est étourdissant de se laisser imaginer ce qu’il aurait encore pu créer.

IMAGE FOURNIE PAR WARNER

Circles, de Mac Miller, Warner ★★★★