(Paris) Le drone métal ? Ce concept de guitares lourdes et lancinantes sort du cercle des initiés avec le groupe Sunn O) )), devenu tendance, entre atelier aux Beaux-Arts, collaboration avec Yann Tiersen et future résidence à la Gaîté Lyrique à Paris.

Philippe GRELARD
Agence France-Presse

Stephen O’Malley, leader de cette formation née à Seattle il y a 20 ans, n’en revient toujours pas de l’accueil sur le vieux continent.

« Aux États-Unis, on n’est pas reconnus comme artistes, être guitariste de métal, ça sous-entend “tu n’as pas de job, pas de carrière, tu es un raté”. En Europe, on est assez connus dans des champs culturels loin du métal d’où nous venons », dépeint-il, rencontré par l’AFP dans les murs de la Gaîté Lyrique. Jadis écrin des opérettes de Jacques Offenbach, la salle héberge son gang pour trois soirées évènements du 31 janvier au 2 février.

Les six cordes de Sunn O) )) — ne prononcez que Sunn, la suite est juste un symbole d’amplification du son — sont désormais là où on ne les attend pas. O’Malley a ainsi posé récemment ses riffs planants sur deux titres — le premier et le dernier — de Portrait, album-somme de Yann Tiersen, compositeur minimaliste célébré pour la B. O. du Fabuleux destin d’Amélie Poulain.

« Immergés dans un liquide »

Et le chorégraphe Jean-Claude Gallotta fait partie de ceux qui citent Sunn O) )) au détour d’une entrevue, comme dans Libération en avril. « Être connu par des gens comme ce chorégraphe, c’est une sorte de validation, ça nous donne la liberté pour explorer plus loin, composer, rester radical au lieu de chercher des compromis pour payer le loyer », poursuit O’Malley, quadragénaire chevelu, mais pas barbu ce jour-là.

« Je viens d’un monde différent, basique, punk, métal, qui disait “merde à l’autorité on fera ce qu’on voudra”… et 20 ans plus tard, on le fait toujours », se réjouit-il.

Une liberté qui lui a ouvert les portes des beaux-arts à Paris, pour un atelier en 2016. Dans une vidéo de l’époque, Didier Semin, professeur d’histoire de l’art, se félicitait de l’ouverture « sans réserve aux nouvelles expérimentations » de son institution.

Le drone métal, loin d’un Metallica devenu grand public, refuse les formats standards et s’apparente à un travail sur la matière sonore. Un des derniers albums de Sunn O) )), Life metal (mis en son par Steve Albini, qui travailla avec PJ Harvey ou les Pixies), dure un peu plus d’une heure en… quatre morceaux seulement. Pas de batterie, les notes des guitares sont étirées, les voix sont rares, psalmodiées. « Vous êtes comme immergés dans un liquide », résume O’Malley.

Toges à capuche

« Le public se laisse porter par la distorsion », expose pour l’AFP Olivier Badin, journaliste spécialiste du métal. Devant des murs d’amplis, les musiciens bougent au ralenti, en toges à capuche — façon moines inquisiteurs — conçues par Alexandra Groover, designer américaine basée à Londres. « Il y a un côté théâtral », commente pour l’AFP Thurston Moore, ex-leader de Sonic Youth, quand on évoque avec lui le drone métal - il cite d’ailleurs Sunn O) )) sans hésiter.

Le groupe déroule un tempo hypnotique en opposition à une époque souvent « accélérée par l’anxiété » détaille O’Malley, qui se refuse à théoriser davantage : « C’est de la musique avant tout ». La résidence à la Gaîté Lyrique est d’ailleurs baptisée Let there be drone, clin d’œil au Let there be rock d’AC/DC. « Tout ce qui connecte à AC/DC est bon, mec ! », lance-t-il en riant.

Les deux premiers soirs sont dédiés aux représentations de Life metal, en formation de 5 ou 6 membres. Le dernier, O’Malley et l’autre fondateur du groupe, Greg Anderson, seront seuls pour un spectacle « minimaliste, proche des origines », appelé Shoshin. « Un mot japonais, tiré du bouddhisme, qui signifie que même l’approche du maître doit se faire avec l’esprit d’un débutant ».