(Paris) C’est un disque marquant de 2020 : L’ère du verseau permet à Yelle de toucher un nouveau public, au-delà de la sphère électro, avec une image de femme forte et libre qui colle à l’époque.

Philippe GRELARD
Agence France-Presse

J’veux un chien, morceau fuselé pour les clubs — quand ils rouvriront — joue ainsi sur des doubles sens qui ne font que surligner le droit à disposer de son corps, sans carcan ni jugement.

« On a toujours brouillé un peu les pistes, avec de l’humour, des choses crues, pour faire passer des messages dans une chanson qui peut sembler un peu légère », brosse pour l’AFP la chanteuse qui a bâti une solide carrière depuis 15 ans aux côtés de son compagnon et architecte du son GrandMarnier.

Les clips qui escortent ses singles distillent aussi cette figure de l’héroïne, hiératique, dans un univers visuel singulier peaufiné au fil du temps. La Bretonne (qui vit toujours à Saint-Brieuc) évolue désormais dans des « tenues de combat », comme elle le dit, avec visage apparent dans une cagoule surmontant un apparat futuriste.

« Depuis le début, il y a toujours eu un peu ça, comme ces moments où, dans les festivals, on avait peu de temps pour conquérir les gens, j’étais un peu en mode guerrière », commence-t-elle par décrypter. « Et je reste aussi une fille d’une époque où il faut aller au front, où ce n’est pas si simple de revendiquer sa liberté, de parler de sexualité », ajoute-t-elle.

Elle raconte avoir « été chanceuse », avoir échappé « à des situations déplaisantes », alors que la parole commence à se libérer dans le monde de la musique face aux agressions sexuelles et autres abus.

« Sorte d’aristocratie »

CAPTURE D’ÉCRAN

L’ère du verseau de Yelle

Pour en revenir à la garde-robe, c’est griffé Pierre Alexis Hermet, ancien designer chez Thierry Mugler, qui trouve ici une collaboration « inspirante ». « Julie (vrai prénom de Yelle) est sensuelle, audacieuse, jamais vulgaire, avec une sorte d’aristocratie dans le visage et elle comprend le vêtement », dit-il à l’AFP.

C’est à lui qu’on doit aussi le manteau-couette du clip de Vue d’en face (avec Nicolas Maury, acteur de Dix % et de son propre long métrage Garçon chiffon), vêtement-accessoire qui fait actuellement le buzz sur les réseaux sociaux. De même que les kimonos de Je t’aime encore (vidéo signée du documentariste de mode Loïc Prigent) et de Karaté, chanson sur les harceleurs cachés derrière leurs écrans.

La violence numérique, Yelle connaît bien avec les commentaires misogynes et dégradants essuyés pour avoir caricaturé un musicien en dessous de la ceinture (« avec ton petit sexe entouré de poils roux ») dans une célèbre chanson-clash des années 2000 (Je veux te voir). « J’ai arrêté de lire les commentaires en dessous des vidéos sur YouTube », confie-t-elle.

« Se mettre un peu à nue »

Mais la trentenaire a bien senti aujourd’hui au travers d’autres retours que son album (sorti à l’automne chez Recreation center/Pias) a comblé une attente des fans et surtout « touché des gens qui ne l’étaient pas avant où qu’on avait perdu en route ».

Une relation avec la France sur courant alternatif encapsulée dans Je t’aime encore, tirade adressée à ce pays qui ne l’a pas toujours comprise, voire enfermée dans la case de lointains succès délavés. Yelle fut trop longtemps associée dans l’imaginaire à Michaël Youn avec qui elle chantait sur Parle à ma main, ou aux vagues musicales éphémères tecktonik/fluokids. Alors qu’elle croulait sous les invitations des festivals en vogue à l’étranger, comme Coachella en Californie.

Mais la donne a changé. « L’ère du verseau [séquence astrologique censée être harmonieuse] est un album un peu plus sombre, plus mélancolique, plus âpre que les précédents, retrace-t-elle. Accepter ses failles, ses doutes, se mettre un peu à nue, permet une meilleure acceptation de soi et d’aller vers les autres ».