(Paris) Grand Corps Malade sort ce vendredi Pas essentiel, chanson-écho au « sentiment amer, d’injustice » du monde de la culture, comme il le dit à l’AFP : « être catalogué pas essentiel, c’est comme une gifle ».

Philippe GRELARD
Agence France-Presse

Q : Ce titre sort le lendemain des annonces gouvernementales sur la fermeture prolongée des lieux culturels…

R : « On l’a fait il y a une dizaine jours, on avait choisi de le sortir le vendredi 11 décembre, on ne savait pas que ça tomberait si bien et on aurait d’ailleurs préféré que ça ne tombe pas si bien… »

Q : Le terme « non essentiel » vous a fait mal ?

R : « C’est un peu violent, pour le moins maladroit de séparer ce qui est soi-disant essentiel de ce qui ne serait pas essentiel. Est-ce qu’un magasin de chaussures est plus essentiel qu’un théâtre ou qu’un cinéma ? En tout cas le magasin de chaussures, lui, il est ouvert. C’est clivant comme terme. Être catalogué pas essentiel, c’est comme une gifle. Beaucoup de gens, pas seulement moi ou les professionnels de la culture, sont persuadés que la culture est au contraire essentielle pour le moral, l’humeur, la créativité. Le monde de la culture a un sentiment amer, d’injustice ».

Q : L’absence de la ministre de la Culture lors des annonces jeudi est un mauvais signe ?

R : « Je trouve un peu étrange que la ministre de la Culture ne soit pas présente jeudi soir. La prolongation de la fermeture des lieux de culture, c’était la mesure phare, on ne parle que de ça depuis ».

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE GRAND CORPS MALADE

Pas essentiel de Grand Corps Malade

Q : Paradoxalement, Pas essentiel est un morceau dansant…

R : « Oui, le morceau joue sur mon amertume de voir beaucoup de choses — y compris moi — cataloguées non essentielles. Mais c’est un morceau festif, car on ne voulait pas rajouter à la morosité. Le but, c’est aussi de dire “on va s’en sortir”. La référence à Street Dance (morceau du groupe Break Machine, 1984) c’est un clin d’œil aux débuts du hip-hop — on disait le smurf à l’époque : c’est une culture qui émergeait à l’air libre, dans la rue, dans le clip on voyait des gars mettre un bout de carton par terre pour y faire des figures. On espère qu’on pourra de nouveau chanter et danser à l’air libre ».

Q : Les musiques actuelles souffrent particulièrement : même en vue d’un futur déconfinement, les concerts debout risquent d’être toujours interdits…

R : « Il y a de grosses inquiétudes : quand est-ce que ça va reprendre ? Mais je ne suis pas là pour critiquer le gouvernement, je ne dis pas que je serais mieux placé pour prendre des décisions, loin de là. Même les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux. Mais c’est vrai que dans les musiques actuelles, on repousse sans cesse nos dates de concerts. Là, j’ai prévu une tournée des Zénith (et autres grandes salles, pour défendre son album Mesdames), mais ça ne sera pas avant novembre 2021… »

Q : Pas essentiel s’est affiché au fronton de L’Olympia…

R : « C’est pour notre clip qu’on espère sortir rapidement : on avait demandé à L’Olympia, ils ont écouté la chanson, ils l’ont validé et ils ont mis cette inscription sur leur fronton pendant 24 h. Ça a fait le buzz et j’ai vu que même le Bataclan avait mis cette inscription sur son fronton. Ce serait bien que d’autres salles reprennent ce slogan en signe de protestation ».