Poésie, slam, spectacle, roman : David Goudreault est sur de nombreux fronts depuis quelques années. Pas étonnant donc de le voir rebondir avec un album — son quatrième en carrière. Sur des rythmes hip-hop et des mélodies qui transportent, le slameur y psalmodie à sa manière très frontale ses mots qui claquent et ses rimes qui réveillent.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Réalisé par Manu Militari et Goudreault lui-même, Le nouveau matériel réunit beaucoup de collaborateurs de qualité, dont Alex McMahon aux compositions, Ariane Moffatt, Florence K et Luce Dufault aux voix et Louis-Jean Cormier aux deux. Mais c’est le souffle et l’intention du chanteur qui forment le cœur de cet album aux textes riches et explosifs, remplis de détournements de mots et de sens, et qu’on ne peut pas écouter d’une oreille distraite si on veut l’apprécier à sa juste valeur.

D’autant qu’une certaine lourdeur se dégage de l’ensemble. L’ambiance est grave et les sujets sont à l’avenant sur Le nouveau matériel : maladie mentale, intimidation, solitude, pression sociale, indifférence, David Goudreault en a long à dire sur le monde qui l’entoure, et ce monde ne lui inspire pas beaucoup de légèreté.

Extrait de Pleurer des soleils, de David Goudreault et Louis-Jean Cormier

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Au fil de ces pièces où la lumière arrive à filtrer quand même parfois, on cherche en vain l’humour qui caractérise Goudreault en spectacle, mais aussi dans ses romans. Ce qui ne le rend pas moins pertinent, bien sûr, ni moins percutant. Mais on ne ressort pas de cet album avec l’impression de s’être fait bercer, plutôt de s’être fait brasser. Qu’il soit incandescent dans Avril et Grands départs (avec Manu Militari), bouillant sur Mental malade (avec Florence K) et Battre mon cœur, ou touché par la grâce dans Être été et Pleurer des soleils (avec Louis-Jean Cormier), ce qui est sûr, c’est que David Goudreault ne relâche jamais l’intensité.

Mais s’il n’y avait qu’une seule raison pour que Le nouveau matériel existe, ce serait pour sa version définitive de J’en appelle à la poésie, texte phare de Goudreault écrit en hommage aux poètes d’ici, qu’il récite dans ses spectacles depuis des années.

IMAGE FOURNIE PAR PRODUCTIONS GRANDE PLUME

Le nouveau matériel, de David Goudreault

Placée sur une musique d’Antoine Gratton et d’Alex McMahon, soutenue par le quatuor à cordes Esca, cette ode irradie encore plus de passion pour la poésie sous toutes ses formes, et on rêve maintenant qu’elle soit diffusée partout : dans les écoles, les cafétérias d’entreprise, les centres commerciaux, les transports en commun, partout où la graine de la poésie pourrait être semée grâce aux mots vibrants de Goudreault, faire germer un intérêt, une curiosité, un désir d’aller lire Roland Giguère, Marie Uguay, Hélène Monette, Joséphine Bacon ou Rodney Saint-Éloi.

C’est là toute la force de passeur de David Goudreault, et la raison pour laquelle il est si essentiel. Pour ça, ainsi que pour sa manière de rendre la langue aussi vivante que puissante et son combat incessant contre l’apathie, on ne le remerciera jamais assez.

★★★½

Slam. Le nouveau matériel. David Goudreault. Productions Grande Plume.