La parution de l’album Histoires sans paroles ce vendredi fait figure d’évènement. Enregistré à la Maison symphonique par 70 musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal dans des arrangements neufs imaginés par Simon Leclerc sous l’œil attentif de Serge Fiori,cet album double tient-il ses promesses ? Oui et… oui ! écrivent nos critiques Alexandre Vigneault et Jean-Christophe Laurence, bien que le second ait des réserves.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Monumental ★★★★½

Réenregistrer l’intégrale d’Harmonium en version symphonique ? L’idée était ambitieuse, mais elle avait du sens : la musique du mythique groupe québécois tire en effet sa grandeur de ses arrangements riches et de la finesse de son exécution.

Histoires sans paroles, c’est toutefois bien plus qu’une relecture orchestrale des trois albums du groupe : c’est une réécriture totale, une traduction complète en langage symphonique. Sans compromis et, comme le titre l’indique, sans paroles.

La transposition orchestrée par le maestro Simon Leclerc a en effet été amputée de la voix de Serge Fiori et de tous les textes. Il y a bien des voix sur ces musiques, des chœurs, mais ils ne portent que des mélodies et pas forcément les parties chantées.

Que reste-t-il d’Harmonium après ça ? Tout. Son essence. Son envergure. Ses mélodies fortes. Son caractère envoûtant. Simon Leclerc et les 70 musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) qui ont participé au projet ont fait un travail absolument magnifique.

Histoires sans paroles, il faut le préciser, ne ressemble en rien aux « concerts pop » de l’OSM, où les chansons pop, rap ou rock sont gonflées, de manière plus ou moins artificielle, selon les répertoires, d’arrangements orchestraux. Le projet ressemble davantage à la transposition – superbe, insistons – d’un grand roman au grand écran.

L’une des grandes réussites de Simon Leclerc est la manière dont il a transposé le phrasé de Serge Fiori et l’a distribué à divers instruments, au fil des chansons, multipliant ainsi, à travers une variété de timbres, la portée émotive de mélodies autrefois chantées. Il rend aussi magnifiquement le mouvement, la respiration des chansons, sans pour autant rester collé aux rythmiques originelles.

Histoires sans paroles, coréalisé par Serge Fiori, c’est de la grande musique. Une envolée de plus de deux heures pendant lesquelles on se laisse bercer par un étrange et très agréable sentiment : tout semble neuf et familier à la fois.

— Alexandre Vigneault, La Presse

★★★★½
Instrumental
Histoires sans paroles – Harmonium symphonique
Simon Leclerc et l’Orchestre symphonique de Montréal
GSI Musique

Harmoni-hum… ★★★½

IMAGE TIRÉE DU SITE INTERNET HARMONIUM SYMPHONIQUE

La pochette de l’album double Histoires sans paroles — Harmonium symphonique arbore une reproduction de la toile Le Jacob-Chatou, de Jean Paul Riopelle.

Pour être beau, c’est beau. Il y a des violons, des hautbois, des chœurs, des timbales, tout un orchestre symphonique pour revisiter l’œuvre d’Harmonium.

Était-ce essentiel ? C’est une autre question.

Le projet était ambitieux. Les 25 chansons du groupe ont été adaptées avec goût par le maestro Simon Leclerc et l’OSM. Des nuances, une approche contrastée entre intimité et grandiloquence. Du pastel, de l’aquarelle, des touches de Vert, un peu de rose fuchsia, du rouge pompier pour les séquences flamboyantes. La palette est large.

Pour faire simple, disons que le résultat se situe quelque part entre le classico-classique et la musique de film à la John Williams. Dans les séquences plus musclées, on a presque l’impression d’une rencontre entre Serge Fiori et Darth Vader (on n’aurait jamais pensé mettre ces deux noms dans une même phrase !).

Indéniablement, cette version symphonique a été produite avec amour. Tout fan d’Harmonium y trouvera son moment.

Mais au-delà de ses belles qualités, l’exercice apparaît aussi comme une « novelty », c’est-à-dire une curiosité, à ranger au même rayon que les Beatles en grégorien ou les chansons de Nirvana revues par un groupe de dixieland japonais.

On se l’offrira à Noël. On le dégustera à petites doses, parce que le plat est assez riche. Mais après ? Une fois passé l’effet de nouveauté ?

Au fond, il y a peut-être des limites à revisiter l’œuvre d’Harmonium. Après la (très mauvaise) série télé, les divers hommages sur scène et en CD, le remix (contestable) de L’Heptade XL et maintenant cette adaptation symphonique, à quelle sauce mangera-t-on le groupe la prochaine fois ? Harmonium en allemand ? En reggae ? Avec des verres de cristal ?

C’est tout le problème d’un groupe qui n’a sorti que trois albums entre 1974 et 1976 (on exclut le disque en tournée) et ne peut répondre à la demande d’un public insatiable. Il y a tellement peu de stock à se mettre sous la dent qu’on est prêts à toutes les bizarreries pour en avoir un peu plus.

En ce qui nous concerne, on préférerait de nouvelles chansons.

— Jean-Christophe Laurence, La Presse

★★★½
Instrumental
Histoires sans paroles – Harmonium symphonique
Simon Leclerc et l’Orchestre symphonique de Montréal
GSI Musique