L’auteure-compositrice-interprète lance le premier volume de ses archives. Inédits, découvertes, diamants bruts…

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Il y a cinq ans, Barry Bowman a retrouvé par miracle une boîte de vieilles bandes et cassettes qu’il conservait depuis les années 60.

L’ancien DJ n’en a pas cru ses yeux – ni ses oreilles, d’ailleurs. Au fond de cette boîte se trouvaient des enregistrements d’une certaine Joni Anderson, qu’il croyait avoir perdus depuis longtemps.

La séance datait de l’été 1963, alors qu’il était DJ de nuit à la station CFQC 600 de Saskatoon, en Saskatchewan.

La jeune chanteuse de 18 ans – qui ne s’appelait pas encore Mitchell à l’époque – avait enregistré une poignée de chansons folk traditionnelles, comme House of the Rising Sun, Tell Old Bill et Fare Thee Well (Dink’s Song). Elle était repartie avec deux exemplaires, et Bowman avait conservé l’original. Ils se sont perdus de vue, et la suite, comme on dit, appartient à l’Histoire.

Si on en parle, c’est que ces précieux enregistrements, première trace sonore connue de la chanteuse canadienne, sont à la base du coffret Joni Mitchell Archives Volume 1 – The Early Years (1963-1967), qui vient tout juste d’être lancé.

Grosse sortie, en vérité. Car cette collection de cinq CD ne compte pas moins de six heures de musique rarement, sinon jamais entendue, avec en vrac des démos, des enregistrements home made, des concerts et des passages à la radio. Les 119 morceaux préfigurent le premier album de l’auteure-compositrice-interprète canadienne, sorti en 1968 (Song to a Seagull).

Il y a un véritable plaisir à entendre des versions embryonnaires de The Circle Game, Both Sides Now, Morning Morgantown ou Little Green, qui deviendront des classiques du répertoire de Joni Mitchell première époque.

Mais on insistera surtout sur la trentaine d’inédits qui donnent au coffret sa valeur absolue. Certains circulaient déjà sous le manteau, d’autres sont publiés pour la première fois. Du lot, une poignée de titres enregistrés pour sa maman en 1965, sa toute première composition (Day After Day), une reprise obscure du Sugar Mountain de Neil Young et, bien sûr, ces enregistrements de l’été 1963, à Saskatoon. Tous ces morceaux racontent une partie de l’histoire qu’on ne connaissait pas, ou peu.

Écoutez un extrait de Day After Day

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Évidemment, tout cela s’adresse d’abord aux fans et aux historiens de la pop, qui seront ravis de remonter aux sources de Joni Mitchell. Mais l’intérêt peut dépasser le cercle des initiés.

Il y a quelque chose de fascinant à revivre les premiers pas d’une artiste qui est en train de trouver sa voix (voie). On peut entendre les premières influences (Buffy Sainte-Marie ? Joan Baez ? Mary Travers ? ), cette façon si singulière de chanter et d’accorder la guitare. Déjà, Joni Mitchell n’était pas une folkeuse comme les autres. Elle avait ce truc à elle. L’avenir le prouvera puisqu’elle deviendra l’une des plus grandes auteures-compositrices-interprètes de son temps.

Soulignons la longue entrevue menée par le journaliste et cinéaste Cameron Crowe, publiée dans le livret. Joni Mitchell ne se confie pas souvent, et encore moins après avoir subi ce terrible anévrisme en 2015, qui lui a bouffé une partie de son élocution et sa capacité de marcher.

L’échange est éclairant. Et permet de comprendre comment Mitchell, auteure-compositrice en devenir, s’est construite artistiquement pendant ces années déterminantes, entre Detroit, New York, Philadelphie, Calgary et Saskatoon. Vivement le deuxième volume.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE INSTAGRAM NEIL YOUNG ARCHIVES

Neil Young en spectacle au club The Roxy en septembre 1973

Vieillir, rajeunir

Coïncidence ? Le deuxième volume des archives de Neil Young sort aussi cette semaine, et ce n’est pas une petite affaire.

Imaginez, cet imposant coffret contient 10 CD et 131 chansons ! Cette abondance se comprend, puisque les années concernées (1972-1976) correspondent à l’une des périodes les plus riches du Canadien errant.

Neil Young est alors sur la lancée de Harvest. C’est la veine créative. En quatre ans, il va enregistrer trois albums qui feront date (On the Beach, Tonight’s the Night, Zuma), jeter un disque complet aux orties (Homegrown, enregistré en 1975 mais exhumé en juin dernier) et mettre de côté des dizaines de morceaux qui ne trouvaient pas leur place sur les disques, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Ces morceaux resteront au placard jusqu’à aujourd’hui.

Comme dans tout travail d’archives, il y a ici quelques découvertes à faire, dont une douzaine d’inédits et une cinquantaine de versions rarissimes de chansons connues. La très belle Letter From Nam, un folk plaintif typique de Neil Young, ouvre le bal. Le tout se termine quatre ans et 131 chansons plus tard, avec un concert du Crazy Horse au Japon. Autant dire qu’il y a de quoi se nourrir les oreilles pendant de longs mois de confinement, et même après.

Mention particulière aux fans, qui ont été très patients. Ce deuxième volume paraît pas moins de 11 ans après le premier coffret paru en 2009. Il était tellement attendu que les 3000 exemplaires se sont vendus en 48 heures ! Une réédition est déjà prévue pour le mois de mars 2021. Mais on peut aussi se taper la totale sur le site officiel du chanteur, moyennant abonnement.

Young, 72 ans, lance également ces jours-ci un CD/DVD du spectacle Return to Greendale, adaptation en « musical » de l’album Greendale, paru en 2003. À venir également d’ici quelques mois : une réédition 50e anniversaire de After the Goldrush, que plusieurs considèrent comme son meilleur album. Young vieillit, Young rajeunit.

PHOTO FOURNIE PAR LA MAISON DE DISQUES

Joni Mitchell Archives Volume 1 – The Early Years (1963-1967)

Joni Mitchell

Archives Volume 1 – The Early Years (1963-1967)

Rhino/Warner

PHOTO FOURNIE PAR LA MAISON DE DISQUE

Neil Young Archives Vol. II (1972-1976)

Neil Young

Archives Vol. II (1972-1976)

Reprise/Warner