(Paris) Surdité du chanteur, nouveau décès d’un pilier du groupe, batteur inquiété par la justice : on ne donnait pas cher d’AC/DC, mais les revoilà avec un album profilé pour les stades, quand les concerts reprendront.

Philippe GRELARD Agence France-Presse

On parle souvent dans le rock de la mythologie du club des 27, âge auquel sont morts Janis Joplin, Amy Winehouse, Jim Morrison, Jimi Hendrix, Kurt Cobain, etc. Pour AC/DC, il faudrait presque parler d’un club de survivants des 72, puisque ses membres gravitent autour de la barre des 70 ans. Le guitar-hero Angus Young a 65 ans, le chanteur Brian Johnson, 73.

Combien de groupes auraient pu résister à tant d’épreuves ? Le premier chanteur, Bon Scott est mort en 1980, et Malcolm Young — guitariste et cofondateur en 1973 du gang avec son frère Angus (des Écossais installés en Australie) — est décédé en 2017.

« Parmi les grands groupes internationaux, il n’y a que les Rolling Stones qui sortent des disques et tournent encore autant après la perte d’un membre clé, Brian Jones (multi-instrumentiste de génie, mort en 1969, à 27 ans).

Queen n’a jamais pu trouver l’équivalent de Freddie Mercury, alors qu’AC/DC trouve tout de suite un autre chanteur aussi bon que Bon Scott avec Brian Johnson », dissèque pour l’AFP Christian Eudeline, rédacteur en chef du bimestriel Vinyle & Audio.

« Comme sur le Titanic »

Dans une vidéo sur le site officiel d’AC/DC (nom en référence au courant alternatif, mais aussi « à voile et à vapeur » en argot), Angus Young présente ainsi le nouvel opus après la mort de son frère : « Le groupe, c’était le bébé, la vie de “Mal” (Malcolm), c’était lui qui nous poussait toujours à continuer. Il disait toujours, être un musicien, c’est être un peu comme sur le Titanic, le groupe continue à jouer quoiqu’il arrive au bateau ».

Et AC/DC a déjà prouvé qu’il était du genre insubmersible. Le premier disque avec Brian Johnson, Back in Black (1980) a été vendu à plus de 50 millions d’exemplaires. On y trouve des standards comme Hells Bells, à la hauteur du séminal Highway to Hell (1979).

Outre la mort de Malcolm, ces dernières années ont été jalonnées par les coups du sort. Brian Johnson a dû quitter le navire pour un début de surdité, remplacé un temps sur scène par le leader des Guns N’Roses, Axl Rose.

Johnson, avec un équipement auditif dernier cri, est aujourd’hui de retour, de même que le batteur Phil Rudd, qui fut miné par les dépendances puis soupçonné d’avoir commandité un assassinat en Nouvelle-Zélande (où il réside), avant d’être blanchi.

« Pour l’éclate »

Voilà donc le noyau dur à nouveau réuni, pour Pwr Up — soit « Power up » — qui sort ce vendredi chez Columbia/Sony.

Le résultat ne décevra pas les fans. Le morceau d’ouverture Realize a du coffre avec des gimmicks vocaux à la Thunderstruck — un classique du groupe — tandis que System Down accroche avec ses riffs lourds et un solo qui permettra à Angus de se faire plaisir en concert.

« Ils font le job, et c’est clair qu’ils ne le font pas pour le pognon —après 200 millions d’albums vendus — mais pour l’éclate, sur scène, où ils attirent aujourd’hui trois générations, décrypte Christian Eudeline.

Aux États-Unis, à l’entrée de leurs concerts, on trouve toujours les ligues de vertu avec les pancartes « C’est la musique de Satan, n’y allez pas » et à côté les gens qui achètent les petites cornes du diable en plastique.

Angus pose en effet sur la pochette d’Highway to Hell avec des cornes de diablotin, trouvaille inspirée toujours exploitée 40 ans après par le marchandisage autour du groupe.