Exceptionnellement cette année – peut-il en être autrement ? –, c’est un Premier Gala de l’ADISQ préenregistré et sans public qu’animait Pierre Lapointe mercredi soir. Les Cowboys Fringants ont remporté trois prix, alors que Marie-Pierre Arthur et Patrick Watson en ont obtenu deux. Mais ce n’est pas fini : le gala principal, animé par Louis-José Houde, aura lieu en direct dimanche soir.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

À moins d’un important revirement de situation, Les Cowboys Fringants devraient être les grands gagnants des galas de l’ADISQ de 2020 – année si difficile pour l’industrie de la musique.

Mercredi soir, au Premier Gala de l’ADISQ, ils ont remporté trois trophées Félix (album rock de l’année pour Les antipodes, album le plus vendu et meilleur clip pour leur hymne L’Amérique pleure).

C’est notre 10e album en 25 ans de carrière, cela nous fait chaud au cœur », a dit Marie-Annick Lépine. « Merci d’acheter la musique québécoise », a ajouté le bassiste Jérôme Dupras.

Patrick Watson a également remporté deux prix, soit ceux du meilleur spectacle et du meilleur opus anglophone pour Wave.

C’est à Marie-Pierre Arthur qu’est revenu le prix du meilleur album selon le choix de la critique pour Les feux pour voir, ainsi que celui de l’album alternatif de l’année.

Des prix qui viennent « donner une vie » à son album sorti en janvier dernier, puisqu’il n’a pas donné lieu aux spectacles prévus. « Un honneur », a-t-elle dit.

Repenser tout

Pour reprendre les mots de l’animateur Pierre Lapointe, c’était un « gala complètement repensé pour célébrer une année pas comme les autres ».

Même si le Premier Gala de l’ADISQ était préenregistré, Pierre Lapointe ignorait lors du tournage les noms des 21 lauréats. Pour tous les artistes en lice, il a tourné un segment où il les a proclamés gagnants. Toutes les personnes nommées ont aussi enregistré un message de remerciements au cas où… puis tout s’est joué au montage.

Cela a permis une ouverture avec des « bonjours » de la maison de nombreux artistes nommés. A suivi une prestation de Salebarbes (formé de Jonathan et Éloi Painchaud, Kevin McIntyre, George Belliveau et Jean-François Breau) avec sa chanson fougueuse et rassembleuse Bayou noir, suivie des flamboyantes rockeuses du trio Hay Babies.

Dominique Fils-Aimé et Roxane Bruneau ont rejoint Pierre Lapointe pour présenter plusieurs catégories. Nous y reviendrons, mais cela faisait partie des nombreuses astuces de réalisation qui ont permis de camoufler l’absence de public et des artistes nommés.

Les prestations ont été filmées au Corona et à la Place des Arts. Nous avons aimé le duo de feu country de Cindy Bédard et Matt Lang (quelles voix nashvillesques). Le flow des membres de Nomadic Massive. Espérons que – comme nous – les prestations de mercredi soir permettront au public de découvrir le rap aux courbes pop assumées de Miro. Il était en plateau double avec la rappeuse Sarahmée (en feu, comme toujours).

Nomadic Massive

Le moment le plus touchant ? Les voix féminines du collectif Nikamu Mamuitun (créé par Alan Côté et Florent Vollant pour réunir des artistes autochtones et allochtones).

Le moment bonbon ? FouKi et Alicia Moffet en duo sur leur tube Ciel.

21 Félix remis

Le Premier Gala a aussi couronné mercredi Isabelle Boulay (album de réinterprétation), Patrick Norman (country), le trompettiste Jacques Kuba Séguin (jazz), Salebarbes (traditionnel), Zal Sissokho (musiques du monde), ainsi que l’humoriste Sam Breton (meilleur spectacle d’humour) et Arthur L’aventurier (album ou DVD de jeunesse).

Après son sacre l’an dernier, Alexandra Strélinski a mérité le Félix de l’artiste ayant le plus rayonné au-delà du Québec.

La récompense du meilleur album instrumental est allée à Gregory Charles pour LEN (même si Flore Laurentienne est nommé dans trois autres catégories de pointe).

Dans les catégories de musique classique, les Félix des albums de l’année ont été remis à Angèle Dubeau & La Pietà pour Pulsations (orchestre et grand ensemble) et à Charles Richard-Hamelin pour Chopin : Ballades et Impromptus (soliste et petit ensemble). Il s’agissait respectivement de leur 18e et 5e Félix en carrière. Impressionnant !

Angèle Dubeau est par ailleurs l'artiste qui a obtenu le plus grand nombre de prix Félix en carrière.

Dans les catégories des meilleurs spectacles, il y a eu deux lauréates, soit Véronic Dicaire (catégorie interprète) ainsi qu’Elisapie (autres langues). Cette dernière a bien décrit le moment si privilégié où un artiste et son public « vibrent ensemble ».

« Une industrie à rebâtir »

À l’animation, Pierre Lapointe a accompli sa périlleuse mission avec brio. En ouverture, c’est avec des mots justes et percutants qu’il a décrit la dernière année. « Une parole se libère et on l’entend […], il n’y pas de retour en arrière possible », a-t-il dit par rapport à la vague de dénonciations de juillet dernier.

La musique aide à passer à travers les épreuves. […] Mon Dieu, elle nous fait du bien.

Pierre Lapointe

Or, « il y a une industrie à rebâtir ».

L’équipe de production a eu des idées habiles et ingénieuses pour pallier l’absence de public. Que ce soit la musique en arrière-plan ou les coprésentatrices, il y avait toujours quelque chose pour dynamiser l’animation.

Le Premier Gala aurait pu durer 90 minutes, mais avec 21 prix à remettre, c’était chose impossible.

À dimanche

Le Premier Gala avait lieu après celui de l’industrie. Ce dernier était animé pour la 15e année par Claudine Prévost. Généralement présenté hors d’ondes, il a pu être diffusé de façon virtuelle lundi dernier.

Prochain rendez-vous : dimanche soir avec Louis-Josée Houde, qui célébrera son 15e anniversaire à l’animation du Gala de l’ADISQ.