Un rendez-vous sur Zoom avec Jon Bon Jovi ? Cela n’arrive pas tous les jours. Notre journaliste a eu la chance de lui parler à l’occasion de la sortie de 2020, nouvel album du groupe Bon Jovi qui est sans doute le plus « social » de sa carrière. Et politique, même, quoi qu’en dise son parolier…

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

La Presse : Dans votre nouvelle chanson American Reckoning, vous parlez des émeutes qui ont suivi la mort de George Floyd et des États-Unis qui sont « en feu ». À quel moment de son processus de création l’album 2020 est-il devenu à ce point politique ?

Jon Bon Jovi : Je ne voulais pas tellement que l’album soit politique. Je voulais qu’il soit social. J’ai pris conscience qu’en ne me rangeant d’aucun côté, je pouvais témoigner de l’histoire. C’était important pour moi. Sur des chansons comme Lower the Flag ou American Reckoning, je ne voulais pas dire : ceci est mauvais et ceci est bon. Mon propos était davantage : voilà ce qui est arrivé, comment vous sentez-vous ? Un peu comme un journaliste qui ne veut que rapporter les faits et qui laisse aux gens le soin de se faire leur propre opinion.

Extrait d’American Reckoning

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LP : Sans la pandémie, 2020 aurait-il eu une aussi forte teneur sociale ?

JBJ : Quand nous sommes allés enregistrer une première série de chansons à Nashville, le titre de l’album est venu avec les six premiers morceaux. Pour être honnête, 2020 n’était à la base qu’un bumper sticker ou une bonne idée de t-shirt. L’année 2020 est une année politique, comme c’était le cas aussi quand nous avons écrit Have a Nice Day [en 2005]. Je ne pouvais prévoir tous les évènements qui allaient se produire dans l’année et demie qui a suivi. Tout cela m’a inspiré de nouvelles chansons où je me pose davantage en narrateur qui témoigne de l’histoire. Je me suis dit : « Retire des chansons d’amour de l’album et remplace-les par les nouvelles. » C’est pourquoi l’album est si unique.

Extrait de Do What You Can

La Presse : Vous avez écrit Do What You Can très rapidement au printemps dernier, au début de la pandémie. Racontez-nous.

JBJ : Quand la pandémie a commencé, j’étais dans mon appartement à New York et c’était encore normal de ne pas connaître ses voisins. Je regardais un match de basket et la NBA a annoncé qu’elle suspendait la saison. J’ai dit à ma femme : « Fais tes valises, on s’en va. » Nous sommes allés dans notre maison du New Jersey où nous avons trois cuisines collectives [avec l’organisme JBJ Soul Foundation]. Je faisais la vaisselle dans notre établissement principal et ma femme m’a pris en photo. Je voulais mettre en ligne cette photo pour faire savoir à la communauté que nous étions là pour elle. Ma femme a demandé quelle légende je voulais mettre et j’ai lancé : « If you can’t do what you do… do what you can. » Puis j’ai écrit la chanson. […] Jamais dans nos vies nous n’avons connu un moment de l’histoire comme cette pandémie, qui touche à ce point tout le monde. Quand j’ai diffusé le premier couplet et le refrain [le 22 mars sur Instagram], j’ai reçu tant de témoignages de partout dans le monde que j’ai compris que la chanson tapait dans le mille. Et ce qui pouvait ressembler à de la fiction est devenu réalité quand j’ai vu un navire avec une croix rouge remonter la rivière Hudson et des hôpitaux de fortune être aménagés dans Central Park…

IMAGE TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE JON BON JOVI

La photo qui a inspiré Do What You Can

La Presse : Pouvez-vous me parler de la chanson Beautiful Drug ?

JBJ : Honnêtement, cette chanson a dû être réécrite. C’était plus générique au départ, une chanson d’amour qui disait que l’amour est une belle drogue. Pendant la pandémie, un peu comme les Beatles avec All You Need Is Love, j’ai constaté que la chanson pouvait avoir une signification plus profonde avec l’idée qu’en attendant qu’un vaccin soit disponible, l’amour est plus fort que tout. Nous avons donc réécrit les couplets.

La Presse : Est-ce que le départ de Richie Sambora [ancien guitariste du groupe Bon Jovi] a changé quelque chose dans votre façon d’écrire des chansons ?

JBJ : Avec l’album This House Is Not for Sale, je devais faire un statement. La maison était le groupe. Les problèmes de consommation de Richie l’empêchaient de continuer… Les gens pensaient que c’était la fin du groupe, mais cela n’aurait pas été juste pour moi, pour David [Bryan] et pour Tico [Torres]. Bien sûr que nous allions continuer […] Il n’y a pas un jour qui passe où je ne souhaite pas que Richie soit à mes côtés. Mais son départ a contribué à faire de moi l’auteur-compositeur que je suis maintenant. Est-ce que j’aurais écrit les chansons de 2020 avec lui ? La COVID a aussi influencé mon écriture. Il y a du positif qui ressort des tourmentes.

La Presse : Comment vous sentez-vous par rapport à l’idée de ne pas savoir quand vous pourrez remonter sur scène, notamment au Centre Bell où vous avez fait tant de spectacles ?

JBJ : Nous adorons le Québec et j’ai tant de souvenirs à l’hôtel Le St-James. C’est dur de penser que les spectacles ne seront peut-être jamais comme avant. Est-ce que je pourrai encore me retrouver devant 20 000 personnes ? Faudra-t-il réduire la foule de moitié ? Pourrai-je toujours toucher les spectateurs ? Chose certaine, mes chansons ont toujours le pouvoir de toucher les gens.

IMAGE FOURNIE PAR UNIVERSAL

2020, de Bon Jovi

POP-ROCK. 2020 de Bon Jovi. Universal.