Il en a obtenu des Air Miles, Bobby Bazini, depuis qu’il a pris l’avion pour la première fois à l’âge de 19 ans, sur les ailes de sa pièce I Wonder. Avec son quatrième album studio, Move Away, il fait le bilan d’une carrière qui a décollé il y a 10 ans et qui l’a mené aux quatre coins du monde avec son amoureuse, Odessa.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

On retrouve Bobby Bazini place des Festivals, à Montréal, un mercredi nuageux du début du mois d’août. Un endroit – désert, ce jour-là – que le chanteur natif de Mont-Laurier affectionne.

C’est là, lors du Festival international de jazz de 2014, qu’il a donné son « plus gros show » à vie. « Ça faisait déjà quatre ans que j’avais sorti mon premier album, raconte-t-il, et je ne savais pas si les gens se présenteraient, j’étais tellement fébrile… » Pour la petite histoire, oui, le public a répondu à l’appel. Et il était bruyant.

L’auteur-compositeur-interprète anglophile, qui était à Montréal « pour la première fois » depuis son retour d’une tournée en Europe et au Moyen-Orient, le 12 mars, était visiblement heureux d’avoir une journée de promo noircie dans son agenda. Il était accompagné de sa douce moitié, Odessa Pagé, elle aussi contente d’avoir « mis le cadran » ce matin-là.

Bobby Bazini prend d’ailleurs le temps de la remercier dans son album. « Ça fait 12 ans qu’on est ensemble, nous dit le chanteur, donc elle a toujours été là, même avant le début de ma carrière. » Au fil des ans, Odessa a joué un rôle de plus en plus important dans sa carrière. Sur scène comme choriste, mais aussi comme directrice de tournée. Et même pour l’écriture des textes (Loosing Sleep sur cet album-ci).

En janvier dernier, Bobby Bazini a dévoilé deux titres de ce nouvel opus : Choose You, où il lui rend justement hommage, et Move Away, chanson-titre du nouveau recueil de 13 pièces qui devait être lancé en mai. Une chanson qui aborde le chemin qu’il a parcouru depuis 10 ans et sa soif de voyages. Des thèmes croisés, mais sur des ambiances musicales complètement différentes.

C’est d’ailleurs ce qui distingue ce quatrième album studio de ses prédécesseurs : son éclectisme. Et pour cause. Bobby Bazini a travaillé avec une dizaine de réalisateurs – dont Pedro Vito, Gizmo Varillas, Dan Bryer et Jake Gosling – et enregistré ses pièces dans une demi-douzaine de studios – de Londres à Montréal, en passant par Berlin, Los Angeles et Toronto. Avec un son assez distinct dans chacune des pièces.

« Ça a commencé avec des collaborations, mais finalement, chaque pièce a été écrite et enregistrée la même journée. J’en ai fait 60 ! Et puis j’ai choisi celles que je préférais », dit Bobby Bazini, qui voulait garder ses influences soul et gospel, mais rendre le tout un peu plus moderne, plus pop aussi.

Sa collaboration avec le Brésilien Pedro Vito a été fructueuse, le guitariste sud-américain ayant réalisé et joué sur quatre des nouvelles pièces du Québécois, dont la pièce-titre.

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« Ça a tout de suite cliqué avec Pedro, nous dit Bobby Bazini, qui a coécrit la pièce avec lui. Ça me prend souvent une chanson pour commencer un nouvel album. Après, je suis cette trajectoire. C’est un peu ce qui s’est passé avec Move Away, tant dans le propos que dans le son. Il m’a aussi amené à chanter un peu plus bas, dans celle-là, mais aussi dans Some & Others. Les pièces qu’on a faites ensemble sont très centrées sur les textes. »

Bobby Bazini dit s’être laissé influencer par Leonard Cohen, « dans sa façon de livrer ses histoires ». « J’ai beaucoup écouté les pièces de l’album You Want It Darker, qui est quand même assez moderne dans ses arrangements, nous dit-il. J’ai aussi beaucoup écouté Michael Kiwanuka et la pièce Inner City Blues, de Marvin Gaye. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Bobby Bazini a travaillé avec une dizaine de réalisateurs sur cet album où les ambiances sonores varient d’une pièce à l’autre.

La petite touche de modernisme qu’il a voulu insuffler à ce nouvel album passe notamment par un travail de recherche qu’il a fait à l’ordinateur.

« On a commencé avec des beats montés à l’ordinateur, et on enregistrait par-dessus avec de vrais instruments, explique-t-il. Je n’avais jamais fait ça avant. Dans All of Me, que j’ai faite avec Jake Gosling, qui est plus dans la mouvance R&B/hip-hop et qui a travaillé avec Ed Sheeran à ses débuts, la batterie est synthétique, le son est plus pop. »

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Depuis son confinement à Sainte-Adèle, Bobby Bazini a redécouvert le plaisir d’être « chez soi ». « On a acheté une maison il y a quatre ans, mais on n’y était jamais, nous dit-il. Là, on a pu y passer du temps et vivre un peu plus tranquillement. Ça nous a fait du bien. J’ai aussi écrit beaucoup de nouvelles chansons et de poèmes, que j’ai même mis en musique. »

Bobby Bazini continue de chanter en anglais, langue dans laquelle il s’est toujours senti plus à l’aise pour écrire et interpréter. Il évoque toutefois, pour la première fois, la possibilité de chanter en français – une ou deux pièces dans un prochain album. La dernière strophe de Some & Others a d’ailleurs été adaptée en français (par Odessa), chose rare pour Bobby Bazini.

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D’ici à ce que Bobby Bazini reprenne sa tournée – le printemps prochain ? –, on pourra le voir le temps d’un spectacle à l’amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières, le 17 septembre. De petites performances en ligne pourraient être organisées d’ici là sur les réseaux sociaux, précise-t-il, question de « garder le contact » avec son public. « Heureusement qu’on a ça pour rester connectés », laisse-t-il tomber.

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