Black Is King, nouvel « album visuel » de Beyoncé, est un récit initiatique inspiré du Roi lion qui se veut un hommage à la diaspora noire. Pourquoi ce projet diffusé depuis vendredi sur Disney+ a-t-il suscité la controverse dès la publication de la bande-annonce ? Décryptage.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Beyoncé mise en scène

Trame narrative en pointillé, orgie de costumes et de numéros musicaux soigneusement chorégraphiés, transitions narrées sur un ton solennel, Black Is King ressemble d’abord à un long vidéoclip d’un peu moins de 90 minutes à la gloire de Beyoncé. Elle est en effet partout dans ce film : omniprésente devant la caméra, elle signe aussi la réalisation (avec Kwasi Fordjour) et les chansons. Elle apparaît par ailleurs plus d’une fois sous les traits d’une madone…

Racines africaines

Derrière cette opulence, la superstar cherche à mettre en valeur les racines de toutes les cultures noires et à rendre hommage aux cultures africaines qui ont nourri la diaspora. Black Is King s’articule autour de la destinée d’un jeune garçon qui, comme le petit roi lion, s’appelle Simba. Perdu après la mort de son père, il recouvre peu à peu sa force, son identité et sa fierté. Et c’est ça qui semble importer à Beyoncé : inciter les jeunes Noirs, filles et garçons, à prendre conscience de leurs racines, des cultures riches dont ils sont les héritiers et à se les réapproprier. En somme, le message se résume à ceci : il faut savoir d’où on vient pour savoir qui on est et où l’on va.

Vision simpliste ?

Dès la publication de sa bande-annonce, Black Is King a suscité des critiques, qui craignaient notamment que Beyoncé présente une vision édulcorée et simpliste de l’Afrique, reproche qui lui a d’ailleurs été fait plus d’une fois ces dernières années. La superstar a aussi été montrée du doigt pour des « emprunts » à des créateurs africains qu’elle ne se donnait pas la peine de citer. L’affiche de sa tournée Run II (avec son mari, Jay-Z) reprenait par exemple une scène du film sénégalais Touki Bouki, réalisé dans les années 70 par Djibril Diop Mambéty. Pour certains, tout cela relève de l’impérialisme, voire de l’appropriation culturelle.

Pop enracinée

Black Is King louvoie entre ces écueils. Sur le plan visuel, c’est riche – bien que souvent tape-à-l’œil –, et le film mêle avec élégance l’esthétique contemporaine et les références traditionnelles (coiffes serties de coquillages – cauris –, vêtements, coiffures, etc.), puis montre notamment des scènes croquées en Afrique et en Occident. Sur le plan musical, l’essentiel est pop au sens global du terme, mais ponctué de ponts musicaux évoquant les musiques de différents endroits du continent et, entre autres, de chants en zoulou (Afrique du Sud, notamment) ou en bambara (Mali, surtout). Ce n’est pas qu’un choix plastique. Ici, ces ancrages servent le propos de Beyoncé : The Guardian en a parlé vendredi comme d’une « chanson d’amour à la diaspora noire ».

Vedettes américaines et africaines

Beyoncé est bien entourée dans Black Is King : ses enfants, son mari, Jay-Z, l’ancienne Destiny’s Child Kelly Rowland, Childish Gambino et Pharrell Williams, entre autres. La superstar a aussi fait appel à plusieurs musiciens africains, surtout du Nigeria : Wizkid, Bankulli, Tekno et Tiwa Savage, créateurs qui n’ont parfois même pas 30 ans et qui ne donnent pas dans le folklore. Sur ce plan, on ne peut pas lui reprocher de ne pas tenter de construire un pont entre l’Amérique et l’Afrique d’aujourd’hui.

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Black Is King

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