La tempête des dénonciations qui secoue l’industrie de la musique au Québec ne s’est pas calmée dans la journée de vendredi. Le bassiste David Desrosiers a quitté le groupe Simple Plan. La boîte Bonsound a largué Yann Perreau. L’ADISQ a exclu Dare to Care Records de son association et Bernard Adamus de son gala. Quant à Alex Nevsky, il a pris les devants et fait son mea culpa pour des comportements du passé.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

La vague des dénonciations sur les réseaux sociaux atteint le milieu musical québécois comme un tsunami.

Après Bernard Adamus, c’est au tour de David Desrosiers, de Simple Plan, et de Yann Perreau d’être visés par des allégations de nature sexuelle sur les réseaux sociaux. Cela a déjà de lourdes conséquences sur leur carrière. Le premier a quitté son groupe alors que le deuxième s’est fait larguer par sa compagnie de disques.

Quant à Bernard Adamus – qui a reconnu ses torts –, il a été écarté du prochain gala de l’ADISQ.

Le conseil d’administration de l’ADISQ a aussi pris de façon unanime la décision d’exclure l’entreprise Dare to Care Records de son association « en raison de faits reprochés à son président et unique actionnaire, Éli Bissonnette ». Jeudi, rappelons-le, ce dernier s’est retiré de ses fonctions pour une durée indéterminée. Il s’est excusé d’avoir continué à travailler avec Bernard Adamus alors qu’il était au courant de rumeurs le concernant.

C’était une grosse décision à prendre. On ne peut pas se substituer aux tribunaux, mais quand des situations s’accumulent et que des faits sont admis, on ne peut pas faire l’autruche.

Solange Drouin, vice-présidente aux affaires publiques et directrice générale de l’ADISQ.

Le conseil d’administration de l’ADISQ n’hésitera pas à intervenir de façon similaire « si d’autres cas sont mis en lumière », fait-elle valoir. « On va regarder chaque cas. » Mme Drouin convient que l’industrie de la musique ne fait pas seulement face à des cas isolés. « On veut agir et on veut que les choses changent, dit-elle. Mais il faut rappeler qu’il y a plein d’artisans exemplaires. »

L’ADISQ offrira par ailleurs pour la première fois à l’automne une formation à l’intention de ses membres sur « l’éthique et la prévention des inconduites en milieu de travail ».

David Desrosiers et Yann Perreau

Vendredi matin, le bassiste David Desrosiers a annoncé qu’il quittait le groupe Simple Plan. Visé depuis quelques jours par des dénonciations sur les réseaux sociaux, il a publié un message sur Instagram où il a convenu avoir causé du tort à certaines femmes. Il s’est engagé à « aller chercher de l’aide professionnelle ». « Je suis vraiment désolé pour le tort que j’ai causé à ces femmes », a-t-il écrit.

Visé par des allégations de nature sexuelle publiées sur Instagram, Yann Perreau s’est quant à lui excusé vendredi après-midi « pour l’inconfort, la colère et la peine » qu’il a pu créer par certains comportements « déplacés ».

Le chanteur a indiqué qu’il allait prendre du recul et du repos. « Je vais réfléchir, demander de l’aide. Je vais prendre soin de ma famille et des gens qui m’entourent », a-t-il écrit dans un billet publié sur Instagram, promettant de prendre les mesures nécessaires pour ne pas répéter les erreurs du passé. Son label, Bonsound, s’était dissocié de lui plus tôt dans la journée.

Yann Perreau était un artiste phare de Bonsound. C’est aussi le label d’Elisapie, de Lisa LeBlanc, et de Milk & Bone ainsi que de Safia Nolin, qui a en quelque sorte amorcé la vague des dénonciations mercredi en accusant l’animatrice Maripier Morin de l’avoir harcelée sexuellement et de l’avoir violemment mordue lors d’une soirée dans un bar en mai 2018.

Dans son message, Bonsound s’est engagé à se dissocier de tout artiste ou collaborateur qui serait visé par des allégations d’agression et d’inconduite sexuelles.

Du côté de la maison de disques 7e Ciel, elle a cessé de représenter Obia Le Chef après avoir pris connaissance d’une allégation le visant. Au moment de publier, le rappeur n’avait pas réagi à celle-ci.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Alex Nevsky

Alex Nevsky : « Je m’excuse »

De son côté, le chanteur Alex Nevsky a fait son mea culpa dans un billet publié sur Instagram vendredi. Interpellé par courriel par une ancienne compagne mercredi, il dit avoir mis du temps à comprendre que la relation de deux ans qu’il avait eue avec elle était « abusive » et teintée de « coercition sexuelle ». « Je découvre comment, par ce que je croyais être de l’amour, j’ai fait et je fais encore parfois du chantage émotionnel, comment j’ai des attentes irréalistes face la sexualité dans un couple. […] Je m’excuse à toutes celles que j’ai pu blesser ou offenser par mes actes et mes mots. Je vous entends, je vous vois et je vous crois. » « Je découvre que je fais partie de la gang de ceux qui doivent changer. Qui doivent s’éduquer », a-t-il ajouté.

 — Avec la collaboration de Luc Boulanger et de Josée Lapointe, La Presse