Bernard Adamus s’est excusé et son label l’a largué, mais l’affaire est loin de se terminer là. Bien que le président fondateur de Dare to Care Records quitte temporairement ses fonctions en s’excusant, Cœur de pirate et Les sœurs Boulay rompent leur lien de gérance avec lui. Elles reprochent à Éli Bissonnette de ne pas avoir agi assez rapidement.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Éli Bissonnette, patron de Dare to Care Records et de Grosse Boîte, a annoncé sur Facebook jeudi qu’il se retirait temporairement de ses fonctions. La veille, le label avait mis fin à sa relation d’affaires avec Bernard Adamus à la suite des dénonciations dont le chanteur a fait l’objet sur les réseaux sociaux.

Plus tard dans la journée de jeudi, Les sœurs Boulay ont annoncé qu’elles quittaient le « noyau qui [les] a mises au monde professionnellement ». Ensuite, c’est nulle autre que Cœur de pirate qui a rompu ses liens de gérance avec Éli Bissonnette.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Éli Bissonnette, patron de Dare to Care Records et de Grosse Boîte, quitte temporairement ses fonctions.

C’était avant que ses 25 employés se dissocient de lui…

Mais récapitulons cette journée fort mouvementée dans l’industrie musicale du Québec.

Dans les 24 heures qui ont suivi la publication d’allégations visant Bernard Adamus, beaucoup d’internautes ont accusé Éli Bissonnette sur les réseaux sociaux d’avoir fermé les yeux trop longtemps sur les inconduites du chanteur.

Jeudi après-midi, le patron de Dare to Care Records et de son étiquette sœur Grosse Boîte (Cœur de pirate, Les sœurs Boulay, Émile Bilodeau, Jimmy Hunt) a confirmé, dans un long message sur Facebook (retiré depuis), qu’il était au courant des allégations d’inconduites concernant Bernard Adamus(1), qu’il représente depuis son premier album, Brun, sorti en 2009.

« Est-ce que j’ai pris la décision de continuer à travailler avec Bernard Adamus ? Oui, écrit-il. Est-ce que c’était une erreur ? Oui. Je la dénonce et l’assume. Je condamne toute forme de violence. »

J’aurais dû agir plus tôt, je m’en excuse. Je reconnais qu’en n’agissant pas, j’ai été complice de tout un système qui maintient les victimes dans le silence.

Extrait du message d’Éli Bissonnette publié sur Facebook

Dans son message, Éli Bissonnette s’excuse également d’avoir abusé de son autorité dans certaines situations. « Je réalise maintenant à quel point, vu mon statut, certains de mes agissements, remarques, relations n’étaient pas forcément d’égal à égal. »

Éli Bissonnette dit se retirer de ses fonctions pour une durée indéterminée par « respect pour les artistes et employés » de Dare to Care Records. Il semble aussi avoir retiré son profil sur Facebook.

Les sœurs Boulay puis Cœur de pirate

Dans un message publié sur Instagram quelques minutes après celui d’Éli Bissonnette, Stéphanie et Mélanie Boulay ont annoncé qu’elles mettaient fin à leur contrat avec Dare to Care Records et Grosse Boîte. « Nous quittons dès aujourd’hui l’équipe de gérance. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Les sœurs Boulay

« Sachez qu’on prend l’entière part du blâme qui nous revient et qu’on ne se cachera pas : on était au courant de certaines allégations inacceptables, ont-elles écrit. Avait-on eu accès à toute l’information ? Non. Mais a-t-on fait l’autruche par peur d’y perdre des plumes ? Oui. »

Plus tard, c’est Cœur de pirate — le plus grand succès de Dare to Care — qui a rompu ses liens de gérance avec celui qui a cru en son talent alors qu’elle n’avait que 18 ans.

PHOTO CHRISTOPHER KATSAROV, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Cœur de pirate

On a fait de grandes choses ensemble. Je suis directement liée à son succès et au succès de sa boîte. Mais mon travail, mes efforts, ma réussite ne devraient pas servir à nourrir le mal, les secrets, les abus de pouvoir.

Cœur de pirate dans un billet publié sur Instagram

« J’ai longtemps voulu croire en la personne qui a cru en moi et je me sens coupable de l’avoir fait, poursuit-elle dans son message. Un moment donné, ça suffit. En tant que personne qui a vécu des agressions sexuelles, je ne peux pas […] soutenir un système ancré dans un patriarcat toxique. »

Pour l’instant, on ignore si Cœur de pirate quitte également le label Dare to Care.

Quant aux sœurs Boulay, elles claquent la porte de Grosse Boîte pour la sortie de leur prochain album.

La suite ?

Éli Bissonnette en mène large dans l’industrie musicale du Québec. Il a longtemps été directeur de scrutin et membre du conseil d’administration de l’ADISQ, soit jusqu’en 2019. C’est lui qui a repéré le talent d’Émile Bilodeau, de Jimmy Hunt et de Tricot Machine, notamment.

Éli Bissonnette a fondé la maison de disques Dare to Care pour lancer l’album du groupe ska-punk Naked and Happy dont il faisait partie. Porté par le succès de Malajube, il a fondé en 2007 le label francophone Grosse Boîte.

Qui remplacera Éli Bissonnette à la tête de Dare to Care Records ? « On ne commentera pas la situation pour le moment », a répondu l’attachée de presse Justine A.-Lebrun.

L’unique actionnaire de l’entreprise

Les employés ont néanmoins écrit un texte sur Facebook en fin d’après-midi jeudi. « Nous sommes 25 humains bouleversés qui en ce moment ressentent la honte, la culpabilité, la colère, la tristesse et plein d’autres émotions que nous n’arrivons pas à nommer. »

Si l’équipe d’Éli Bissonnette se dissocie de lui et veut que sa boîte poursuive ses activités, ce dernier demeure l’unique actionnaire de l’entreprise. « Nous envisageons donc la voie de la médiation pour modifier notre structure afin d’assurer la continuité de nos opérations », indique-t-elle dans son message.

« À ce jour nous travaillons activement à définir ce que sera notre entreprise demain, font valoir les employés. Nos artistes et nos employés ont le droit de voir leurs projets et leur travail vivre sans être entachés par les erreurs de deux individus. »

> (1) Lisez l’article « Bernard Adamus présente ses excuses »