Si on était dans un livre, on serait du côté de l’élégance sans lendemain de Sagan. Si on était au cinéma, il faudrait peut-être davantage regarder du côté de Leos Carax, égérie noire des années 80. Il y a de tout ça dans ce neuvième album studio de Benjamin Biolay, dont la sortie sur fond de pandémie est un véritable évènement en France. Surtout que l’auteur-compositeur-interprète a été très présent là-bas pendant le confinement, diffusant tous les jours sur les réseaux sociaux ses interprétations guitare-voix de classiques de la chanson française, et prenant fortement position pour un meilleur soutien de la culture.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Inspiré par la culture de la F1 en général, et en particulier par le pilote français Jules Bianchi, mort dans un accident en 2015, Grand Prix est mené tambour battant. Avec un rock trépidant, très près justement du courant alternatif des années 80 de groupes comme New Order. Il a beau être ponctué çà et là par un peu de folk ou de bossa-nova, cet album fonce vers la ligne d’arrivée à fond de train.

Ce qui constitue son charme insidieux, c’est probablement le contraste entre cette effervescence et la mélancolie qui le porte de bout en bout, et qui colle aussi très bien à l’état d’esprit du moment. « Comment est ta peine ? / La mienne est comme ça/ Faut pas qu’on s’entraîne/ À toucher le bas/ Il faudrait qu’on apprenne/ À vivre avec ça », chante d’ailleurs Benjamin Biolay de sa voix très grave, souvent plus parlée que chantée, dans Comment est ta peine, chanson emblématique de cet album aux teintes noir foncé.

> Regardez le clip de la chanson Comment est ta peine ?

Désir réprimé, amours déçus, souvenirs nostalgiques, il faut le dire, Benjamin Biolay se la joue ici légèrement crooner. Oui, on est dans un monde légèrement suranné, mais écrit avec une telle fulgurante poésie — comme d’habitude, pourrait-on ajouter – à qu’on s’y laisse glisser avec délice, goûtant chaque phrase comme une gorgée de grand cru.

IMAGE TIRÉE DE L’INTERNET

Pochette de l’album Grand Prix

« Je ne crèverai pas tout seul/ Allongé dans la pénombre bleutée/ Délogé par toutes ces ombres floutées/ Et qui dansent un fol ballet », écrit-il aussi dans la chanson-titre. Avec Grand Prix, Benjamin Biolay démontre hors de tout doute qu’il reste le maître absolu de la poésie rock littéraire et désespérée. Et on en redemande.

★★★★

Chanson. Grand Prix, de Benjamin Biolay, Universal.