À la veille de sa participation au spectacle de la Saint-Jean, la musicienne et chanteuse Inuk, Élisapie Isaac, a lancé un véritable cri du cœur sur sa page Facebook.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Dans son message intitulé Très cher Québec, publié dimanche soir à l’occasion de la Journée nationale des peuples autochtones du Canada, le 21 juin, la chanteuse lance un appel aux Québécois de s’ouvrir à toute la diversité et la richesse des cultures autochtones. « Je suis née aux confins de ta terre, mais sais-tu que mes ancêtres t’ont vu naître ? Sais-tu combien de nations autochtones il y a sur « ton » territoire ? », écrit-elle dans sa publication partagée par près de 10 000 personnes lundi matin.

« Tu t’es battu pour que ta langue survive, à coup de lois, écrit-elle, plus loin. Pourquoi avez-vous essayé de tuer la mienne, les nôtres ? Tu me dis que je chante dans une autre langue, tu parles même parfois de musique du monde ? ? ? Pourtant notre musique appartient à ce territoire, celui sur lequel tu vis.

« Demain, tu me verras chanter pour ta Saint-Jean, dans toutes les télés ou presque, poursuit-elle. Je serai là en amie. J’ai encore tant de choses à apprendre de vous, de nous et même de moi-même. Mais je commence à m’impatienter. Tout le monde doit faire preuve de curiosité aujourd’hui. Tes enfants devraient apprendre à l’école à dire Nakurmiik, Kwei... »

Dans un passage très touchant, Élisapie rappelle un souvenir de son enfance. « Ma mère ne parlait ni le français ni l’anglais. Elle s’est battue pour que j’apprenne le français. Elle me faisait chanter Une colombe est partie en voyage, de Céline Dion, tous les soirs après l’école. Elle me faisait monter sur une chaise devant les amis et la famille. J’ai dévoré (Félix) Leclerc, suis tombée en amour avec la poésie de Desjardins et les chansons de Leloup. J’ai même flirté avec le trad. Pourquoi est-ce qu’aujourd’hui je me sens plus proche d’une Kim Thuy ou d’un Dany Laferrière ? Pourquoi ai-je le sentiment de venir d’ailleurs. D’être une déracinée chez moi. »

Son texte se termine sur cette note rassembleuse. « Le territoire nous unit et probablement la douleur que chacun de nous a vécue ces derniers siècles. Je veux simplement vous dire à quel point je vous aime, je nous aime ! »