En février dernier, Jacques Primeau a succédé à Jacques-André Dupont à titre de directeur général des trois festivals de l’Équipe Spectra, soit le Festival de jazz, les Francos et Montréal en lumière. Moins d’un mois après son entrée en poste, la pandémie a tout bouleversé. Rencontre avec celui qui s’est fait un nom comme imprésario de Rock et belles oreilles et qui est le père du Quartier des spectacles. Et qui refuse de baisser les bras.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Si la pandémie n’avait pas eu lieu, ce serait aujourd’hui la sixième journée des Francos de Montréal. « Chaque jour, je regarde la programmation et je me dis qu’aujourd’hui, j’aurais vu ci et ça. »

Pour profiter pleinement de son premier été à titre de directeur général des Francos et du Festival de jazz, Jacques Primeau s’était loué un condo en plein cœur du Quartier des spectacles. « Je voulais aller voir des shows tous les soirs. »

La pandémie en a décidé autrement.

Après avoir passé le début du confinement dans son chalet, Jacques Primeau a eu un choc quand il a remis les pieds au centre-ville pour la première fois.

Après un meeting à l’Astral pour voir comment faire des captations, je suis allé marcher. C’était tellement déprimant. Tout était fermé.

Jacques Primeau

Jacques Primeau est un peu le père — ou du moins l’un des idéateurs — du Quartier des spectacles. En septembre dernier, il a cédé à Monique Simard la présidence de son conseil d’administration après 15 ans de loyaux services.

Son entrée en poste

Avant de prendre la présidence de C2 International et de quitter Spectra, c’est Jacques-André Dupont qui a conseillé au Groupe CH — propriétaire de Spectra — de proposer à Jacques Primeau de le remplacer. « Quand on m’a convoqué, je n’avais aucune idée pourquoi. Je ne suis pas tombé de ma chaise, mais pas loin », raconte-t-il.

Jacques Primeau désirait rester à la tête de son agence (Les Productions Jacques K. Primeau) qui gère notamment les carrières de Guy A. Lepage et de Pénélope McQuade. Il a été nommé directeur général des trois festivals de Spectra, mais pas de l’ensemble de la boîte.

En chapeautant trois grands évènements qui animent le Quartier des spectacles, Jacques Primeau restait en quelque sorte à la maison.

Jacques Primeau est « un successeur naturel » à Jacques-André Dupont, nous disait le vice-président à la programmation de Spectra, Laurent Saulnier, lors de la conférence de presse de Montréal en lumière plus tôt cette année.

Il faut savoir que Jacques Primeau a longtemps eu son bureau dans les locaux de Spectra.

J’ai vu Alain Simard et André Ménard développer les festivals.

Jacques Primeau

Au cours de sa carrière, Jacques Primeau a aussi été président de l’ADISQ de 2000 à 2003. Il est l’imprésario de Rock et Belles oreilles depuis leurs débuts. Bref, il connaît très bien l’industrie de la musique et du spectacle.

Il est entré en poste chez Spectra quelques jours avant le festival Montréal en lumière. « J’avais une mission d’observation, mais comme vous le savez, tout a basculé le 12 mars. […] Il y a des employés que j’ai eu le temps de connaître, d’autres non. »

De nombreux employés ont par ailleurs été mis à pied.

Le 12 mai dernier, Jacques Aubé a aussi quitté la présidence du promoteur evenko, filiale sœur de l’Équipe Spectra au sein du Groupe CH. « C’est lui qui m’a engagé, indique Jacques Primeau. Honnêtement, je ne suis pas au courant de la manière dont sa décision de partir a été prise. »

Des défis inattendus

Avant la pandémie, l’un des premiers défis de Jacques Primeau chez Spectra était « la perte d’espaces et de revenus autonomes » des volets gratuits des festivals. C’était même écrit dans le communiqué de presse annonçant sa nomination.

Avec tous les restaurants et bars avoisinants du Quartier des spectacles, les gens font moins d’achats sur le site des festivals, ce qui les prive de revenus importants.

Or, ce dossier prioritaire en février dernier semble moins urgent cinq mois plus tard. Jacques Primeau se retrouve plutôt à gérer une crise sans précédent.

Nous ne sommes plus du tout dans le même contexte. Le défi est tout autre.

Jacques Primeau, avec une pointe d’ironie dans la voix

Innover et non se réinventer

Jacques Primeau est fort heureux d’annoncer ce matin la tenue d’un festival de jazz « numérique » (voir l’écran suivant). Que ce soit du côté de la programmation, de la captation ou du financement, c’est le fruit d’une somme de travail colossale. « Nous sommes dans un modèle qui n’a jamais existé. Il a fallu bâtir un studio à l’Astral qui permette de respecter les règles de distanciation sociale. »

« Cela m’impressionne comment les techniciens sont créatifs », souligne Jacques Primeau, qui a été le directeur des tournées de RBO partout au Québec.

La créativité et la débrouillardise du milieu artistique québécois — derrière et devant les projecteurs — rassurent Jacques Primeau pour la suite des choses. « C’est pourquoi je parle d’innover et non de se réinventer, souligne-t-il. Si on fait un festival de jazz numérique, c’est que nous n’avons pas le choix […], mais c’est encourageant d’avoir réussi à livrer quelque chose. »

De semaine en semaine, le déconfinement progresse. Lundi, le gouvernement de François Legault a autorisé les rassemblements intérieurs de moins de 50 personnes dès le 22 juin.

Un pas en avant. Il faudra toutefois « de la diversité » de productions culturelles, plaide Jacques Primeau.

Que ce soit dans le domaine de la restauration ou des salles de spectacles, il faut soutenir les petits comme les grands acteurs. « La richesse est là. »

Montréal en lumière

C’est loin en ces temps incertains, mais Jacques Primeau et Spectra pensent déjà au prochain festival Montréal en lumière, à l’hiver 2021. « Il y a des scénarios A, B et C », indique-t-il.

C’est exigeant, l’incertitude. C’est incompatible avec notre métier.

Jacques Primeau

« Un spectacle, c’est une date que tu confirmes avec un artiste avec un prix en fonction de la capacité de la salle. Ensuite, tu vas voir un commanditaire et tu lui dis combien de gens seront présents. »

Pandémie ou pas, le travail de Jacques Primeau demeure néanmoins le même. « Rallier des gens autour d’un concept ou d’une idée et faire en sorte que cela se fasse. »

Comme tout le monde, Jacques Primeau a ses hauts et ses bas, mais il demeure optimiste. Pourquoi ? « Car le public québécois est toujours au rendez-vous. »